Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 septembre et 7 octobre 2025, M. A... B..., représenté par Me Leprêtre, demande au tribunal :
1°) d’ordonner, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 4 décembre 2024 par laquelle la présidente de la communauté de communes du Pays Noyonnais a suspendu le versement de sa rémunération à compter du 30 novembre 2024 ;
2°) d’enjoindre à la communauté de communes du Pays Noyonnais de rétablir le versement de sa rémunération à compter du 30 novembre 2024 ainsi que des cotisations afférentes à sa caisse de retraite et de procéder à la reconstitution de ses droits et de sa carrière, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Pays Noyonnais une somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors que, d’une part, la décision contestée a pour effet de le priver de sa rémunération à compter du 30 novembre 2024 tandis qu’il ne dispose d’aucune autre source de revenu et qu’il doit faire face à ses charges de la vie courante, ce qui a conduit à une dégradation de son état de santé, et d’autre part, la décision contestée a pour effet de réduire ses droits à pension ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, dès lors qu’elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- elle est entachée d’un vice de procédure en l’absence de procédure contradictoire préalable ;
- l’autorité administrative ne pouvait en outre prononcer la suspension de sa rémunération avant l’expiration du délai de vingt jours qui lui était imparti afin de procéder à la communication des documents relatifs à l’état de ses activités, alors au demeurant que ces documents ont été transmis sans que sa rémunération ne soit rétablie ;
- la décision contestée est entachée d’illégalité, dès lors qu’il avait informé par téléphone la gestionnaire du service des ressources humaines de l’état de ses activités, laquelle lui avait indiqué qu’une information verbale suffisait à cet égard, qu’il a transmis une attestation sur l’honneur certifiant n’avoir exercé aucune activité professionnelle depuis son placement en congé spécial et qu’il a transmis les justificatifs dans le délai de vingt jours qui lui était imparti à cette fin ;
- la décision contestée est entachée d’une rétroactivité illégale comme s’appliquant à compter du 30 novembre 2024 ;
- elle méconnait l’article 9 du décret n° 88-614 du 6 mai 1988, dès lors qu’il n’impose pas que le fonctionnaire bénéficiaire d’un congé spécial informe l’autorité territoriale de ses activités publiques et privées lorsqu’il n’en a pas exercé, ni ne précise les modalités de cette information qui peut être verbale ;
- cette disposition n’est pas prescrite à peine de suspension du traitement ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2025, la communauté de communes du Pays Noyonnais, représentée par Me Porcher, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de M. B... une somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas démontrée, dès lors que le requérant n’apporte pas la preuve de l’absence de versement de rémunération depuis le 30 novembre 2024 et qu’une somme de 19 210,39 euros lui a été versée le 3 septembre 2025 par la direction générale des finances publiques à raison d’un rattrapage de salaires ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- la suspension de la rémunération de M. B... est justifiée par l’illégalité de l’arrêté du 1er avril 2021 le plaçant en position de congé spécial, dès lors que M. B... avait déjà été radié des effectifs à la date de sa demande présentée le 29 avril 2020.
Vu :
- la requête enregistrée sous le n° 2503963 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n° 88-614 du 6 mai 1988 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Thérain, juge des référés ;
- les observations de Me Leprêtre, représentant M. B..., qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens ;
- et celles de Me Porcher, représentant la communauté de communes du Pays Noyonnais, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens.
La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience publique, en application de l’article R. 522-8 du code de justice administrative
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. En premier lieu, la condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’une mesure de suspension de l’exécution d’un acte administratif doit être regardée comme remplie lorsque l’exécution de la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Une mesure prise à l’égard d’un agent public ayant pour effet de le priver de la totalité de sa rémunération doit, en principe, être regardée, dès lors que la durée de cette privation excède un mois, comme portant une atteinte grave et immédiate à la situation de cet agent, de sorte que la condition d’urgence doit être regardée comme remplie, sauf dans le cas où son employeur justifie de circonstances particulières tenant aux ressources de l’agent, aux nécessités du service ou à un autre intérêt public, qu’il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l’espèce.
3. Si la communauté de communes du Pays Noyonnais fait valoir qu’en exécution de l’arrêté de mandatement d’office édicté le 19 août 2025 par le préfet de l’Oise, une somme de 19 210, 39 euros a été versée à M. B... le 3 septembre 2025 représentant les traitements dus à l’intéressé au titre des mois de janvier à juin 2025, cette seule circonstance n’est pas de nature à renverser la présomption d’urgence évoquée ci-dessus, alors que la suspension de sa rémunération ordonnée par la décision contestée, qui s’est poursuivie depuis ce versement, porte dès lors une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que soit regardée comme remplie la condition d’urgence.
4. En second lieu, aux termes, d’une part, de l’article 9 du décret du 6 mai 1988 pris pour l'application des articles 98 et 99 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée et relatif à la perte d'emploi et au congé spécial de certains fonctionnaires territoriaux : « Le 1er janvier et le 1er juillet de chaque année, le bénéficiaire du congé spécial informe l'autorité territoriale des activités publiques ou privées qu'il exerce ou a exercées au cours du semestre précédent en précisant l'identité de son employeur et le montant des émoluments que celui-ci a versés (…) ».
5. D’autre part, aux termes de l’article L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix (…) ». Aux termes de l’article L. 211-2 du même code : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui (…) 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (…) ».
6. En admettant même que les dispositions citées au point 4 autoriseraient l’administration à suspendre la rémunération du fonctionnaire qui, bénéficiant d’un congé spécial, n’aurait pas satisfait à l’obligation déclarative qu’elles prescrivent, le moyen tiré de ce que M. B..., alors que la mesure suspendant sa rémunération est au nombre de celles entrant dans le champ d’application des dispositions citées au point 5, n’a pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à son intervention, ce qui lui aurait au demeurant permis de régulariser sa situation ainsi qu’il l’a d’ailleurs fait peu de temps après, est de nature à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
7. Il résulte de ce qui précède que M. B... est fondé à demander la suspension de l’exécution de la décision contestée, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, ni sur ce qui doit être regardé comme une demande de substitution de motif présentée par l’administration en défense, laquelle n’était au demeurant pas de nature à justifier manifestement cette décision.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
8. Ainsi qu’il a été dit ci-dessus, il ressort des pièces du dossier que M. B... a en tout état de cause régularisé sa situation en déclarant après l’intervention de la décision contestée l’absence d’exercice d’une activité publique ou privée ainsi que l’absence d’émolument en résultant. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus aux points 6 et 7, il y a lieu d’enjoindre à la communauté de communes du Pays Noyonnais de rétablir le versement de la rémunération de M. B... sans délai à compter de la date de notification de la présente ordonnance.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées de toute part sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision de la présidente de la communauté de communes du Pays Noyonnais du 4 décembre 2024 est suspendue.
Article 2 : Il y a lieu d’enjoindre à la présidente de la communauté de communes du Pays Noyonnais de rétablir le versement de la rémunération de M. B... à compter de la date de notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative par la communauté de communes du Pays Noyonnais sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et à la communauté de communes du Pays Noyonnais.
Fait à Amiens, le 4 décembre 2025.
Le président de la 3ème chambre,
Juge des référés,
Signé
S. Thérain
Le greffier,
Signé
N. Verjot
La République mande et ordonne au préfet de l’Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.