mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2103212 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ASSOCIATION D'AVOCATS CIANCIARULLO-GARGADENNEC (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Cianciarullo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 du préfet de la Charente-Maritime lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une autorisation de séjour, notamment en qualité de salarié, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire sont entachées d'erreurs manifestes d'appréciation au regard des risques pesant sur lui dans son pays d'origine, compte tenu de sa situation médicale, ainsi qu'au regard de son intégration sociale et professionnelle ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est également entachée d'une erreur d'appréciation.
La clôture de l'instruction a été fixée au 7 mars 2022 par une ordonnance du 20 décembre 2021.
Un mémoire présenté par le préfet de la Charente-Maritime a été enregistré le 16 mai 2022 et n'a pas été communiqué.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant gambien, est entré en France en 2018 selon ses déclarations, afin de solliciter l'asile. Sa demande a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 4 septembre 2020. Par un arrêté du 23 octobre 2020, le préfet de la Charente-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours formé à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Poitiers du 1er décembre 2020 ainsi que par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 4 octobre 2021. Par un arrêté du 2 décembre 2021, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il a sollicité sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, M. C a demandé son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, et non pour des motifs tirés de son état de santé. En tout état de cause, les deux certificats qu'il produit, établis les 6 octobre 2020 et 8 mars 2021 par des médecins généralistes, montrent qu'il souffrait, en mars 2021, de pathologies telles qu'un syndrome dépressif et de l'asthme mais n'indiquent pas que l'absence d'un traitement serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
3. En deuxième lieu, le requérant fait valoir qu'il est menacé par la famille d'un enfant décédé accidentellement alors qu'il effectuait des travaux d'électricité au domicile de ce dernier. Il produit un avis de recherche des forces de police gambiennes, daté du 22 novembre 2013, qui relate ce récit et affirme que rien ne garantit sa sécurité et sa survie dans son pays d'origine. Toutefois, outre que ce document est peu probant, l'intéressé n'apporte aucun élément circonstancié relatifs aux risques qu'il encourt ou à l'impossibilité d'obtenir une protection effective par les autorités de son pays.
4. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). "
5. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
6. A l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle par le travail, M. C indique avoir œuvré dans un restaurant, en tant que plongeur, pendant quatre mois, entre juin et octobre 2021, et être en mesure de bénéficier d'un contrat à durée indéterminée s'il disposait d'un titre de séjour l'autorisant à travailler, dans la mesure où il a donné satisfaction à son employeur. Il transmet une attestation du gérant de la SARL 2TLR précisant que l'intéressé possède toutes les qualités requises et " montre une réelle détermination et motivation ". Toutefois, cette expérience est insuffisante pour démontrer l'existence d'une réelle insertion par le travail. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'erreurs manifestes d'appréciation.
7. En quatrième lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que M. C, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 10 octobre 2019, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 4 septembre 2020, n'établit pas l'existence de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction d'une décision d'interdiction de retour d'une durée d'un an. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit donc être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Charente-Maritime et à Me Cianciarullo.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Lemoine, président,
M. Lacaïle, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
M. GEISMAR
Le président,
Signé
D. LEMOINE Le greffier d'audience,
Signé
JP. CHANTECAILLE
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026