jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2002476 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP DROUINEAU - BACLE - LE LAIN - BAROUX - VERGER - NOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 octobre 2020 et le 16 juin 2021 Mme B A, représentée par Me Lopes, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Boscamnant à lui verser une somme de 3 112,47 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 juin 2020 correspondant à un rappel de rémunération calculé sur la base de l'évolution de l'échelonnement indiciaire applicable aux cadres supérieurs de santé paramédicaux ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Boscamnant de reconstituer sa carrière et d'établir des bulletins de paie rectifiés sur la période comprise entre janvier 2016 et mai 2020 ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Boscamnant une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle a été précédée d'une demande préalable destinée à lier le contentieux ;
- le centre hospitalier de Boscamnant a méconnu l'article 4 de l'arrêté du 19 mai 2016 relatif à l'échelonnement indiciaire applicable aux corps paramédicaux de la catégorie A de la fonction publique hospitalière dès lors que sa rémunération, calculée à partir du septième échelon du corps des cadres supérieurs de santé paramédicaux, n'a pas suivi l'évolution indiciaire applicable à cet échelon depuis le 1er janvier 2016 ;
- il a méconnu le principe d'égalité de traitement et le principe de non-discrimination entre fonctionnaires titulaires et agents contractuels reconnu par la Cour de justice de l'Union Européenne dans l'arrêt C-72/18 du 20 juin 2019 qui impliquent qu'elle soit rémunérée à un niveau au moins égal à celui d'un fonctionnaire titulaire ;
- l'absence de prise en compte de l'évolution indiciaire du septième échelon du grade des cadres supérieurs de santé paramédicaux lui a causé un manque à gagner qu'elle évalue à la somme globale de 3 112,47 euros bruts au 31 mai 2020 décomposée comme suit : 722,99 euros bruts au titre de l'année 2016, à 561,94 euros bruts au titre des années 2017 et 2018, à 1 124,64 euros bruts au titre de l'année 2019 et, enfin, à 702,90 euros bruts au titre de l'année 2020.
Par des mémoires en défense enregistrés les 28 janvier et 2 septembre 2021, le centre hospitalier de Boscamnant, représenté par Me Drouineau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne tend pas à l'annulation d'une décision administrative, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;
- et à titre subsidiaire, il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne procédant pas à une augmentation régulière de la rémunération de la requérante eu égard à sa manière de servir ;
- les avenants au contrat de travail de la requérante n'impliquaient pas d'augmentation automatique de sa rémunération ;
- il n'a pas méconnu le principe d'égalité qui ne s'applique qu'entre agents placés dans une situation de droit et de fait identique, ce qui n'est pas le cas des agents contractuels au regard des agents titulaires.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 concernant l'accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- l'arrêté du 19 mai 2016 relatif à l'échelonnement indiciaire applicable aux corps paramédicaux de la catégorie A de la fonction publique hospitalière ;
- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 20 juin 2019 Daniel Ustariz Aróstegui contre Departamento de Educación del Gobierno de Navarra (C-72/18) ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- les conclusions de Mme Brunet, rapporteure publique ;
- les observations de Me Lopes représentant Mme A et de Me Porchet, représentant le centre hospitalier de Boscamnant.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée par le centre hospitalier de Boscamnant à compter du 14 janvier 2013 pour exercer les fonctions de cadre de santé à temps complet par un contrat à durée indéterminée conclu le même jour prévoyant une rémunération correspondant au sixième échelon du grade des cadres supérieurs de santé paramédicaux se traduisant par un indice majoré 642 et un indice brut 780. Par un premier avenant conclu le 6 mars 2013, prenant effet le 14 janvier 2013, la rémunération de l'intéressée a fixée au sixième échelon du grade des cadres supérieurs de santé paramédicaux avec un indice majoré 657 et un indice brut 800. En application d'un deuxième avenant, conclu le 21 juillet 2015 avec effet au 1er juillet 2021, Mme A a été rémunérée au sixième échelon du grade des cadres supérieurs de santé paramédicaux avec un indice majoré 692 et un indice brut 854. Enfin, par un troisième avenant conclu le 6 avril 2016, prenant effet le 14 janvier 2016, sa rémunération a été fixée au septième échelon du grade des cadres de santé paramédicaux correspondant à l'indice majoré 734 et à l'indice brut 901. Par une décision du 10 août 2020 notifiée le 12 août suivant, le directeur du centre hospitalier de Jonzac, assurant la direction commune du centre hospitalier de Boscamnant, a rejeté la demande préalable de Mme A, présentée par un courrier du 15 juin 2020, tendant à ce que sa rémunération soit fixée en tenant compte de l'échelonnement indiciaire du corps des cadres supérieurs de santé paramédicaux de la fonction publique hospitalière. Mme A demande au tribunal la condamnation de cet établissement à lui verser une somme de 3 112,47 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 juin 2020 au titre d'un rappel de rémunération calculé sur la base de l'évolution indiciaire du septième échelon du corps des cadres supérieurs de santé paramédicaux.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. En premier lieu, d'une part, en application de l'article 4 de l'arrêté du 19 mai 2016 relatif à l'échelonnement indiciaire applicable aux corps paramédicaux de la catégorie A de la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige, l'échelonnement indiciaire applicable au septième échelon du grade de cadre supérieur de santé paramédical de la fonction publique hospitalière est fixé comme suit : indice brut 906 à compter du 1er janvier 2016, indice brut 914 à compter du 1er janvier 2017, indice brut 928 à compter du 1er janvier 2018 et indice brut 940 à compter du 1er janvier 2019.
