jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100859 |
| Type | Décision |
| Recours | Appréciation de légalité |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARINE BAUDRY AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré et des pièces complémentaires enregistrées les 30 mars et 6 avril 2021, le préfet de la Charente-Maritime demande au tribunal d'annuler le permis de construire n° PC 17 168 20 R0009 délivré le 29 septembre 2020 par le maire de Fouras à M. C pour la rénovation d'un bâtiment existant avec changement d'affectation permettant de créer un nouveau bâtiment ostréicole boulevard de la Fumée.
Il soutient que :
- le permis de construire n'a pas été précédé d'une enquête publique, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-17 du code de l'urbanisme ;
- il ne respecte pas les dispositions de la zone Re du plan de prévention des risques naturels approuvé le 30 juillet 2018.
La commune de Fouras et M. C, auxquels la requête a été communiquée et qui ont été mis en demeure de produire le 18 août 2022, n'ont pas produit à l'instance.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bureau,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- les observations de M. B, représentant le préfet de la Charente-Maritime.
Considérant ce qui suit :
1. Le maire de Fouras a délivré le 29 septembre 2020 un permis de construire n° PC 17 168 20 R0009 à M. C pour la rénovation d'un bâtiment existant avec changement d'affectation permettant de créer un nouveau bâtiment ostréicole, boulevard de la Fumée. Par le présent déféré, le préfet de la Charente-Maritime demande l'annulation de ce permis de construire.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage ou des plus hautes eaux pour les plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement. ". Il résulte de ces dispositions que ne peuvent déroger à l'interdiction de toute construction sur la bande littorale des 100 mètres que les projets réalisés dans des espaces urbanisés, caractérisés par un nombre et une densité significatifs de construction, à la condition qu'ils n'entraînent pas une densification significative de ces espaces. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 121-17 du code de l'urbanisme : " L'interdiction prévue à l'article L. 121-16 ne s'applique pas aux constructions ou installations nécessaires à des services publics ou à des activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. / La dérogation prévue au premier alinéa est notamment applicable, dans les communes riveraines des mers, des océans, des estuaires et des deltas mentionnées à l'article L. 321-2 du code de l'environnement, à l'atterrage des canalisations et à leurs jonctions, lorsque ces canalisations et jonctions sont nécessaires à l'exercice des missions de service public définies à l'article L. 121-4 du code de l'énergie ou à l'établissement des réseaux ouverts au public de communications électroniques. () / La réalisation des constructions, installations, canalisations et jonctions mentionnées au présent article est soumise à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le bâtiment ostréicole sera notamment destiné au nettoyage et au triage des huîtres remontant ou descendant des parcs ostréicoles et ainsi constitue une construction nécessaire à une activité économique exigeant la proximité immédiate de l'eau, qui est soumise à une enquête publique. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le projet litigieux ait été soumis à une enquête publique. Par suite, le préfet de la Charente-Maritime est fondé à soutenir que l'arrêté du 29 septembre 2020 est illégal, dès lors qu'il n'a pas été soumis préalablement à une enquête publique, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-7 du code de l'urbanisme.
4. En second lieu, aux termes de l'article 2.1 du plan de prévention des risques naturels (PPRN) de la commune de Fouras " Dispositions applicables en zone Re () L'inconstructibilité est la règle générale. Sont toutefois admis sous conditions, la gestion et l'entretien courant des biens existants, les travaux de mise aux normes, les ouvrages de protection contre la mer et les travaux d'infrastructures existants ". Par ailleurs, aux termes de l'article 2.1.1 du même plan : " toutes les nouvelles réalisations de constructions, d'ouvrages, d'installations, de travaux sont interdites, notamment : () la création ou l'aménagement de sous-sol (le sous-sol étant défini comme un plancher situé en dessous du terrain naturel) y compris les stationnements souterrains ".
5. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la notice de la demande de permis de construire que trois places de stationnement seront réalisées en sous-sol. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que ces travaux entreraient dans l'une des exceptions prévues par le PPRN. Ainsi, ces travaux, qui ont pour conséquence de créer des stationnements souterrains, ont été autorisés par le maire en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 2.1.1 du PPRN de la commune de Fouras. Par suite, le préfet de la Charente-Maritime est fondé à en demander, également pour ce motif, l'annulation.
6. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Charente-Maritime est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2020 par lequel le maire de Fouras a délivré à M. C un permis de construire pour la rénovation d'un bâtiment existant avec changement d'affectation.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 29 septembre 2020 du maire de la commune de Fouras est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Charente-Maritime, au maire de Fouras et à M. A C.
Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Dumont, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
Signé
V. BUREAU
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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