jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2404721 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET LANDOT & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2024, la communauté d'agglomération Creil Sud Oise (ACSO), représentée par la SELARL Landot et associés, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, aux sociétés Great Lakes Insurance et Assurances Pilliot de lui communiquer l'état de sinistralité des véhicules couverts par le lot n° 3 du marché public relatif à l'assurance des véhicules à moteur de la communauté d'agglomération qu'elle a conclu le 15 décembre 2021, dans un délai de deux jours à compter de la date de notification l'ordonnance à intervenir ;
2°) d'ordonner à la société Great Lakes Insurance de poursuivre intégralement l'exécution de ce contrat pendant la durée strictement nécessaire à la conclusion d'un nouveau marché d'assurance et au plus tard jusqu'au 31 décembre 2025 ;
3°) de mettre à la charge des sociétés Great Lakes Insurance et Assurances Pilliot une somme de 2 500 euros chacune sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est établie, dès lors que la société Great Lakes Insurance a procédé le 28 juin 2024 à la résiliation du marché au 31 décembre 2024 et qu'en l'absence d'assurance de ses véhicules à compter de cette dernière date, elle ne pourra plus faire circuler ses véhicules et notamment ceux chargés de collecter les déchets ménagers et assimilés, ce qui créera une rupture de la continuité du service public de collecte des déchets ;
- les mesures qu'elle sollicite sont utiles, dès lors qu'elle les a préalablement sollicitées en vain auprès des sociétés Great Lakes Insurance et Assurances Pilliot, qu'elle ne peut user de moyens de contrainte à l'encontre de ses cocontractants et qu'elle ne peut conclure de nouveau contrat d'assurance en l'absence de connaissance de l'état de sinistralité des véhicules, alors que les candidats consultés en vue de la conclusion d'un nouveau contrat d'assurance ont déclaré ne pouvoir remettre d'offres faute de cette pièce, entraînant l'infructuosité de cette consultation ;
- elles ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté d'agglomération Creil Sud Oise (ACSO) a conclu, à compter du 1er janvier 2022 et pour une durée de cinq ans, un marché public d'assurance de sa flotte de véhicules automobiles avec la compagnie d'assurance Great Lake Insurance SE, par l'intermédiaire de la société de courtage Assurances Pilliot, mandataire de la compagnie. Par un courrier du 28 juin 2024, la société Great Lake Insurance a procédé à la résiliation de ce contrat au 31 décembre 2024 en application de l'article L. 113-12 du code des assurances.
2. Au cours de la procédure de passation du nouveau contrat d'assurance engagée par l'ACSO, plusieurs sociétés d'assurance consultées ont déclaré ne pas être en mesure de remettre une offre faute de disposer d'un état de sinistralité établi par la compagnie d'assurance titulaire du contrat en cours d'exécution, alors que le document mis à leur disposition avait été souscrit par la société de courtage. Ayant vainement réclamé un tel document à cette dernière au cours de la procédure de consultation, l'ACSO en a constaté l'infructuosité en l'absence d'offres remises avant la date prévue à cet effet le 30 septembre 2024. Après un nouveau refus de la société assurance Pilliot de transmettre un tel document le 21 octobre 2024, l'ACSO lui a adressé le 28 novembre 2024 une mise en demeure de le lui communiquer dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception, puis a adressé cette même mise en demeure à la société Great Lake Insurance SE le 3 décembre 2024.
3. Aux termes de sa requête, l'ACSO demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, aux sociétés Great Lakes Insurance et Assurances Pilliot de lui communiquer l'état de sinistralité qu'elle réclame et, en outre, d'ordonner à la société Great Lakes Insurance de poursuivre l'exécution du contrat d'assurance qui les lie pendant la durée strictement nécessaire à la conclusion d'un nouveau marché d'assurance et au plus tard jusqu'au 31 décembre 2025.
