mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2002090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP DROUINEAU - BACLE - LE LAIN - BAROUX - VERGER - NOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires en réplique enregistrés les 25 août 2020, 2 mars 2021 et 21 mai 2021, Mme C D, M. E D et M. B D, représentés par Me Renner, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 20 février 2020 par laquelle le conseil municipal de Quinçay a approuvé son plan local d'urbanisme (PLU), ensemble les décisions implicites rejetant leurs recours gracieux des 12 et 14 avril 2020 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Quinçay la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas démontré que les conseillers municipaux ont reçu une information suffisante au regard de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;
- le PLU litigieux a été adopté à l'issue d'une procédure irrégulière en ce qu'il n'est pas démontré que la commune aurait respecté les dispositions de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme qui imposent au conseil municipal, d'une part, de délibérer sur les modalités d'une concertation avec les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées et, d'autre part, de définir les objectifs poursuivis ;
- le classement des parcelles C 509, C 510, C 512 et C 513 en zone naturelle est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.
- ce classement est incohérent avec les orientations du plan d'aménagement et de développement durables (PADD).
Par des mémoires en défense enregistrés les 29 janvier 2021, 18 mars 2021 et 11 juin 2021, la commune de Quinçay, représentée par Me Verger, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Plas, rapporteur public ;
- et les observations de Me Renner, représentant les requérants, et de Me Finkelstein, représentant la commune de Quinçay.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D et M. B D sont respectivement propriétaires dans la commune de Quinçay des parcelles cadastrées C 509 et C 510, tandis que Mme C D possède les parcelles C 512 et C 513. Par délibération du 29 août 2017, le conseil municipal a prescrit la révision du plan local d'urbanisme (PLU). Les requérants demandent l'annulation de la délibération du 20 février 2020 par laquelle le conseil municipal de Quinçay a approuvé son PLU, ensemble les décisions implicites rejetant leurs recours gracieux des 12 et 14 avril 2020.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est adressée par écrit, sous quelque forme que ce soit, au domicile des conseillers municipaux, sauf s'ils font le choix d'une autre adresse ". Aux termes de l'article L. 2121-11 du même code : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. () ". Aux termes de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".
3. Il ressort des mentions des convocations du 14 février 2020 fixant l'ordre du jour, qui font foi jusqu'à preuve contraire, et des termes même de la délibération du 20 février 2020 que les conseillers municipaux de Quinçay ont été convoqués dans le respect du délai de trois jours francs prévu à l'article L. 2121-11 précité. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 2121-13, qui ne concernent pas le contenu de la convocation, n'ont ni pour objet ni pour effet d'imposer que celle-ci comporte d'autres informations que celles relatives à l'ordre du jour, ainsi que le prévoit l'article L. 2121-10 du même code pour les communes de moins de 3 500 habitants, ni qu'elle soit accompagnée d'une copie des documents à approuver. Or, les convocations faisaient état de l'approbation du PLU et il n'est ni établi ni même allégué que des conseillers municipaux auraient sollicité en vain la communication d'informations complémentaires avant la réunion du conseil municipal. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante information des conseillers et celui tiré de la méconnaissance du délai de trois jours francs prescrit par l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales ne peuvent qu'être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. / La délibération prise en application de l'alinéa précédent est notifiée aux personnes publiques associées mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9.".
5. Le moyen dirigé contre la délibération du 29 août 2017 prescrivant la révision du PLU tiré de ce que cette délibération n'aurait pas défini les objectifs poursuivis par la commune ne peut, eu égard à son objet et à sa portée, être utilement invoqué contre la délibération litigieuse du 20 février 2020 approuvant le PLU.
6. En troisième lieu, la légalité d'une délibération approuvant un PLU ne saurait être contestée au regard des modalités de la procédure de concertation qui l'a précédée dès lors que celles-ci ont respecté les modalités définies par la délibération prescrivant l'élaboration de ce document d'urbanisme.
7. En l'espèce, les modalités de la concertation ont été définies par la délibération précitée du 29 août 2107 qui est visée par la délibération litigieuse. Celle-ci a pris la forme de la mise à disposition en mairie d'un registre destiné aux observations des personnes intéressées et de la tenue par le maire et l'adjoint en charge de l'urbanisme d'une permanence dans la période d'un mois précédant l'adoption par le conseil municipal de la délibération du 4 juillet 2019 tirant le bilan de cette concertation. Un dispositif particulier de concertation a, par ailleurs, été mis en place à destination des acteurs économiques, agricoles et associatifs locaux de la commune à travers l'organisation les 8 février 2018 et 10 avril 2018 d'une demi-journée de permanence et d'un atelier d'échanges. Enfin, une réunion publique a été organisée par le maire le 21 mai 2019 au cours de laquelle ont été présentés le projet d'aménagement et de développement durables et le projet de règlement, tandis que la procédure de révision a été présentée en avril 2018 dans le magazine municipal et que les délibérations relatives aux objectifs poursuivis par la commune et aux modalités de la concertation ont été régulièrement affichées. Dans ces conditions, les modalités de la concertation ont été respectées.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".
