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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2000519

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2000519

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2000519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMONTORO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2020, M. B A, représenté par Me Montoro, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de refus de permis de construire en date du 20 août 2019 par lequel le maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens lui a refusé la construction d'une villa avec piscine sur un terrain situé Les Petugons et cadastré section 107 AM 69 d'une superficie de 10 031 mètres carrés sur le territoire communal ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens de procéder, sur le fondement des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, à un nouvel examen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Roquebrune-sur-Argens une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'avis conforme défavorable du préfet du Var sur la demande est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne l'application des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- la parcelle lui appartenant cadastrée section AM n° 69 est située dans une zone urbanisée ; son terrain et la zone des Petugons se trouvent à une cinquantaine de mètres de nombreuses constructions ; son terrain ainsi que les terrains avoisinants sont viabilisés ;

- il avait obtenu sur ce terrain un permis de construire en 2003, bien après l'entrée en vigueur de la loi Littoral ; les travaux n'ont pas pu être réalisés en raison d'une longue maladie du requérant ;

- le motif de l'avis du préfet du Var tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme est également illégal ;

- un constat d'huissier du 27 septembre 2019 confirme que son terrain est bien situé en zone urbanisée ;

- la parcelle est viabilisée ; il s'agit d'une dent creuse dont l'urbanisation ne conduira pas à un étalement urbain ; toutes les parcelles situées autour du terrain d'assiette du projet sont construites.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2020, la commune de Roquebrune-sur-Argens, représentée par Me Garcia, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par Me Montoro pour M. A le 20 septembre 2021 n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

La procédure a été communiquée au préfet du Var le 23 juin 2022.

Par ordonnance du 22 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 août 2022 à 12 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 septembre 2022 :

- le rapport de M. C ;

- les conclusions de M. Cros, rapporteur public ;

- et les observations de Me Marques, représentant la commune de Roquebrune-sur-Argens.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; b) Dans un périmètre où des mesures de sauvegarde prévues par le deuxième alinéa de l'article L. 424-1 peuvent être appliquées, lorsque ce périmètre a été institué à l'initiative d'une personne autre que la commune ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 174-3 du même code : " Lorsqu'une procédure de révision du plan d'occupation des sols a été engagée avant le 31 décembre 2015, cette procédure peut être menée à terme en application des articles L. 123-1 et suivants, dans leur rédaction issue de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, sous réserve d'être achevée au plus tard le 26 mars 2017 ou, dans les communes d'outre-mer, le 26 septembre 2018. Les dispositions du plan d'occupation des sols restent en vigueur jusqu'à l'approbation du plan local d'urbanisme et au plus tard jusqu'à cette dernière date ".

2. Si, lorsque la délivrance d'une autorisation d'urbanisme est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

3. Il n'est pas contesté en l'espèce que la commune de Roquebrune-sur-Argens était couverte par le plan d'occupation des sols, jusqu'à la caducité de ce document d'urbanisme, intervenue le 26 mars 2017. Ainsi, il est constant que le territoire de cette commune n'était couvert par aucun document d'urbanisme, au moment où la décision litigieuse a été prise et donc que le maire était tenu, en application des dispositions susvisées de solliciter l'avis conforme du préfet du Var sur le projet de M. A. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens a sollicité, le 29 juillet 2019, du préfet du Var son avis sur le projet de M. A et que le préfet du Var a formulé un avis conforme défavorable en date du 8 août 2019, en se fondant d'une part sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et d'autre part sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-3 du même code. Le requérant conteste donc les deux motifs de l'avis du préfet du Var, repris par le maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens dans la décision attaquée.

4. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Il résulte de ces dispositions que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais que, en revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages. En outre, en dehors des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune.

5. En l'espèce, le terrain appartenant au requérant dispose d'une superficie de plus d'un hectare. Il ressort en outre des vues Geoportail du terrain, accessibles tant au juge qu'aux parties, que le terrain est entouré sur 3 côtés (Est, Sud et Nord) de parcelles bâties supportant de grandes villas, édifiées sur des parcelles de grande taille, majoritairement non bâties et boisées. Ainsi, le secteur se caractérise par une urbanisation diffuse et sans structuration, à l'exception de la desserte par la même voie publique dénommée chemin des Hauts Petugons. Contrairement à ce qu'indique le constat d'huissier daté du 27 septembre 2019 et versé à l'instance par le requérant, le nombre et la densité des constructions dans le secteur du terrain d'assiette du projet ne sont pas significatifs. En outre, au regard des vues aériennes, confirmées par le site Geoportail, le secteur dont relève le terrain d'assiette du projet est nettement séparé du lotissement beaucoup plus dense situé au nord, de l'autre côté du chemin des Hauts Petugons puis du boulevard des Arbousiers, puisque séparé de ce lotissement d'environ 100 mètres. En outre, entre ces deux espaces s'intercale un espace demeuré à l'état naturel.

6. En outre, s'il supporte un habitat individuel dispersé, le secteur du terrain d'assiette du projet s'ouvre à l'est, au sud et au nord sur de vastes espaces naturels, boisés ou agricoles. Sur ce point, il n'est pas contesté que ce secteur a lui-même été classé N par le projet de plan local d'urbanisme arrêté.

7. M. A se prévaut du fait que sa parcelle est " viabilisée, raccordée ou facilement connectable " aux réseaux publics, mais ces éléments sont sans incidence sur l'appréciation du nombre et de la densité des constructions sur le secteur en cause. Sont également sans incidence sur la solution du litige les circonstances invoquées par le requérant, à savoir la présence alléguée " à proximité " d'équipements publics tels que mairie annexe, école ou stade de football, ou encore le fait qu'il avait obtenu en 2003 un permis de construire une maison avec piscine, devenu caduc faute d'avoir été mis en œuvre, ainsi qu'une décision de non-opposition à déclaration préalable de clôture en 2006.

8. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 121-8 et L. 111-3 du code de l'urbanisme et que son avis serait entaché d'illégalité sur ce point. Ainsi, l'avis du préfet du Var du 8 août 2019 est légal. L'avis du préfet du Var du 8 août 2019 étant légal, le maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens était donc en situation de compétence liée, et par suite il était tenu de prendre la décision de refus de permis de construire sur le projet de M. A.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête tendant à l'annulation de la décision litigieuse du 20 août 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête à fin d'injonction.

Sur les conclusions formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions susvisées font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Roquebrune-sur-Argens, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions. Il n'y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Roquebrune-sur-Argens formulées sur ce même fondement.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Roquebrune-sur-Argens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B A, à la commune de Roquebrune-sur-Argens et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Riffard, premier conseiller,

M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé :

F. C

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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