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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202490

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202490

mardi 30 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202490
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHAMBORD AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a examiné la requête de l'association Nature Environnement 17 contestant l'arrêté du 2 juin 2022 du préfet de la Charente-Maritime, qui fixe le règlement d'eau des ouvrages du bassin du Curé gérés par le syndicat mixte des rivières et marais d'Aunis. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens de la requête, notamment ceux tirés de l'absence d'évaluation des incidences Natura 2000 (article L. 414-4 du code de l'environnement) et de l'incompatibilité avec le SDAGE Loire-Bretagne et le SAGE Sèvre Niortaise Marais poitevin. Il a estimé que l'arrêté n'était pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation et qu'il respectait les objectifs de gestion équilibrée de la ressource en eau. En conséquence, le tribunal a rejeté la demande d'annulation et les conclusions accessoires de l'association.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2022 et deux mémoires complémentaires enregistrés respectivement le 17 octobre 2022 et le 29 février 2024, l’association Nature Environnement 17 demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 2 juin 2022 du préfet de la Charente-Maritime portant règlement d’eau des ouvrages structurants du bassin du Curé gérés par le syndicat mixte des rivières et marais d’Aunis ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 920,50 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un vice de procédure, faute d’avoir été précédé d’une évaluation de ses incidences sur un site Natura 2000 en méconnaissance des dispositions de l’article L. 414-4 du code de l’environnement ;
- il est incompatible avec le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) applicable sur le bassin Loire-Bretagne, en particulier sa disposition 7C-4 ;
- il est incompatible avec les objectifs fixés par la directive cadre sur l’eau (DCE) ;
- il est incompatible avec le schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) Sèvre Niortaise Marais poitevin, en particulier sa disposition 4C-1 ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation en ce que les niveaux d’objectifs d’étiage finaux définis par le SAGE et l’encadrement des vidanges sont inadaptés, en ce qu’il a des effets néfastes sur la biodiversité d’un site Natura 2000 et en ce qu’il porte atteinte aux objectifs de gestion équilibrée de la ressource en eau définis à l’article L. 211-1 du code de l’environnement.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mars 2023, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- l’évaluation des incidences Natura 2000 n’était pas imposée dans le cadre de l’arrêté attaqué dès lors que le règlement d’eau ne figure ni sur la liste nationale des actes mentionnés par l’article R. 414-19 du code de l’environnement, ni sur la liste locale prévue à l’article L. 414-4 du code de l’environnement des documents, programmes, projets, manifestations et interventions soumis à l’évaluation des incidences Natura 2000 ;
- l’arrêté contesté est compatible avec la disposition 7C-4 du SDAGE dès lors que pour chacun des ouvrages, il fixe un fuseau de gestion définissant les niveaux entre lesquels le niveau d’eau doit s’inscrire et définit un dispositif de mesures et de contrôles quotidien du respect des niveaux d’eau ;
- il n’est entaché d’aucune erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2024, le syndicat mixte des rivières et marais d’Aunis (SYRIMA), représenté par Me Chambord, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’association Nature Environnement 17 sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué n’avait pas à être précédé de l’évaluation des incidences Natura 2000 prévue par le IV bis de l’article L. 414-4 du code de l’environnement dès lors que le projet n’est pas susceptible d’affecter de manière significative le site Natura 2000 concerné et qu’en tout état de cause, le règlement d’eau prend en compte le document d’objectifs Natura 2000 ;
- il est compatible avec la disposition 7C-4 du SDAGE dès lors que la commission locale de l’eau du syndicat d’aménagement et de gestion de l’eau de la Sèvre niortaise et du Marais poitevin, dont le rôle a été renforcé par le SDAGE, a donné un avis favorable au projet ;
- il est compatible avec les dispositions du SAGE dès lors que ce dernier est une déclinaison locale du SDAGE ;
- il n’est entaché d’aucune erreur manifeste d’appréciation.

Par un courrier du 3 décembre 2025, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la mise en œuvre du 2° de l’article L. 181-18, en vue de régulariser le vice tenant à l’absence de définition précise des vitesses de diminution des eaux par l’arrêté du 3 juin 2022, dans un délai de huit jours ; des observations ont été présentées le 11 décembre par l’association requérante et le préfet de la Charente-Maritime.

Un mémoire en défense a été présenté pour le SYRIMA le 10 décembre 2025, postérieurement à la clôture de l’instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la directive 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992 ;
- la directive 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000 ;
- le code de l’environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Dufour, président-rapporteur ;
- les conclusions de M. Pipart, rapporteur public ;
- les observations de Me Gélinier, représentant le syndicat mixte des rivières et marais d’Aunis.


