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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2504812

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2504812

mercredi 10 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2504812
TypeDécision
Avocat requérantTHOMINETTE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens, statuant en référé, a examiné la demande de suspension de l’arrêté préfectoral du 20 octobre 2025 refusant le renouvellement du titre de séjour de M. A..., ressortissant surinamais. Le juge a reconnu l’urgence, caractérisée par la suspension du contrat de travail du requérant et la privation de ressources pour son foyer. Il a estimé que les moyens soulevés, notamment la méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, étaient de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, la suspension de l’exécution de l’arrêté a été ordonnée, avec injonction à la préfète de réexaminer la situation de M. A... et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2025, M. B... A... représenté par Me Thominette, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de l’arrêté du 20 octobre 2025 de la préfète de l’Aisne en tant qu’il porte rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d’enjoindre à la préfète de l’Aisne de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la date de notification de l’ordonnance à intervenir et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de deux jours à compter de cette même date, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la situation d’urgence est réputée établie, s’agissant d’un refus de renouvellement de titre de séjour, et est, en outre, particulièrement caractérisée dès lors que son contrat de travail est suspendu depuis le 4 novembre 2025 ce qui prive le foyer qu’il constitue avec sa compagne et leur fille des ressources suffisant à faire face aux charges courantes ;
- les moyens tirés de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de la garantie tenant à être invité à compléter son dossier prévue par l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l’administration, sans examen sérieux de sa situation, qu’elle est entachée d’erreurs de fait, d’erreur de droit en se fondant sur le traitement d’antécédents judiciaires obtenu irrégulièrement, qu’elle méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et celles du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant et qu’elle est entachée d’erreur d’appréciation en l’absence de menace grave et actuelle à l’ordre public sont propres à créer un doute sérieux sur sa légalité.

Par un mémoire enregistré le 24 novembre 2025, la préfète de l’Aisne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que ni la condition d’urgence ni celle tenant au doute sérieux sur la légalité de sa décision ne sont remplies.

Vu :
- la requête de M. A... enregistrée le 11 novembre 2025 sous le n°2504825,
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties de l’audience publique.

Ont été entendus a été entendus au cours de l’audience publique du 2 décembre 2025 à 14h30, en présence de M. Verjot, greffier :
- le rapport de M. Binand, vice-président ;
- et les observations de Me Thominette représentant M. A..., également présent, qui reprend en les développant oralement les moyens et arguments de la requête en insistant sur ce que :
- il justifie d’une activité professionnelle chez le même employeur depuis l’année 2022 et de la suspension de son contrat de travail conclu pour une durée indéterminée, en raison de son séjour devenu irrégulier ;
- il justifie être entré en France en 2003, et y disposer de toutes ses attaches familiales, constituées par sa compagne, ressortissante française, avec laquelle il entretient une relation de concubinage depuis 2020 qui avait repris à la date de l’arrêté attaqué après une brève séparation, par leur enfant, à l’entretien et à l’éducation de laquelle il contribue, par sa mère, qui dispose d’un titre de séjour et sa fratrie de nationalité française, alors, en revanche, qu’il n’a jamais eu aucune attache au Suriname ;
- s’il a demandé la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, compte tenu de la naissance de son enfant de nationalité française en 2024, il a sollicité le renouvellement de la carte de séjour temporaire délivrée sans interruption depuis 2015 sur le fondement de l’article L. 423-23 du même code ;
- sa dernière condamnation pénale remonte à l’année 2021 pour des faits de détention de stupéfiants, commis sans violence contrairement aux motifs indiqués dans l’arrêté litigieux, qui n’ont pas fait obstacle au renouvellement de ses titres de séjour et pour lesquels son suivi par le service de probation a pris fin depuis 2023, de telle sorte qu’il ne présente plus à ce jour une menace pour l’ordre public compte tenu de l’insertion sociale et professionnelle dont il fait preuve ; cela a conduit la commission du titre de séjour à donner un avis favorable sur sa demande de titre de séjour.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... ressortissant du Suriname né le 18 avril 1997, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 20 octobre 2025 de la préfète de l’Aisne en tant que cet arrêté porte rejet de la demande de délivrance d’un titre de séjour qu’il a présentée.

Sur l’urgence :

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».