3. D'autre part, aux termes de l'article 1-2 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité administrative, en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience. / La rémunération des agents employés à durée indéterminée fait l'objet d'une réévaluation au minimum tous les trois ans, notamment au vu des résultats de l'entretien professionnel prévu à l'article 1-3 du présent décret ou de l'évolution des fonctions. () ".
4. Il résulte de l'instruction que la rémunération de Mme A a été fixée, par la voie d'un dernier avenant, conclu le 6 avril 2016 avec effet au 14 janvier 2016, par référence au septième échelon du grade de cadre supérieur de santé paramédical. L'article 3 de son contrat stipule que sa rémunération est fixée à l'indice majoré 734 correspondant à l'indice brut 901. Il est constant qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'interdisait à l'employeur de la requérante de déterminer le montant de son traitement indiciaire brut en se référant à l'un des échelons indiciaires applicables aux cadres supérieurs de santé paramédicaux. Toutefois, Mme A, qui a été recrutée par contrat à durée indéterminée pour occuper l'emploi de cadre de santé et dont il est constant qu'elle n'est pas titulaire du grade de cadre supérieur de santé paramédical, ne dispose d'aucun droit acquis à disposer d'une rémunération calculée sur la base de l'échelonnement indiciaire applicable aux fonctionnaires titulaires de ce grade ni à bénéficier des revalorisations de l'indice brut correspondant à l'échelon sommital de ce grade, sa rémunération devant être fixée selon les principes rappelés au point précédent. En outre, la stipulation contenue dans son contrat à durée indéterminée selon laquelle ses " émoluments suivront l'évolution des traitements de la fonction publique " doit être exclusivement interprétée comme destinée à lui permettre de bénéficier d'une revalorisation automatique de sa rémunération en cas d'éventuelle augmentation de la valeur du point d'indice applicable aux agents de la fonction publique. Cette stipulation n'a ni pour effet ni pour objet de lui rendre applicables les dispositions de l'article 4 de l'arrêté du 19 mai 2016 relatif à l'échelonnement indiciaire applicable aux corps paramédicaux de la catégorie A de la fonction publique hospitalière ni, en particulier, à lui faire bénéficier des augmentations successives entre le 1er janvier 2016 et le 1er janvier 2019, de l'indice brut afférent au septième échelon du grade de cadre supérieur de santé paramédical. Dans ces conditions, Mme A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 4 de l'arrêté du 19 mai 2016 relatif à l'échelonnement indiciaire applicable aux corps paramédicaux de la catégorie A de la fonction publique hospitalière.
5. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er de la directive du 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 concernant l'accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée : " La présente directive vise à mettre en œuvre l'accord-cadre sur le travail à durée déterminée, figurant en annexe, conclu le 18 mars 1999 entre les organisations interprofessionnelles à vocation générale (CES, UNICE, CEEP) ", lequel s'applique uniquement " aux travailleurs à durée déterminée ayant un contrat ou une relation de travail défini par la législation, les conventions collectives ou les pratiques en vigueur dans chaque État membre ", ainsi que le prévoit la clause 2 de cet accord-cadre. Aux termes de la clause 4 point 1 de cet accord-cadre : " Pour ce qui concerne les conditions d'emploi, les travailleurs à durée déterminée ne sont pas traités d'une manière moins favorable que les travailleurs à durée indéterminée comparables au seul motif qu'ils travaillent à durée déterminée, à moins qu'un traitement différent soit justifié par des raisons objectives. () ". Saisie dans le cadre d'un renvoi préjudiciel, la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit, dans un arrêt rendu le 20 juin 2019 dans l'affaire C-72/18 Daniel Ustaritz Aróstegui contre Departamento de Educación del Gobierno de Navarra, que cette clause " doit être interprétée en ce sens qu'elle s'oppose à une réglementation nationale, telle que celle en cause au principal, qui réserve le bénéfice d'un complément de rémunération aux enseignants employés dans le cadre d'une relation de travail à durée indéterminée en tant que fonctionnaires statutaires, à l'exclusion notamment des enseignants employés en tant qu'agents contractuels de droit public à durée déterminée, si l'accomplissement d'une certaine période de service constitue la seule condition d'octroi dudit complément ".
