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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201755

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201755

jeudi 13 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201755
TypeDécision
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI PICHON - GIREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022, des pièces enregistrées le 17 janvier 2023 et un mémoire enregistré le 28 janvier 2025, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Pichon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 avril 2022 par laquelle la direction du centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne a refusé qu'il prenne son congé de paternité du 2 au 22 juillet 2022, ensemble la décision du 21 juin 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux a rejeté son recours administratif dirigé contre cette décision ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice qu'il a subi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 15 avril 2022 n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- l'illégalité commise par l'administration lui a occasionné un préjudice moral dont le montant peut être évalué à 2 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°2021-871 du 30 juin 2021 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pichon, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 mars 2022, M. B, surveillant pénitentiaire au centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne, a fait part à la directrice de l'établissement de son souhait de bénéficier d'un congé de paternité pour la naissance à venir de son enfant, alors prévue le 25 avril 2022, en précisant sa demande comme suit : la première partie, soit 4 jours, de ce congé de 25 jours sera obligatoirement prise consécutivement au congé de naissance, les 21 jours restant seront pris du 2 au 22 juillet 2022. Son fils est né le 26 mars 2022. Le 15 avril 2022, il a été informé du rejet de sa demande au motif que la période estivale n'est pas propice à la pose d'un congé de paternité et a été invité à proposer d'autres dates en dehors de cette période. Le 28 mars 2022, il a formé un recours hiérarchique contre cette décision, lequel a été rejeté le 21 juin 2022. Par sa requête, il demande l'annulation de ces deux décisions ainsi que l'indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'illégalité de ce refus de lui accorder son congé paternité aux dates choisies.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 631-6 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit au congé de naissance pour une durée égale à la durée minimale mentionnée à l'article L. 3142-4 du code du travail. Ce congé bénéficie au fonctionnaire père de l'enfant ainsi que, le cas échéant, au fonctionnaire conjoint de la mère ou au fonctionnaire lié à elle par un pacte civil de solidarité ou vivant maritalement avec elle. " Aux termes de l'article L. 631-9 de ce même code : " Le fonctionnaire en activité a droit au congé de paternité et d'accueil de l'enfant pour une durée égale à celle prévue à l'article L. 1225-35 du code du travail. / Ce congé bénéficie au père fonctionnaire ainsi que, le cas échéant, au fonctionnaire conjoint de la mère ou à l'agent public lié à elle par un pacte civil de solidarité ou vivant maritalement avec elle ". Par ailleurs, aux termes de l'article 13 du décret du 30 juin 2021 relatif aux congés de maternité et liés aux charges parentales dans la fonction publique de l'Etat : " Le congé de paternité et d'accueil de l'enfant, prévu au e du 5° l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, est accordé de droit au fonctionnaire qui en fait la demande auprès de son chef de service au moins un mois avant la date présumée de la naissance de l'accouchement. / Le congé est fractionnable en deux périodes qui sont prises dans les six mois suivant la naissance de l'enfant. En cas d'hospitalisation de l'enfant ou de décès de la mère, le congé est pris au-delà de cette période dans la limite de six mois suivant la fin de l'hospitalisation ou la fin du congé prévu par l'article 7. / La durée de chacune de ces périodes est fixée par l'article L. 1225-35 du code du travail. La première période succède immédiatement au congé de naissance prévu à l'article 8. / La seconde période peut être prise, au choix du fonctionnaire, de manière continue ou fractionnée en deux périodes d'une durée minimale de cinq jours chacune. () ". Enfin, aux termes de l'article 14 de ce même décret : " () Un mois avant la prise de la seconde période de congés prévue à l'article 13, le fonctionnaire confirme à son chef de service les dates de prise du congé et, en cas de fractionnement, les dates de chacune des périodes. () ".

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que ni le principe du congé de paternité ni les dates auxquelles la seconde période de ce congé est prise ne sont soumis à l'accord préalable du chef de service, le législateur n'ayant notamment pas entendu conditionner l'octroi d'un tel congé ou des dates auxquelles il est pris aux nécessités du service, d'autre part, que le chef de service peut seulement opposer au fonctionnaire concerné la méconnaissance du délai d'un mois dont il dispose pour l'informer des dates de son congé, ce délai ayant pour objet de permettre à l'administration de prendre les mesures organisationnelles nécessaires pour pallier l'absence à venir de ce fonctionnaire.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a respecté le délai d'un mois précité. Dans ces conditions, la direction du centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne ne pouvait légalement se fonder sur les nécessités de service, et plus précisément sur la circonstance que les dates du 2 au 22 juillet 2022 n'étaient pas propices à la prise de son congé compte tenu des autres congés programmés sur cette même période, pour lui refuser la prise de son congé de paternité et lui demander de formuler une nouvelle demande en dehors de la période estivale. Le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 15 avril 2022 par laquelle la direction du centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne a refusé qu'il prenne son congé de paternité du 2 au 22 juillet 2022, ensemble la décision du 21 juin 2022 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux a rejeté son recours administratif dirigé contre cette décision.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Il résulte de ce qui précède que la direction du centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne a entaché sa décision d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. B du fait du report de son congé de paternité en lui allouant à ce titre la somme de 500 euros.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. B la somme de 500 euros en réparation du préjudice qu'il a subi.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui dans la présente instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 avril 2022 de la direction du centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne et la décision la décision du 21 juin 2022 de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux sont annulées.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 500 euros.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 20 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente,

Mme Dumont, première conseillère,

Mme Balsan-Jossa, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

La présidente,

Signé

I. LE BRIS

La greffière

Signé

D. MADRANGE

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

D.MADRANGE

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