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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101219

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101219

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre - Juge Unique
Avocat requérantNESLIAT-DELHAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2021, M. G A E, représenté par Me Nesliat-Delahaye, doit être regardé comme demandant au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de la commission de médiation DALO du Var du 18 décembre 2020 rejetant son recours préalable en vue d'être désigné prioritaire et devant être logé d'urgence au regard du dispositif DALO établi par la loi n°2007-290 du 5 mars 2007 ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation DALO du Var de le désigner prioritaire et devant être logé d'urgence au regard de ce dispositif ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a déposé un recours auprès de la commission de médiation DALO du Var en vue d'une offre de logement le 18 septembre 2020, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- il a déposé le 18 février 2021 une demande d'aide juridictionnelle, ce qui a suspendu le délai de recours contentieux ; une décision d'aide juridictionnelle totale a été prise le 15 mars 2021 ;

- la décision implicite de rejet de la commission de médiation DALO du Var est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de la loi du 12 avril 2000 ; faute de réponse explicite, il ne peut qu'imaginer les motifs de la décision ;

- il y a urgence à ce qu'il soit désigné prioritaire et devant être logé d'urgence par la commission de médiation DALO du Var car, par un jugement du tribunal d'instance de Brignoles du 15 novembre 2019, a constaté la résiliation du bail signé par M. A E le 15 mars 2016 et a ordonné son expulsion du logement qu'il occupe au 145 avenue de Lattre de Tassigny à Brignoles ; il est donc depuis la signification de ce jugement, le 6 janvier 2020, occupant sans droit ni titre ; M. A E est père de 5 enfants nés de deux unions et depuis le jugement du tribunal du juge aux affaires familiales de Grasse du 5 septembre 2019, il exerce un droit de visite et d'hébergement pour deux de ses enfants nés en 2010 et 2012 respectivement ; faute de logement, il ne sera pas en mesure d'exercer ce droit de visite et d'hébergement ;

- il justifie de démarches suffisantes dans le secteur privé ou public ; il a déposé une demande de logement social auprès du CCAS de Brignoles en date du 25 août 2020 ;

- M. A E vit seul et ne dispose pour seules ressources que du revenu de solidarité active (RSA) ; il ne peut donc pas obtenir un logement dans le secteur privé, faute de moyens.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2021, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la commission de médiation du Var s'est prononcée le 3 décembre 2020 par une décision explicite de rejet ;

- la commission de médiation DALO du Var a apprécié la situation de M. A E au regard des dispositions de la loi n°2007- 290 du 5 mars 2007 relative au droit au logement opposable ;

- le requérant n'a produit que le commandement de payer et pas le jugement définitif d'expulsion prononcé dans le cadre de cette procédure qui aurait permis d'apprécier le caractère prioritaire et urgent du relogement de l'intéressé ; en outre, le requérant ne présente pas un jugement du juge aux affaires familiales définitif fixant la résidence habituelle des enfants au domicile de la mère ; la commission a donc correctement estimé que le requérant n'était pas dépourvu de logement pour rejeter sa demande.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale ;

- le code de justice administrative.

Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Toulon a, par une décision du 15 mars 2021, accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A E.

Par une décision du 1er novembre 2022, la présidente du tribunal a désigné M. D en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 10 janvier 2023, le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation

1. M. A E a déposé un recours amiable auprès de la commission de médiation DALO du Var en vue de se voir reconnaître prioritaire et devant être logé en urgence au regard des dispositions de la loi n°2007-290 du 5 mars 2007 relative au droit opposable. Le requérant soutient qu'une décision implicite de rejet de ce recours serait née le 18 décembre 2020, du silence pendant trois mois de la commission de médiation DALO du Var. Le préfet du Var fait valoir toutefois que la commission de médiation DALO du Var a produit une décision explicite de rejet du recours amiable le 3 décembre 2020, décision qui, en dépit d'une mesure d'instruction effectuée par le tribunal administratif le 22 décembre 2022, n'a pas été produite par le préfet du Var. Ainsi, il doit être considéré que la décision attaquée est, ainsi que le soutient le requérant, la décision implicite de recours gracieux.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 du même code : " Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II () de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement (), en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; (); -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement () ".

3. Si une menace d'expulsion permet de saisir sans délai la commission de médiation ainsi que le prévoit l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, en revanche cette menace ne suffit pas pour qu'une demande de logement social soit reconnue prioritaire et urgente en application des dispositions de l'article R. 441-2-3 précité du code de la construction et de l'habitation, lesquelles exigent la production d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement occupé pour pouvoir prétendre le cas échéant à cette reconnaissance.

4. En l'espèce, le requérant produit le jugement du 15 novembre 2019 du Tribunal de Grande Instance de Brignoles, dont il n'est pas contesté qu'il a été signifié à M. A E le 6 janvier 2020. Ce jugement d'une part constate la résiliation du bail conclu en date du 15 mars 2016 entre M. C et M. A E, et d'autre part ordonne à M. A E de libérer les lieux et indique qu'à défaut d'exécution de ce jugement dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, il sera procédé à l'expulsion, si nécessaire par l'usage de la force, du requérant ainsi que de tous les occupants.

5. Ensuite, le requérant soutient qu'il a obtenu un droit de visite et d'hébergement pour deux de ses plus jeunes enfants, nés en 2010 et 2012 respectivement. Il produit le jugement du juge aux affaires familiales du Tribunal de Grande Instance de Toulon du 21 novembre 2019, qui ordonne une mesure d'enquête sociale avant dire droit. Toutefois, il ressort directement des termes mêmes de ce jugement, que dans l'attente de cette enquête sociale, le jugement a maintenu le droit de visite et d'hébergement au père des enfants et a fixé le domicile habituel des enfants au domicile de la mère. Le requérant produit en outre également à l'instance un autre jugement du juge aux affaires familiales du 5 septembre 2019 du Tribunal de Grande Instance de Grasse relative au divorce entre M. A E et Mme F B. De ce mariage qui a été célébré le 12 juillet 2007 à Nice, trois enfants sont nés en 2009, en 2012 et en 2014. Ce jugement de divorce fixe la résidence habituelle des enfants chez la mère et fixe un droit de visite et d'hébergement au père pour les trois enfants nés de cette union.

6. Ainsi, le requérant est menacé d'expulsion de son logement et il a cinq enfants nés de deux unions différentes. Il bénéficie en outre d'un droit de visite et d'hébergement pour ces cinq enfants, par deux jugements d'une part du juge aux affaires familiales de Toulon du 21 novembre 2019 et d'autre part par un jugement du juge aux affaires familiales du Tribunal de grande instance de Grasse du 5 septembre 2019.

7. Il ressort donc des pièces du dossier que le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation sur l'urgence. La commission de médiation DALO du Var aurait dû le déclarer prioritaire et devant être logé en urgence au regard de la loi n°2007-290 du 5 mars 2007.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision attaquée de rejet par la commission de médiation DALO du Var pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par le requérant, notamment le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Etant donné le motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la commission de médiation DALO du Var de déclarer M. A E prioritaire et devant être logé en urgence, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à M. A E sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE

Article 1er : La décision susvisée de la commission de médiation DALO du Var de rejet implicite du 18 décembre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation DALO du Var de désigner M. A E prioritaire et devant être logé en urgence, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat versera à M. A E une somme de 800 (huit cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. G A E, au préfet du Var et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 mars 2023.

Le Magistrat désigné,

Signé :

F. D

La greffière

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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