6. D'autre part, les agents contractuels et les fonctionnaires titulaires ne se trouvent pas dans la même situation juridique au regard du service public. Par suite, l'administration n'est pas tenue de soumettre les uns et les autres à la même réglementation, notamment en ce qui concerne les modalités de leur rémunération.
7. Mme A se prévaut de l'arrêt précité de la Cour de justice de l'Union européenne rendu dans l'affaire C-72/18 jugeant contraire au principe de non-discrimination une réglementation nationale réservant le bénéfice d'un complément de rémunération aux fonctionnaires à l'exclusion des agents contractuels à durée déterminée. Toutefois, Mme A, qui bénéficie d'un contrat à durée indéterminée, ne peut utilement se prévaloir de l'interprétation donnée par cette décision qui ne s'applique qu'aux contrats à durée déterminée, ainsi qu'il ressort des dispositions et des stipulations citées au point 5. En outre, il résulte des dispositions précitées de l'article 4 de l'arrêté du 19 mai 2016 relatif à l'échelonnement indiciaire applicable aux corps paramédicaux de la catégorie A de la fonction publique hospitalière que l'échelonnement indiciaire qu'elles instituent ne constitue pas un complément de rémunération tandis que cet échelonnement est conditionné de manière objective, d'une part, par la détention du statut de membre du corps des cadres de santé paramédicaux et, d'autre part, par une ancienneté acquise au sein de ce corps. En tout état de cause, à supposer que le principe de non-discrimination entre contractuels recrutés à durée déterminée et fonctionnaires dégagé par la décision précitée de la Cour de justice de l'Union européenne puisse être étendu aux agents contractuels recrutés par le biais d'un contrat à durée indéterminée, il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas davantage allégué que la requérante percevrait une rémunération inférieure à celle versée à un cadre de santé paramédical exerçant des fonctions identiques et disposant d'une ancienneté équivalente à la sienne. Dans ces conditions, le centre hospitalier de Boscamnant n'a méconnu ni le principe d'égalité de traitement ni le principe de non-discrimination entre fonctionnaires titulaires et agents contractuels en refusant de revaloriser la rémunération de la requérante en tenant compte des évolutions indiciaires de l'échelon sommital du grade de cadre supérieur de santé paramédical.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Boscamnant.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'indemnisation, n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Boscamnant, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le centre hospitalier de Boscamnant au même titre.
DECIDE :
Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier de Boscamnant présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Boscamnant.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Laclautre, conseillère,
Mme Bréjeon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
N. CLa présidente,
Signé
S. BRUSTON
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431026
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi d’un recours en plein contentieux par M. B... contre une décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) refusant de lui délivrer un agrément dirigeant. Par un mémoire enregistré le 6 mai 2026, M. B... s’est désisté de sa requête. Le tribunal, constatant que rien ne s’opposait à ce désistement, en a donné acte par ordonnance, sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant par ordonnance, a été saisi par Mme D... d’un recours contestant le refus de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées du Bas-Rhin de lui accorder l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) et la prestation de compensation du handicap (PCH) pour son fils. En application des articles L. 241-6 et L. 241-9 du code de l’action sociale et des familles, le tribunal a constaté que ces décisions relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire. Par conséquent, il a ordonné la transmission de la requête au tribunal judiciaire de Mulhouse, compétent pour en connaître.
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Le Tribunal administratif de Strasbourg, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... qui demandait la suspension de la décision de France Travail réduisant son allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) par application de la dégressivité. Le juge a estimé que le litige, portant sur une prestation du régime d'assurance chômage, ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative mais du juge judiciaire, en application des articles L. 5312-1 et L. 5312-12 du code du travail. Par conséquent, la requête a été rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent, sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026