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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201878

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201878

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201878
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantPHELIP & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a été saisi par M. A, qui a chuté en deux-roues le 17 mai 2019 sur un ralentisseur situé avenue Henri Dunant à Toulon, et a demandé la condamnation de la métropole Toulon-Provence-Méditerranée (TPM) pour défaut d'entretien normal ou dangerosité exceptionnelle de l'ouvrage public. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que M. A n'apportait pas la preuve d'un défaut d'entretien normal ni d'une dangerosité exceptionnelle du ralentisseur, et que sa propre imprudence était à l'origine de l'accident. La solution retenue s'appuie sur les principes de la responsabilité pour ouvrage public, sans application spécifique du décret du 27 mai 1994 invoqué.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juillet 2022 et le 31 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Taupenas, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la métropole Toulon-Provence-Méditerranée (TPM) à lui verser la somme totale de 165 348,54 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire et de leur capitalisation, en réparation des préjudices subis ;

2°) d'enjoindre à la métropole TPM de procéder à la démolition du ralentisseur sis avenue Henri Dunand à Toulon ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale ;

4°) de mettre à la charge de la métropole TPM la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le 17 mai 2019, il a été victime d'une chute sur la voie publique, alors qu'il circulait en deux-roues, causée par le ralentisseur sis avenue Henri Dunant, à Toulon ;

- la responsabilité de la métropole TPM du fait d'un ouvrage public exceptionnellement dangereux, ou à tout le moins pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public, est engagée ; le ralentisseur à l'origine du dommage est irrégulièrement implanté, en méconnaissance des prescriptions fixées par le décret du 27 mai 1994 ;

- la chute lui a causé une fracture-luxation de l'humérus droit ;

- l'ensemble de ses préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux doivent être réparés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, la métropole TPM, représentée par Me Phelip, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale ;

3°) de mettre à la charge du requérant la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle doit être mise hors de cause dès lors que seul le maire est compétent, dans le cadre de ses pouvoirs de police de la circulation, pour décider de mettre en place un ralentisseur sur le territoire de sa commune en agglomération ; le président de la communauté d'agglomération TPM a, par un arrêté du 1er juillet 2014, renoncé au transfert des pouvoirs de police des maires ;

- en tout état de cause, le requérant ne rapporte pas la preuve de la matérialité des faits qu'il avance ; son accident a pour seule origine son imprudence fautive dès lors que le ralentisseur était visible, qu'il connaissait les lieux et que les conditions météorologiques impliquaient davantage de vigilance ;

- les préjudices sont injustifiés ou évalués de manière excessive.

Par un courrier du 12 août 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Var indique au tribunal qu'elle n'entend pas intervenir dans l'instance.

Un mémoire enregistré le 21 février 2024, présenté par la métropole TPM, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Taupenas, avocate du requérant, et de Mme C, représentant la métropole TPM.

Une note en délibéré, présentée par M. A, a été enregistrée le 3 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 mai 2019, vers 16h25, alors qu'il circulait en deux-roues dans l'avenue Henri Dunant, à Toulon, M. A, né le 5 août 1964, a été victime d'une chute lui causant une fracture-luxation de l'humérus droit. Par un courrier du 10 mars 2022, réceptionné le 14 mars suivant, M. A a formé une demande préalable d'indemnisation auprès de la métropole TPM, laquelle a été implicitement rejetée.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, de rapporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage dont il se prévaut. Une collectivité publique peut en principe s'exonérer de la responsabilité qu'elle encourt à l'égard des usagers d'un ouvrage public victimes d'un dommage causé par l'ouvrage si elle apporte la preuve que ledit ouvrage a été normalement aménagé et entretenu. Sa responsabilité ne peut être engagée à l'égard des usagers, même en l'absence de tout défaut d'aménagement ou d'entretien normal, que lorsque l'ouvrage, en raison de la gravité exceptionnelle des risques auxquels sont exposés les usagers du fait de sa conception même, doit être regardé comme présentant par lui-même le caractère d'un ouvrage exceptionnellement dangereux.

3. Il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation établie par le service départemental d'incendie et de secours, que, le 17 mai 2019, M. A a chuté en deux-roues au niveau du ralentisseur situé avenue Henri Dunant, à Toulon, en face de l'entrée principale de la clinique privée Saint-Jean, et que cette chute lui a causé une fracture-luxation de l'humérus droit.