4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
5. S'il n'appartient pas au juge administratif d'intervenir dans l'exécution d'un marché public en adressant des injonctions à ceux qui ont contracté avec l'administration, lorsque celle-ci dispose à l'égard de ces derniers des pouvoirs nécessaires pour assurer l'exécution du contrat, il en va autrement quand l'administration ne peut user de moyens de contrainte à l'encontre de son cocontractant qu'en vertu d'une décision juridictionnelle. En pareille hypothèse, le juge du contrat est en droit de prononcer, à l'encontre du cocontractant, une condamnation, éventuellement sous astreinte, à une obligation de faire. En cas d'urgence, le juge des référés peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, ordonner au cocontractant, éventuellement sous astreinte, de prendre à titre provisoire toute mesure nécessaire pour assurer la continuité du service public ou son bon fonctionnement, à condition que cette mesure soit utile, justifiée par l'urgence, ne fasse obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. Aux termes de l'article L. 113-12 du code des assurances : " La durée du contrat et les conditions de résiliation, particulièrement le droit pour l'assureur et l'assuré de résilier le contrat tous les ans, sont fixées par la police. / Toutefois, l'assuré a le droit de résilier le contrat à l'expiration d'un délai d'un an, en adressant une notification dans les conditions prévues à l'article L. 113-14 à l'assureur au moins deux mois avant la date d'échéance de ce contrat. / Lorsque l'assuré a souscrit un contrat à des fins professionnelles, l'assureur a aussi le droit de résilier le contrat dans les mêmes conditions. / Dans les autres cas, l'assureur peut résilier le contrat à l'expiration d'un délai d'un an, à la condition d'envoyer une lettre recommandée à l'assuré au moins deux mois avant la date d'échéance du contrat. / Il peut être dérogé à ces règles de résiliation annuelle pour les contrats individuels d'assurance maladie et pour la couverture des risques autres que ceux des particuliers. / Le délai de résiliation court à partir de la date figurant sur le cachet de la poste ou de la date d'expédition de la notification. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux assurances sur la vie ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'assureur a la faculté de résilier unilatéralement le contrat à l'expiration d'un délai d'un an suivant sa conclusion, avec un préavis d'au moins deux mois. Le contrat peut prévoir une durée de préavis plus longue lorsque l'assuré est une personne morale. Ces dispositions sont applicables aux marchés publics d'assurance. Il résulte toutefois des principes généraux applicables aux contrats administratifs que lorsque l'assureur entend en faire application pour résilier unilatéralement le marché qui le lie à la personne publique assurée et que le contrat ne prévoit pas un préavis de résiliation suffisant pour passer un nouveau marché d'assurance, cette dernière peut, pour un motif d'intérêt général tiré notamment des exigences du service public dont la personne publique a la charge, s'y opposer et lui imposer de poursuivre l'exécution du contrat pendant la durée strictement nécessaire, au regard des dispositions législatives et réglementaires applicables, au déroulement de la procédure de passation d'un nouveau marché public d'assurance, sans que cette durée ne puisse en toute hypothèse excéder douze mois, y compris lorsque la procédure s'avère infructueuse. L'assureur peut contester cette décision devant le juge afin d'obtenir la résiliation du contrat.
8. En premier lieu, par un courrier du 29 novembre 2024, l'ACSO a informé les sociétés Great Lakes Insurance et Assurances Pilliot, d'une part, qu'elle s'opposait à la résiliation du contrat d'assurance prononcée par cette première société le 28 juin 2024, et d'autre part, qu'elle décidait de la prolongation de l'exécution de ce contrat jusqu'au 31 décembre 2025. Il s'ensuit que la mesure de prolongation du marché litigieux qu'il est demandé au juge des référés de prescrire a déjà été prononcée par la collectivité en application des principes ci-dessus rappelés, tandis qu'il ne résulte d'aucune pièce que la société cocontractante s'y soit explicitement, ou, compte tenu de la date d'envoi de ce courrier au 29 novembre 2024, implicitement opposée, alors qu'il lui appartient en tout état de cause de la contester devant le juge si elle s'y croit fondée. Par suite, cette mesure est manifestement dépourvue d'utilité.
9. En second lieu, si l'ACSO soutient que l'urgence qui s'attache à la communication d'un état de sinistralité des véhicules est établie par l'absence d'assurance de ces derniers à compter du 31 décembre 2024 et l'impossibilité de conclure à cette date un nouveau contrat d'assurance faute de disposer de cette pièce, il résulte de ce qui vient d'être dit que la collectivité a ordonné la prolongation du contrat d'assurance, alors qu'il ne résulte par ailleurs d'aucune pièce qu'une seconde procédure de consultation en vue de la conclusion d'un nouveau contrat ait été relancée ou ait vocation à l'être dans un délai nécessitant l'intervention du juge des référés statuant en urgence. Au demeurant, jusqu'à ce qu'elle mette en demeure la compagnie d'assurance de lui délivrer ce document le 3 décembre 2024 dans un délai qui n'était d'ailleurs pas expiré à la date de saisine du juge des référés ni même à celle de la présente ordonnance, l'ACSO se borne à justifier de diligences auprès de la société de courtier mandataire de la compagnie d'assurance, sans qu'il soit toutefois démontré que l'établissement de cette pièce entrait dans le champ de son mandat, faute de production de celui-ci. Dans ces conditions, en admettant même que la collectivité ne se soit pas elle-même placée dans une situation d'urgence, la mesure sollicitée est, en l'état de l'instruction, dépourvue d'un tel caractère.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Creil Sud Oise sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont manifestement mal fondées ou dénuées d'urgence et doivent, dès lors, être rejetées en application des dispositions de l'article L. 522-3 du même code. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la communauté d'agglomération Creil Sud Oise est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté d'agglomération Creil Sud Oise.
Fait à Amiens, le 12 décembre 2024.
Le président de la 3ème chambre,
Juge des référés
Signé :
S. Thérain La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.