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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2502184

Tribunal Administratif d Amiens — Décision N° TA80-2502184

mardi 20 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif d Amiens
SectionTribunal Administratif d Amiens
N° DossierTA80-2502184
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGRÉGOIRE HERVET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens rejette la requête de Mme A... B..., ressortissante congolaise, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Oise du 11 avril 2025 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. Le tribunal écarte les moyens d'insuffisance de motivation et d'absence de saisine de la commission du titre de séjour, faute pour la requérante de justifier d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. Il estime que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination sont légales et ne méconnaissent pas l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2025, Mme C... A... B..., représentée par Me Hervet, demande au tribunal :

d’annuler l’arrêté du 11 avril 2025 par lequel le préfet de l’Oise lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement ;

à titre principal, d’enjoindre au préfet l’Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l’arrêté attaqué pris dans son ensemble :
il est insuffisamment motivé ;
il a été pris au terme d’une procédure irrégulière, en l’absence de saisine de la commission du titre de séjour.



Sur la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement :
- elle est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 5 juin 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 1er août 2025.

Le préfet de l’Oise a produit un mémoire le 15 décembre 2025 qui n’a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Fumagalli, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Mme A... B..., ressortissante congolaise (Brazzaville) née le 4 juin 1978, est entrée sur le territoire français le 1er août 2014 selon ses déclarations. Elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 avril 2025, dont Mme A... B... demande l’annulation par la présente requête, le préfet de l’Oise a refusé de faire droit à sa demande, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement.



Sur l’arrêté attaqué pris dans son ensemble :

En premier lieu, l’arrêté attaqué, qui n’avait pas à faire état de tous les éléments propres à la situation de Mme A... B..., comporte l’énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : (…) 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 (…) ». Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (…) ».

Si Mme A... B... se prévaut d’un séjour ininterrompu en France depuis 2014, les pièces produites, qui sont pour l’essentiel des documents médicaux et relatifs à des opérations bancaires, ne suffisent pas à établir qu’elle a effectivement résidé sur le territoire français depuis plus de dix ans. Par suite, la requérante n’est pas fondée à soutenir que le préfet de l’Oise aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande de titre de séjour.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

En présence d’une demande d’admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il appartient à l’autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l’admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d’une carte portant la mention « vie privée et familiale » répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s’il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire ». Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d’une promesse d’embauche ou d’un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des « motifs exceptionnels » exigés par la loi. Il appartient à l’autorité administrative, sous le contrôle du juge, d’examiner, notamment, si cette promesse d’embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l’étranger ferait état à l’appui de sa demande, tel que par exemple, l’ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l’espèce, des motifs exceptionnels d’admission au séjour.

Si Mme A... B... soutient avoir établi le centre de ses intérêts en France, il ressort toutefois des pièces du dossier qu’elle est célibataire et sans enfant à charge. Par ailleurs, l’intéressée ne fait état d’aucune attache familiale sur le territoire français. Enfin, elle ne se prévaut de l’exercice d’aucune activité professionnelle à la date de l’arrêté attaqué, lequel relève que Mme A... B... a demandé une autorisation de travail pour un poste d’employé polyvalent au sein de la société Bazzi 7/7. Dans ces conditions, et en l’absence de considérations humanitaires ou de motif exceptionnel, le préfet n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, compte tenu de ce qui a été exposé précédemment, le moyen tiré de l’exception d’illégalité doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

Compte tenu des éléments exposés au point 6 et de la circonstance que Mme A... B... n’est pas dépourvue d’attaches familiales en République du Congo, la décision attaquée n’a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n’a ainsi pas méconnu les stipulations citées au point précédent.

Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement :

En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 7 à 9, le moyen tiré de l’exception d’illégalité de la décision obligeant Mme A... B... à quitter le territoire doit être écarté.

En second lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l’encontre de la décision litigieuse.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de Mme A... B... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte, et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



















D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A... B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A... B... et au préfet de l’Oise.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Lebdiri, président,
Mme Cousin, première conseillère,
M. Fumagalli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2026.




Le président,

Signé

S. Lebdiri





Le rapporteur,

Signé

E. Fumagalli

La greffière,

Signé

L. Touïl

La République mande et ordonne au préfet de l’Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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02/04/2026

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