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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001296

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001296

jeudi 5 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001296
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a jugé une demande d'indemnisation pour préjudice d'anxiété lié à l'exposition professionnelle à l'amiante. Il a reconnu la responsabilité de l'État, en sa qualité d'employeur, pour manquement à son obligation de sécurité envers l'agent, et l'a condamné à verser 8 000 euros au requérant. La décision s'appuie sur les principes généraux de la responsabilité administrative et sur l'arrêté du 21 avril 2006 qui caractérise le risque d'exposition.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et plusieurs mémoires, enregistrés les 1er mai 2020 et 21 juillet 2024 et 15 juillet 2025, M. B... A... doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l’État à lui verser la somme de 8 000 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de son exposition aux poussières d’amiante ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat l’ensemble des frais irrépétibles engagés en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il remplit les critères pour obtenir une indemnisation au regard des conditions fixées à l’arrêté du 21 avril 2006 ;
- l’État a commis une faute, dès lors qu’il a été exposé à l’inhalation de poussières d’amiante ;
- son préjudice extrapatrimonial doit être réparé.






Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.


Il soutient :

- à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors que les prétentions indemnitaires de M. A... ne sont pas chiffrées ;
- à titre subsidiaire, que les moyens ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code civil ;
- l’arrêté du 21 avril 2006 relatif à la liste des professions, des fonctions et des établissements ou parties d'établissements permettant l'attribution d'une allocation spécifique de cessation anticipée d'activité à certains ouvriers de l'Etat, fonctionnaires et agents non titulaires du ministère de la défense ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Karbal, conseiller,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- et les observations de M. A....



Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 3 mars 2020, le service du commissariat des armées (service local du contentieux de Metz) a rejeté la demande indemnitaire présentée par M. A..., tendant à la réparation de préjudices qu’il impute à son exposition aux poussières d’amiante, durant sa carrière.


Sur la fin de non-recevoir :

2. A la suite d’une demande de régularisation adressée par le greffe du tribunal,
M. A... a, par un mémoire enregistré le 15 juillet 2025, demandé la condamnation de l’Etat à lui verser une somme précise. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée du défaut de chiffrage des conclusions indemnitaires doit être écartée.





Sur la responsabilité de l’Etat :

3. La responsabilité de l’administration, en sa qualité d’employeur, peut être engagée en cas de manquement à l’obligation de sécurité à laquelle elle est tenue envers les agents, lorsqu’elle a ou aurait dû avoir conscience du danger auquel étaient exposés ces derniers et qu’elle n’a pas pris les mesures nécessaires pour les en préserver.


4. Il résulte de l’instruction, en particulier du relevé des services du 10 avril 2020 ainsi que de l’attestation établie le 15 juillet 2024, que M. A... a exercé la profession d’ouvrier électronicien au sein des ateliers et magasins de la pyrotechnie de Toulon (aujourd’hui établissement principal des munitions Méditerranée (EPMu MED). Cette profession, comme les établissements d’affectation de l’intéressé, sont mentionnés aux annexes I et III de l’arrêté du 21 avril 2006 visé ci-dessus, permettant l’attribution d'une allocation spécifique de cessation anticipée d'activité (ASCAA) ainsi que de caractériser un risque d’exposition à l’inhalation de poussières d’amiante. Par ailleurs, il n’est pas établi que l’Etat se serait conformé à l’ensemble des obligations de protection mises à sa charge et que
M. A... aurait effectivement bénéficié de la mise en place d’équipements de protection individuelle ou collective. Dans ces conditions, la carence de l’Etat employeur est de nature à engager sa responsabilité à l’égard de M. A....


Sur le préjudice :

5. La personne qui recherche la responsabilité d’une personne publique en sa qualité d’employeur et qui fait état d’éléments personnels et circonstanciés de nature à établir une exposition effective aux poussières d’amiante susceptible de l’exposer à un risque élevé de développer une pathologie grave et de voir, par là même, son espérance de vie diminuée, peut obtenir réparation du préjudice moral tenant à l’anxiété de voir ce risque se réaliser. Dès lors qu’elle établit que l’éventualité de la réalisation de ce risque est suffisamment élevée et que ses effets sont suffisamment graves, la personne a droit à l’indemnisation de ce préjudice, sans avoir à apporter la preuve de manifestations de troubles psychologiques engendrés par la conscience de ce risque élevé de développer une pathologie grave.


6. Il résulte de l’instruction que du 12 novembre 2002 au 6 septembre 2004, puis du
26 mars 2005 au 9 avril 2020, M. A... a été exposé au risque d’inhalation de poussières d’amiante sur une période suffisamment longue de dix-sept années, pour pouvoir lui faire craindre d’être exposé à une maladie grave. Eu égard à ce qui a été dit au point 4, l’intéressé doit être regardé comme ayant subi un préjudice d’anxiété.


7. Il en sera fait une juste appréciation en condamnant l’État à verser à M. A... une indemnité de 8 000 euros.


Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions tendant au remboursement des frais exposés par M A... et non compris dans les dépens, lesquels ne sont au demeurant pas chiffrés.

D É C I D E :



Article 1er : L’Etat est condamné à verser à M. A... une somme de 8 000 euros.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre des armées.


Délibéré après l'audience du 15 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
M. David Hélayel, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février2026.


Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANG


La greffière,


Signé


V. VIVES


La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.

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