lundi 10 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201380 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DDA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, Mme A D, représentée par Me Maruani, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 30 222,18 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée à l'hôpital d'instruction des armées (HIA) Sainte-Anne ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'hôpital d'instruction des armées (HIA) Sainte-Anne doit être engagée dès lors que l'infection nosocomiale dont elle a été victime est à l'origine des dommages qu'elle a subis ;
- les préjudices ayant résulté de ces manquements fautifs doivent être indemnisés à hauteur de :
- 2 040 euros au titre de l'assistance à tierce personne avant consolidation ;
- 6 418,432 euros au titre des frais de véhicule aménagé ;
- 1 663,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total et partiel ;
- 6 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- 12 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- 600 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
- 1 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2024, le ministre des armées conclut à la réduction des prétentions de la requérante.
Par un courrier enregistré le 12 août 2022, la Caisse primaire d'assurance maladie du Var déclare ne pas entendre intervenir dans l'instance.
Vu
- les autres pièces du dossier ;
- le rapport de l'expertise du 26 mars 2021.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Karbal, rapporteur,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- et les observations de Me Thiesse représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D a subi une fracture du radius distal droit le 25 septembre 2012. L'intéressée a été traitée par la pose d'une plaque antérieure. En juillet 2016, la requérante a été victime d'une chute qui lui a occasionné des douleurs. Ses douleurs ont persisté et une tendinite a été diagnostiquée. En raison de la persistance des douleurs au poignet, une arthrodèse radio-carpienne a été réalisée le 18 octobre 2018. Le 28 novembre 2018, du fait de l'apparition d'un écoulement et de fièvre la veille, Mme D a été hospitalisée à l'hôpital d'instruction des armées (HIA) de Sainte-Anne pour ablation du matériel d'osthésynthèse et divers prélèvements. A cette occasion, il a été constaté que le site opératoire avait été infecté par un staphylocoque aureus méti-sensible. Elle a saisi, le 28 janvier 2021, la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, laquelle a désigné deux experts, les docteurs Launay et Delarozière, lesquels ont rendu un rapport le 26 mars 2021. Par un courrier du 15 décembre 2021, réceptionné le 17 décembre suivant, Mme D a formé une demande préalable auprès de la direction centrale du service de santé des armées (DCSSA), laquelle a implicitement rejeté sa demande.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le cadre juridique du litige :
2. Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ". Aux termes du premier alinéa du II du même article : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire ". Enfin, aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. () ".
3. Il résulte des dispositions précitées qu'un patient peut rechercher la responsabilité sans faute de l'établissement hospitalier lorsqu'une infection qu'il a contractée lui a causé un taux d'incapacité permanente inférieure à 25 % et celle de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale pour une infection plus grave.
4. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que l'infection nosocomiale dont a été victime Mme D est à l'origine des dommages pour une part à hauteur de 75 %. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste réparation en condamnant l'État à verser 75 % de l'intégralité des sommes demandées.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise réalisée le 26 mars 2021 à la demande de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) de Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA), que le déficit fonctionnel permanent dont souffre Mme D à la suite de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée a été évalué à 6 %. Il résulte en outre de l'instruction que la prise en charge litigieuse a été à l'origine pour Mme D d'un déficit fonctionnel temporaire total du 27 novembre au 5 décembre 2018 et le 2 mai 2019 et d'un déficit fonctionnel temporaire partiel à 25% du 6 décembre 2018 au 1er mai 2019 et du 3 mai au 3 juin 2019 et de 10% du 4 juin au 1er août 2019. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la prise en charge litigieuse présenterait un caractère d'une particulière gravité au sens des dispositions précités. Dans ces conditions, la responsabilité l'hôpital d'instruction des armées (HIA) de Sainte-Anne peut donc être recherchée par Mme D à ce titre.
