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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404790

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404790

lundi 13 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404790
TypeDécision
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens, statuant en référé sur la demande du préfet de la Somme, ordonne l’expulsion de Mme A, ressortissante congolaise, du centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) Coallia à Amiens. La solution retenue se fonde sur les articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le juge constate que la demande d’asile de Mme A a été définitivement rejetée par la CNDA le 23 septembre 2024, qu’elle se maintient sans droit ni titre dans le logement malgré une mise en demeure, et que sa présence fait obstacle à l’hébergement d’autres demandeurs d’asile dans un contexte de forte tension départementale. L’urgence et l’utilité de la mesure sont reconnues, et le concours de la force publique est autorisé pour procéder à l’évacuation forcée et au débarras des biens meubles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2024, le préfet de la Somme demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de Mme B, occupant le logement 217 du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) Coallia, situé 181 rue du faubourg de Hem à Amiens (80000) ;

2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du foyer Coallia afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant.

Il soutient que :

- les conditions tenant à l'urgence et à l'utilité de sa demande sont remplies compte tenu de la situation de forte tension des besoins en hébergement des demandeurs d'asile dans le département de la Somme et de la nécessité de réserver cet hébergement à la seule période couverte par l'examen de la demande d'asile ;

- Mme A, dont la demande d'asile a été rejetée définitivement par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 23 septembre 2024, se maintient sans droit ni titre dans un logement mis à sa disposition par le CADA Coallia dont les places sont strictement réservées à des demandeurs d'asile en cours de procédure, et ce en dépit d'une mise en demeure notifiée le 8 octobre 2024 et demeurée sans effet.

La requête a été communiquée à Mme A, qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Lebdiri, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique du

9 janvier 2025 à 15 heures.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lebdiri, juge des référés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Il résulte de ces dispositions que, saisi par l'autorité préfectorale d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

3. En premier lieu, Mme A, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo), a sollicité le statut de réfugié et a bénéficié, en qualité de demandeur d'asile, d'un hébergement dans les conditions prévues par les dispositions du code de l'action sociale et des familles au sein d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) géré par Coallia à Amiens. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, par une décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 septembre 2024, notifiée le 4 octobre 2024. Par un courrier du 27 mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à Mme A une date de sortie d'hébergement au plus tard le 29 février 2024. Par un courrier du 2 octobre 2024, le préfet de la Somme a mis en demeure l'intéressée de quitter le CADA dans un délai de quinze jours. Cette mise en demeure lui a été notifiée le 8 octobre 2024. Il résulte de ce qui précède que la demande d'asile de Mme A ayant été définitivement rejetée, l'intéressée ne bénéficie ainsi plus du droit d'être hébergée dans un lieu d'accueil pour demandeurs d'asile. Mme A, qui n'a pas produit d'observations en défense, n'a fait valoir aucun élément concernant sa propre situation. Ainsi, la demande d'expulsion présentée par le préfet de la Somme ne souffre d'aucune contestation sérieuse à cet égard.

4. En second lieu, le préfet fait valoir que le maintien de Mme A au sein du CADA situé au 181 rue du faubourg de Hem à Amiens entrave l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, ce qui n'est pas contesté par l'intéressée. Il résulte des données chiffrées produites par le préfet qu'à la date du 31 octobre 2024, seules 10 des 1 292 places offertes aux demandeurs d'asile dans la Somme étaient libres, que 60 places étaient occupées indûment et que 47 personnes étaient en attente d'hébergement. Le préfet indique également que Mme A a refusé l'aide au retour volontaire proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Ainsi, en l'état de l'instruction, et en l'absence de toute contestation sur ce point, l'expulsion demandée doit être regardée comme visant à assurer le bon fonctionnement de l'accueil des demandeurs d'asile durant la période d'instruction de leur demande d'asile et présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la demande du préfet de la Somme tendant à ce que soit enjoint la libération par Mme A du logement qu'elle occupe au 181 rue du faubourg de Hem à Amiens relevant du CADA géré par Coallia.

6. Faute pour l'intéressée d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour Mme A d'avoir emporté ses effets personnels.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme A de libérer le local qu'elle occupe au 181 faubourg de Hem à Amiens relevant du CADA géré par Coallia.

Article 2 : Le préfet de la Somme est autorisé à procéder, passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique si nécessaire, à l'expulsion de Mme A.

Article 3 : Le préfet de la Somme est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'accueil pour demandeurs d'asile Coallia d'Amiens, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour Mme A d'avoir emporté ses effets personnels.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Mme B.

Copie en sera transmise au préfet de la Somme.

Fait à Amiens, le 13 janvier 2025.

Le juge des référés,

Signé :

S. Lebdiri

La greffière

Signé :

N. WrobelLa République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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