En ce qui concerne la responsabilité de la métropole TPM du fait d'un ouvrage exceptionnellement dangereux :

4. En se bornant à faire valoir que l'implantation du ralentisseur litigieux ne respecte pas les prescriptions fixées par le décret du 27 mai 1994 relatif aux caractéristiques et aux conditions de réalisation des ralentisseurs de type dos d'âne ou de type trapézoïdal, M. A n'apporte aucun élément de nature à démontrer que cet ouvrage présente un degré de dangerosité élevé, lequel tiendrait en particulier à la fréquence des accidents survenus. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à rechercher la responsabilité sans faute de la métropole TPM du fait d'un ouvrage exceptionnellement dangereux.

En ce qui concerne la responsabilité de la métropole TPM pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales : " La métropole exerce de plein droit, en lieu et place des communes membres, les compétences suivantes : / () 2° En matière d'aménagement de l'espace métropolitain : / () b) Organisation de la mobilité au sens des articles L. 1231-1, L. 1231-8 et L. 1231-14 à L. 1231-16 du code des transports ; création, aménagement et entretien de voirie ; signalisation ; abris de voyageurs ; parcs et aires de stationnement et plan de mobilité ; / c) Création, aménagement et entretien des espaces publics dédiés à tout mode de déplacement urbain ainsi qu'à leurs ouvrages accessoires ; () "

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 2213-1 du même code : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. () ". Et aux termes de l'article L. 5211-9-2 du même code : " I. - A. - () Sans préjudice de l'article L. 2212-2 et par dérogation aux articles L. 2213-1 à L. 2213-6-1, lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de voirie, les maires des communes membres transfèrent au président de cet établissement leurs prérogatives en matière de police de la circulation et du stationnement. / () III. - () Si un ou plusieurs maires des communes concernées se sont opposés au transfert de leurs pouvoirs de police, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales peut, à compter de la première notification de l'opposition et jusqu'à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la fin de la période pendant laquelle les maires étaient susceptibles de faire valoir leur opposition, renoncer, dans chacun des domaines mentionnés au A du I, à ce que les pouvoirs de police spéciale des maires des communes membres lui soient transférés de plein droit. Il notifie sa renonciation à chacun des maires des communes membres. Dans ce cas, le transfert des pouvoirs de police n'a pas lieu ou, le cas échéant, prend fin à compter de cette notification, sur l'ensemble du territoire de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales. () ".

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 1er juillet 2014, le président de la communauté d'agglomération Toulon-Provence-Méditerranée, à laquelle s'est substituée la métropole TPM, a renoncé au transfert des pouvoirs de police des maires mentionnés au A du I de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales, dont la police de la circulation et du stationnement. Dès lors, le maire de la commune de Toulon continue d'exercer la police de la circulation à l'intérieur de l'agglomération.

8. Il résulte des dispositions citées aux points 5 et 6, d'une part, et de ce qui vient d'être dit au point précédemment, d'autre part, que la métropole, en tant que propriétaire du domaine, est seule compétente pour opérer tous travaux d'aménagement ou d'entretien de son domaine routier, dès lors que ces travaux ne privent pas de leur portée les compétences détenues par le maire au titre de ses pouvoirs de police de la circulation. Il en résulte également que le maire est seul compétent, dans le cadre de ses pouvoirs de police de la circulation, pour décider de la mise en place de dispositifs de sécurité sur le territoire de sa commune, dès lors que ces dispositifs n'ont ni pour objet, ni pour effet, de modifier l'assiette des routes dont la commune n'est pas propriétaire. Les dommages résultant de la mise en œuvre ou de l'absence de mise en œuvre de ces pouvoirs de police entraînent, le cas échéant, la responsabilité de la seule commune.

9. Pour rechercher la responsabilité de la métropole TPM sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage, M. A soutient que son accident résulte du ralentisseur sis avenue Henri Dunant irrégulièrement implanté, compte tenu des prescriptions fixées par le décret du 27 mai 1994 précité. Il fait valoir que cette portion de l'avenue Henri Dunant n'est pas limitée à 30 km/heure, que la déclivité de la voie est supérieure à 4 % et que l'obtention de l'accord préalable des services de transport public n'est pas établie. Toutefois, l'ensemble de ces critiques se rattachent exclusivement aux conditions de mise en œuvre des pouvoirs de police de la circulation par le maire, et non à l'état du domaine public routier relevant de la responsabilité de la métropole TPM. Dans ces conditions, et à supposer même que les circonstances alléguées seraient établies, le requérant n'est pas fondé à rechercher la responsabilité pour défaut d'entretien normal de la métropole TPM.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant dire droit une expertise médicale, que les conclusions indemnitaires présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures.

12. En l'espèce, en l'absence de toute condamnation de la métropole TPM, les conclusions tendant à ce qu'il lui soit enjoint de procéder à la démolition du ralentisseur litigieux ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole TPM, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du requérant une quelconque somme au titre des frais exposés par la métropole TPM et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la métropole TPM sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la métropole Toulon Provence Méditerranée et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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