3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A... a sollicité le 29 juillet 2024 le renouvellement de la carte de séjour temporaire d’une durée d’un an venant à expiration le 27 août 2024 qui lui avait été délivrée sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en indiquant notamment être parent d’une enfant française née le 2 mai 2024. La préfète de l’Aisne a délivré à M. A... des récépissés de sa demande l’autorisant provisoirement à poursuivre son séjour en France durant l’instruction de celle-ci, en dernier lieu jusqu’au 3 novembre 2025, et à y exercer une activité professionnelle. Il ressort des motifs de l’arrêté du 20 octobre 2025 que la préfète de l’Aisne a rejeté cette demande et a également refusé de délivrer un titre de séjour à M. A... sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Ainsi, la condition d’urgence doit être présumée, l’arrêté litigieux ayant pour effet de refuser le renouvellement du titre de séjour que détenait le requérant. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le contrat de travail à durée indéterminée de M. A... a été suspendu par son employeur depuis le 4 novembre 2025, en l’absence de détention d’un document de séjour, de sorte que le refus de délivrance opposé par la préfète de l’Aisne emporte des conséquences graves et immédiates sur la situation financière du requérant, qui soutient sans être contesté contribuer seul aux ressources du foyer qu’il constitue avec sa compagne et leur enfant en bas âge. A ce titre, la circonstance, dont fait état la préfète de l’Aisne en défense, que M. A... n’a sollicité le renouvellement de son titre de séjour que moins de deux mois avant la date de son expiration, si elle a pu contribuer en partie à la prolongation de l’instruction de sa demande durant plus d’une année, ne peut suffire à regarder le requérant comme s’étant placé de lui-même, à la date de sa requête, dans la situation d’urgence qu’il invoque. Il en est de même du délai séparant la notification de l’arrêté, le 28 octobre 2025, de l’introduction de la demande de M. A... tendant à la suspension de son exécution devant le juge des référés. Il s’ensuit que la condition d’urgence doit être regardée comme remplie.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. M. A... se prévaut d’un séjour continu en France depuis l’année 2003, sous le couvert de titres de séjour depuis sa majorité en 2015, ainsi que de l’intensité et de la stabilité de ses attaches familiales sur le territoire national, qu’il soutient être constituées par une ressortissante française, avec laquelle il a noué une relation de concubinage depuis 2020 interrompue un temps mais reprise à la fin du premier semestre 2025 et dont est issue une enfant à leur charge, par sa propre mère en situation régulière ainsi que par sa fratrie de nationalité française. Il fait valoir en outre une activité professionnelle avec un même employeur depuis l’année 2022, sous contrat conclu pour une durée indéterminée depuis 2023 et ses efforts d’insertion qui lui ont permis de rompre depuis l’année 2021 avec un passé délictueux, qu’il impute à des comportements d’addiction ayant cessé depuis. Il fait valoir en outre l’avis favorable rendu le 11 juin 2025 par la commission du titre de séjour, qui a relevé le caractère pérenne de son insertion sociale et professionnelle et a estimé que sa présence en France ne constituait pas une menace actuelle pour l’ordre public. Au regard des pièces relatives à la durée et aux conditions de séjour du requérant qui sont versées par les parties au débat contradictoire, le moyen tiré de ce que la préfète de l’Aisne, en rejetant la demande de titre de séjour dont elle était saisie, a porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A... une atteinte disproportionnée aux buts qu’elle a poursuivis et a méconnu de la sorte les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, est propre, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d’application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, de suspendre l’exécution de la décision du 20 octobre 2025, par laquelle la préfète de l’Aisne a refusé de délivrer une carte de séjour temporaire à M. A....

Sur les conclusions à fin d’injonction :

7. La présente ordonnance implique nécessairement que la préfète de l’Aisne délivre à M. A..., dans un délai de cinq jours à compter de sa notification, un document provisoire de séjour l’autorisant à exercer une activité professionnelle qui sera renouvelé jusqu’à ce que l’autorité préfectorale se soit prononcé sur son droit au séjour après un nouvel examen de sa situation ou jusqu’à ce qu’il ait été statué par le tribunal sur la requête enregistrée sous le n°2504825 à fin d’annulation de l’arrêté du 20 octobre 2025. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État une somme de 1 000 euros à verser à M. A... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


ORDONNE :


Article 1er : L’exécution de la décision du 20 octobre 2025, par laquelle la préfète de l’Aisne a rejeté la demande de délivrance d’une carte de séjour temporaire présentée par M. A... est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l’Aisne de délivrer à M. A... dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, un document provisoire de séjour l’autorisant à exercer une activité professionnelle qui sera renouvelé dans les conditions exposées au point 7.

Article 3 : L’État versera à M. A... une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et à la préfète de l’Aisne.

Fait à Amiens, le 10 décembre 2025.


Le juge des référés,



Signé

C. BINAND



La République mande et ordonne à la préfète de l’Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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