Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401677

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2401677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantBIOUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du tribunal administratif de Marseille du 24 mai 2024, la requête de M. A B a été transmise au tribunal administratif de Toulon.

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2023, M. A B demande au tribunal administratif de Marseille :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée en fait eu égard à la gravité de ses conséquences et devra être annulée pour défaut de motivation.

- eu égard aux circonstances particulières du cas d'espèce, le préfet du Var a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision incriminée sur sa situation personnelle. Le préfet ne tient pas compte de nombreux éléments pourtant essentiels à l'examen de sa situation personnelle, notamment le fait qu'il est entré de manière régulière en France, muni de son titre de séjour hollandais qui était en cours de validité, en 2023, et qui est à la disposition de la police. De plus, il a remis à la police ses documents d'hébergement avec sa compagne française depuis 5 ans, ainsi que ses justificatifs de travail déclaré en France depuis un an.

-

- Il aurait dû faire l'objet d'un arrêté de réadmission vers les Pays -Bas et non pas d'une obligation de quitter le territoire français à destination de l'Algérie

- Il n'aurait pas dû faire l'objet d'une interdiction de retour au seul motif qu'il serait susceptible de se soustraire à la mesure. D'autant plus qu'il est reconnu dans la décision contestée qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement.

- la décision d'OQTF prise à son encontre n'est pas assortie d'une IRTF et donc, le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entaché d'une d'illégalité.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun de moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ; Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Harang, Vice-président, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Harang,

- et les observations de Me Biout, représentant M. A B. Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 mai 2024, le préfet du Var a obligé M. A B, ressortissant algérien, à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination. Le préfet a fondé sa décision sur les dispositions, en particulier, du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce q u'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

1.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant des moyens communs aux décisions :

3. En premier lieu, La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que celle refusant le délai de départ volontaire, qui énoncent chacune les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées et les éléments propres à la situation de M.

M. B. En application notamment des dispositions des articles L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces décisions sont donc suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, l'exposé de ces considérations démontre que le préfet du Var a examiné la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.

S'agissant des autres moyens :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;/ () ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). ".

6. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet du Var a fondé l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de l'intéressé principalement sur l'irrégularité de l'entrée et du séjour de M. B. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressé justifie d'une entrée ou d'un séjour régulier sur le territoire national à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors que M. B, par ce seul motif, entrait dans les dispositions de l'article précité, le préfet du Var n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen doit donc être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.

". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de

l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142- 1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). "

8. M. B soutient qu'il justifie d'une résidence effective et permanente et d'attaches familiales sur le territoire, qu'il présente des garanties de représentation, qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, et que le préfet a ainsi commis une erreur de droit en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Néanmoins, ainsi qu'il a été précédemment exposé, M. B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, et il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors que ce seul motif suffit à constituer un risque de fuite au regard de l'alinéa 1) de l'article L. 612-3 susmentionné, M. B entrait donc dans les dispositions des articles précités et pouvait se voir refuser un délai de départ volontaire. Par suite, le préfet du Var a pu légalement et sans erreur manifeste d'appréciation estimer qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre et lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. La présence de M. B, célibataire et sans enfant, sur le sol français est relativement récente. Et l'intéressé ne justifie pas de l'impossibilité de mener une vie personnelle normale dans son pays d'origine. En outre, M. B est connu des services de police et de gendarmerie pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, détention de stupéfiants, port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D. Eu égard à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressé en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que l'arrêté soit entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

12. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le Vice-présidentLa Greffière

Magistrat désigné,

SignéSigné

PH. HARANGI. REZOUG

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme, La greffière en chef,

La greffière