9. Il appartient aux auteurs d'un PLU de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Ce faisant, ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des divers secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
10. Le projet d'aménagement et de développement durables comporte un axe n°1 intitulé " un patrimoine naturel, paysager et architectural riche à remettre au cœur du projet de développement communal " qui retient comme objectif de freiner " la dilution de l'urbanisation " et de limiter les extensions urbaines. L'axe n°2 vise notamment à restreindre la densification de certains espaces encore libres afin de les " protéger pour leur rôle dans la qualité intrinsèque des paysages urbains ". L'axe n°3 " réduire la consommation foncière en proposant des opérations plus denses et plus qualitatives " se fixe notamment pour objectif de limiter l'urbanisation en extension des enveloppes urbaines déjà bâties et de modérer la consommation d'espace.
11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans et vues aériennes qui y ont été produits, d'une part, que les parcelles C 509, C 510 et C 512, dont le classement est contesté par les requérants, sont à l'état naturel et ne supportent pas de construction à l'exception de la parcelle C 510 où est édifié un hangar et, d'autre part, que la parcelle C 513 a été classée en zone UAc. Au nord, les parcelles C 509 et C 510 sont séparées du centre-bourg par la parcelle C 508 d'une superficie de plus de 4 500 m2, qui est à l'état naturel, et par la rue de Sainte-Maure qui longe cette parcelle sur sa partie nord. Les trois parcelles C 509, C 510 et C 512, situées dans un secteur très faiblement urbanisé, sont enclavées et s'ouvrent directement au sud sur une importante zone boisée, classée en zone naturelle, qui elle-même donne, plus au sud, sur un vaste espace agricole. Les parcelles en cause, qui sont en limite de frange urbaine, ne constituent pas une dent creuse mais présentent une unité paysagère cohérente de terrains à dominante naturelle. Dans ces conditions, alors même qu'elles seraient raccordées au réseau d'eau et situées à proximité de la mairie et de l'église et qu'elles auraient été classées en zone Ud dans l'ancien PLU, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation que, eu égard à leurs caractéristiques et à leur situation et au parti d'aménagement adopté par la commune, les auteurs du PLU ont classé ces trois parcelles en zone naturelle.
12. En cinquième lieu, l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme dispose : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".
13. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du PLU entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du PLU à une orientation ou un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
14. Les requérants soutiennent que le classement des parcelles C 509, C 510 et C 512 en zone naturelle n'est pas cohérent avec l'objectif fixé par le PADD de " donner la priorité à la densification des espaces encore disponibles au cœur des principaux villages " alors que ces parcelles font partie intégrante de l'enveloppe urbaine. Toutefois, d'une part, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le PADD se fixe également comme objectif de limiter les extensions urbaines et la consommation d'espace et de restreindre la densification de certains espaces encore libres. D'autre part, les parcelles litigieuses sont situées en limite de frange urbaine et présentent une unité paysagère cohérente de terrains à dominante naturelle. Enfin, en tout état de cause, si les intéressés font valoir que les parcelles n°s 29, 2102, 369, 370 et 1732 ont été classées en zone constructible bien que présentant les mêmes caractéristiques que les leurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, qu'entourées de terrains bâtis sur trois de leurs côtés et longeant la voie publique, la situation de ces parcelles, à proximité immédiate du centre-bourg, serait comparable aux fonds des requérants. Par suite, alors au demeurant qu'il n'est pas établi que ces parcelles ont été classées dans leur intégralité en zone constructible, le moyen tiré de ce que le classement des parcelles concernées est incohérent avec les orientations du PADD doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération qu'ils critiquent.
Sur les frais liés au litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D et de MM. D la somme globale de 1 200 euros à verser à la commune de Quinçay en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions de ce même article L. 761-1 font obstacle à ce que la défenderesse, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, verse aux requérants une somme au titre des frais de procès non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de MM. D et de Mme D est rejetée.
Article 2 : Mme D et MM. D verseront à la commune de Quinçay la somme globale de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, et à la commune de Quinçay.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Lemoine, président,
M. Lacaïle, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
P. A
Le président,
Signé
D. LEMOINELe greffier d'audience,
Signé
JP. CHANTECAILLE
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
La greffière
signé
G. FAVARD
N ° 2002090
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026