lundi 30 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2502619 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | HOMEHR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juin 2025, M. B A, représenté par Me Homehr, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 24 avril 2025 par laquelle le préfet de la Somme a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui accorder le bénéfice de sa demande de regroupement familial ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée crée une situation d'urgence, dès lors qu'elle porte atteinte à sa vie privée et familiale, alors qu'au surplus les défauts du logement relevés aux termes de la décision attaquée ont fait l'objet de travaux de reprises le 30 avril 2025 ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que les défauts du logement ayant justifié la décision attaquée étaient mineurs et ne pouvait justifier un refus d'autorisation sur le fondement de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- en tout état de cause les travaux remédiant à ces défauts ont été réalisés le 30 avril 2025.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juin 2025.
Vu :
- la requête n° 2502084 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Selon son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. Le rejet d'une demande de regroupement familial ne fait pas directement obstacle à la poursuite de la vie en commun des membres d'une famille, dès lors que le requérant ne démontre ni même ne soutient ne pas être en mesure de rejoindre son épouse dans son pays d'origine, ni que celle-ci ne pourrait le rejoindre fut-ce temporairement sur le territoire français sous couvert d'un visa de court séjour. Ainsi, en se bornant à se prévaloir de manière générale des incidences de la décision attaquée sur sa vie privée et familiale sans invoquer aucune circonstance particulière à sa situation hormis celle, d'ailleurs sans incidence sur l'appréciation d'une situation d'urgence, tirée de la réalisation de travaux après sa date d'intervention, M. A n'établit pas que les effets de cette décision seraient en eux-mêmes de nature à porter atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions que le requérant présente sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées selon la procédure prévue par son article L. 522-3 comme étant dénuées d'urgence. Ses conclusions aux fins d'injonctions ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent par suite être également rejetées.
5. En outre, aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () le bénéfice de l'aide juridictionnelle () est retiré () : / () 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle () a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable () ". L'article 51 de cette même loi dispose que le retrait est prononcé par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° de l'article 50.
6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 3. que la requête de M. A n'était assortie que d'éléments généraux insusceptibles de justifier une situation d'urgence, de sorte que la procédure de référé engagée par l'intéressé ne peut être regardée que comme ayant été introduite dans un but dilatoire. Par suite, il y a lieu de retirer à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle qui lui a été octroyé par la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 juin 2025.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle accordé à M. A est retiré.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Fait à Amiens, le 30 juin 2025.
Le président de la 3ème chambre,
Juge des référés,
signé
S. Thérain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.