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du même rapport d'expertise précité, que
Mme D a été opérée le 18 octobre 2018 d'une arthrodèse du poignet droit pour une arthrose post-traumatique ancienne. Cette arthrodèse s'est compliquée d'une infection nosocomiale sans faute. Il a ainsi été constaté que le site opératoire avait été infecté par un staphylocoque aureus méti-sensible. Si cette infection a été traitée selon les règles de l'art, notamment par la mise en place d'une antibiothérapie qui a permis la guérison de l'infection, il résulte toutefois de l'instruction que le poignet droit de la requérante est en état de pseudarthrose avec la persistance de douleurs et une diminution nette de la force des amplitudes articulaires sur l'ensemble des doigts longs et du pouce. Par suite, en application des dispositions précitées du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique précité, Mme D est fondée à soutenir que celle-ci présente le caractère d'une infection nosocomiale et que l'hôpital d'instruction des armées (HIA) de Sainte-Anne est responsable des dommages résultant de l'infection qu'elle a contractée.
Sur l'évaluation des préjudices :
7. Il résulte de l'instruction, plus particulièrement de l'expertise, que la date de consolidation de l'état de santé de l'intéressée doit être fixée au 2 août 2019.
En ce qui concerne les préjudices temporaires :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
8. Il résulte de l'instruction que Mme D a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 27 novembre au 5 décembre 2018 et le 2 mai 2019 (10 jours). Elle a également subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % du 6 décembre 2018 au 1er mai 2019, puis du 3 mai 2019 au 3 juin 2019 (178 jours), et un déficit fonctionnel temporaire partiel de 10 % du 4 juin au 1er août 2019 (59 jours).
9. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi sur la base d'un montant d'indemnisation de 17 jours par jour pour une incapacité totale, en l'évaluant à la somme de 1 026,80 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
10. Il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées, qualifiées par les experts de légères et modérées, évaluées à 2,5 sur 7 dans le rapport d'expertise, en les fixant à la somme de 3 000 euros.
S'agissant de l'assistance par une tierce personne :
11. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que du 6 décembre 2018 au 1er mai 2019 et du 3 mai 2019 au 3 juin 2019, Mme D a eu besoin de l'assistance non spécialisée d'une tierce personne, à hauteur de deux heures par semaine et une heure par semaine du 4 juin au 1er août 2019. Il y a lieu de porter le taux horaire moyen de l'assistance nécessaire à la somme de 15 euros pour la période considérée, sur la base du salaire minimum de croissance augmenté des cotisations sociales, et de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 840 euros.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
12. Le préjudice esthétique temporaire de Mme D a été évalué par les experts à 1,5 sur une échelle de 1 à 7 Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 600 euros.
En ce qui concerne les préjudices permanent :
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
13. Il résulte de l'instruction que le déficit fonctionnel permanent de Mme D a été évalué à 6% par les experts. Compte tenu de l'âge de la requérante au 2 août 2019, date de la consolidation de son état de santé (60 ans), il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 10 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent
14. Le préjudice esthétique permanent a été évalué à 1 sur une échelle de 7 par les experts. Il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.
S'agissant de l'indemnisation des frais de véhicule aménagé :
15. Il résulte du rapport d'expertise que Mme D doit conduire un véhicule automobile avec une boîte de vitesse automatique. Elle produit un devis qui précise que la différence entre un véhicule à boîte automatique et un véhicule sans boîte automatique est de
1 900 euros à changer tous les six ans, soit un coût de 316,66 euros. Il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 6 418,43 euros.
16. Ainsi qu'il a été dit au point 4, l'hôpital d'instruction des armées (HIA) de Sainte-Anne CHITS doit seulement être condamné à verser à la Mme D 75% de la somme totale de 22 885,23 euros, soit la somme de 17 164 euros.
17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D doit être indemnisée des préjudices subis à hauteur de 17 164 euros.
Sur les frais liés à l'instance :
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'hôpital d'instruction des armées (HIA) de Sainte-Anne le versement de la somme de 2 000 euros au profit de Mme D au titre des frais exposés non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'Etat (ministre des armées) est condamné à verser à Mme A D une somme de 17 164 euros.
Article 2 : L'Etat (ministre des armées) versera une somme de 2 000,00 euros à Mme D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre des armées et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.
Copie en sera adressée à l'hôpital d'instruction des armées Sainte-Anne
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme B C.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2025.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2517965
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2209847
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2302791
01/07/2026