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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102994

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102994

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102994
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET DOMINIQUE RICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 16 novembre 2021, 2 septembre 2023 et 20 septembre 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Scierie de l'Atlantique, venant aux droits de la SARL Atlanwood, représentée par Me Richard, demande au tribunal :

1°) la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que si elle a accepté les rectifications relatives à la TVA collectée et à la TVA déduite par anticipation, le calcul de la TVA nette due au titre de chaque mois après déduction de la TVA déductible aboutit à un résultat différent de celui retenu par l'administration, qui n'a notamment pas pris en compte un crédit de TVA figurant sur sa déclaration de chiffre d'affaires du mois d'août 2014.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 13 avril 2022 et 11 septembre 2023, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requérante portent sur une imposition distincte de celle qui a fait l'objet de sa réclamation préalable, dans la mesure où la TVA due au titre du mois d'août 2014 n'a pas été rectifiée par le service ;

- le crédit de TVA de 10 369 euros figurant sur la déclaration de chiffre d'affaires déposée au titre du mois d'août 2014 n'ayant pas ensuite été reporté sur les déclarations ultérieures de la société dans les conditions prévues au II de l'article 208 de l'annexe II du code général des impôts et n'ayant pas fait l'objet d'une demande de remboursement sur le fondement de l'article 242-0 A de cette annexe, il ne peut plus être imputé sur la TVA due par la société ;

- la requérante, sur qui pèse la charge de la preuve, n'établit pas l'existence d'une erreur sur les sommes mises en recouvrement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henry,

- et les conclusions de M. Revel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Atlanwood a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant, en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA), sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. À l'issue de ce contrôle, l'administration a procédé à la rectification de son chiffre d'affaires taxable au titre de cette période et rappelé 384 862 euros de TVA. Sur réclamation de la SARL Atlanwood, le service lui a accordé un dégrèvement partiel de 141 373 euros en droits. La SARL Scierie de l'Atlantique, venant aux droits de la SARL Atlanwood, demande, dans le dernier état de ses écritures, que les rappels de TVA restant à sa charge soient réduits, en droits, de 10 906 euros.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration fiscale :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ".

3. Il résulte de l'avis de mise en recouvrement adressé à la SARL Atlanwood que les rappels de TVA mis à sa charge portent sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 et que, dans sa réclamation préalable, cette société a contesté l'ensemble des rectifications opérées. Il suit de là que la requête, qui tend à la réduction des droits rappelés sur cette période, ne porte pas sur des impositions différentes de celles visées dans la réclamation préalable, sans qu'importe la circonstance invoquée en défense que la demande de la requérante porte sur des bases d'imposition qui n'ont pas été rectifiées par le service. La fin de non-recevoir opposée par l'administration fiscale doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin de réduction :

4. La requérante soutient que si la SARL Atlanwood a accepté les rectifications opérées par le service, les sommes figurant sur l'avis de mise en recouvrement excèdent, sur la période couverte par cet avis, le solde de TVA qui pouvait être mis à sa charge en conséquence de ces rectifications.

5. En premier lieu, en demandant la prise en compte du crédit de TVA à reporter qui figurait en ligne 27 de la déclaration de chiffre d'affaires réalisée par la SARL Atlanwood au titre du mois d'août 2014, que celle-ci a omis de reporter sur les déclarations suivantes, la société requérante doit être regardée comme demandant la compensation entre la surtaxe résultant de l'absence de déduction de ce crédit et les rappels de TVA dont elle a fait l'objet.

6. Aux termes de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande. ". Aux termes de l'article L. 205 de ce même livre : " Les compensations de droits prévues aux articles L. 203 et L. 204 sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable à l'encontre duquel l'administration effectue une rectification lorsque ce contribuable invoque une surtaxe commise à son préjudice ou lorsque la rectification fait apparaître une double imposition. ".

7. En matière de taxe sur la valeur ajoutée, la compensation peut s'effectuer entre des impositions qui ne sont pas dues par le contribuable et des impositions qui avaient été initialement omises par l'administration lorsque chacune de ces impositions est relative à la période couverte par un même avis de mise en recouvrement. Si les conditions sont réunies pour qu'il soit fait droit à la demande de compensation, le crédit de taxe dont se prévaut le contribuable doit alors, non être déduit du montant des droits supplémentaires litigieux et entraîner une réduction corrélative des pénalités, mais simplement s'imputer, à titre de compensation, sur le montant total de l'imposition supplémentaire, droits et pénalités compris.

8. Le crédit de TVA dont se prévaut la société requérante n'est pas remis en cause, dans son principe et son montant, par l'administration fiscale, qui a d'ailleurs vérifié la déclaration de chiffre d'affaires déposée par la SARL Atlanwood au titre du mois d'août 2014 sans rectifier les montants de TVA encaissée et de TVA déductible qui y sont mentionnés. Les circonstances invoquées en défense que la SARL Atlanwood ne pouvait, en vertu des dispositions du II de l'article 208 de l'annexe II du code général des impôts, corriger son omission en reportant ce crédit de TVA sur ses déclarations ultérieures que jusqu'au 31 décembre 2016, ce qu'elle n'a pas fait, et en demander le remboursement que dans les conditions prévues aux articles 242-0 A et suivants de cette annexe, sont sans incidence sur le droit de la société requérante de se prévaloir de la compensation prévue aux articles L. 203 et L. 205 du livre des procédures fiscales. La société requérante est donc fondée à solliciter la compensation demandée, le crédit de TVA de 10 369 euros dont elle se prévaut devant toutefois seulement être imputé sur le montant total de l'imposition supplémentaire, droits et pénalités compris.

9. En second lieu, si la société requérante soutient qu'une fois cette compensation réalisée, les rappels de TVA mis à la charge de la SARL Atlanwood dans l'avis de mise en recouvrement excèdent encore de 537 euros les rappels qui auraient normalement dû découler des rectifications opérées par le service, il ressort de la confrontation de l'avis de mise en recouvrement et de la proposition de rectification que les sommes réclamées correspondent aux rectifications réalisées par le service, que la société a acceptées dans ses observations en réponse à la proposition de rectification et qu'elle ne conteste pas utilement dans le cadre de la présente instance.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante est seulement fondée à demander la compensation entre, d'une part, l'imposition supplémentaire qui a été mise à la charge de la SARL Atlanwood, droits et pénalités compris, et, d'autre part, le crédit de TVA de 10 369 euros qui figure sur sa déclaration de chiffre d'affaires réalisée au titre du mois d'août 2014.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Le montant total des rappels de TVA et des pénalités correspondantes qui ont été mis à la charge de la SARL Atlanwood au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 est réduit de 10 369 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Scierie de l'Atlantique et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

B. HENRY

Le président,

signé

L. CAMPOYLa greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

G. FAVARD

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