Considérant ce qui suit :

Le bassin du Curé est situé dans la zone humide du Marais poitevin dans le département de la Charente-Maritime. Il se compose de différentes zones qualifiées de « vallée du Curé », « cuvette de Nuaillé » et « marais du Curé ». Ce territoire est inclus dans le périmètre du site Natura 2000 du marais poitevin et fait partie des zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type 2 « Marais Poitevin », et de type 1 « Marais de Nuaillé ». En complément d’un arrêté portant protection des biotopes et des habitats naturels sur les communes d’Anais, Angliers, Nuaillé-d’Aunis et Saint-Sauveur-d’Aunis et en application du 3ème alinéa de l’article L. 181-14 du code de l’environnement, le préfet de la Charente-Maritime a adopté, après avis rendu le 23 février 2022 par la commission locale de l’eau et avis du conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST), le règlement d’eau des deux ouvrages structurants du bassin du Curé exploités par le syndicat mixte des rivières et marais d’Aunis (SYRIMA), à savoir le barrage du pont de Booth, et les portes à la mer du Curé, par un arrêté du 3 juin 2022. Par la présente requête, l’association Nature Environnement 17 demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la méconnaissance de l’article L. 414-4 du code de l’environnement :

Aux termes de l’article L. 414-4 du code de l’environnement : « I. – Lorsqu'ils sont susceptibles d'affecter de manière significative un site Natura 2000, individuellement ou en raison de leurs effets cumulés, doivent faire l'objet d'une évaluation de leurs incidences au regard des objectifs de conservation du site, dénommée ci-après "Evaluation des incidences Natura 2000" : IV bis. ― Tout document de planification, programme ou projet ainsi que manifestation ou intervention susceptible d'affecter de manière significative un site Natura 2000 et qui ne figure pas sur les listes mentionnées aux III et IV fait l'objet d'une évaluation des incidences Natura 2000 sur décision motivée de l'autorité administrative ».

Il résulte des dispositions du I et du IV bis de l’article L. 414-4 du code de l’environnement, qui ont pour objet de transposer l’article 6 de la directive « Habitats », tel qu’interprété par l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) du 7 septembre 2004, Waddenvereniging et Vogelbeschermingsvereniging (affaire C-127/02), que tout plan ou projet, non directement lié ou nécessaire à la gestion du site Natura 2000, fait l’objet d'une évaluation appropriée de ses incidences sur celui-ci au regard des objectifs de conservation de ce site, lorsqu’il ne peut être exclu, sur la base d’éléments objectifs, que le projet est susceptible d’affecter ledit site de manière significative, individuellement ou en conjugaison avec d’autres plans ou projets.

La circonstance que le règlement d’eau en litige ne figure pas sur les listes prévues au II et III de l’article L. 414-4 du code de l’environnement ne le dispense pas de l’évaluation des incidences sur un site Natura 2000 s’il est susceptible d’affecter de manière significative les espèces à la protection desquelles ce site est dédié. Il résulte de l’instruction que les ouvrages structurants du bassin du Curé se situent au sein de la zone Natura 2000 du Marais poitevin. Toutefois, il résulte également de l’instruction que le règlement d’eau en litige, qui vise les documents d’objectifs Natura 2000 (DOCOB) du Marais poitevin, concerne des ouvrages préexistants et ne va générer aucune incidence nouvelle négative sur la conservation des habitats de ce site. Cette conservation doit, au contraire, être améliorée par l’arrêté en litige qui a pour objectif de préserver, maintenir et restaurer le caractère humide du Marais poitevin et les milieux menacés en établissant un cadre de gestion des ouvrages structurants du bassin du Curé afin de maintenir des niveaux d’eau permettant d’assurer la conservation des habitats naturels et des biotopes. Ainsi, eu égard aux objectifs poursuivis par cet acte, l’arrêté litigieux n’est pas susceptible d’affecter de manière significative un site Natura 2000 au sens de l’article L. 414-4 du code de l’environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article par l’arrêté attaqué en l’absence d’évaluation de ses incidences Natura 2000 doit être écarté.

En ce qui concerne la compatibilité de l’arrêté avec le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) du bassin Loire-Bretagne 2022-2027 :

Aux termes du XI de l’article L. 212-1 du code de l’environnement : « Les programmes et les décisions administratives dans le domaine de l'eau doivent être compatibles ou rendus compatibles avec les dispositions des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux. ».

En vertu du XI de l’article L. 212-1, les décisions administratives prises dans le domaine de l’eau, dont celles prises au titre de la police de l’eau en application des articles L. 214-1 et suivants du même code, sont soumises à une simple obligation de compatibilité avec le SDAGE. Pour apprécier cette compatibilité, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire pertinent pour apprécier les effets du projet sur la gestion des eaux, si l'autorisation ne contrarie pas les objectifs et les orientations fixés par le schéma, en tenant compte de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation de l'autorisation au regard de chaque orientation ou objectif particulier.

Le SDAGE 2022-2027 du bassin Loire-Bretagne a été approuvé par arrêté du 18 mars 2022. Au sein de l’orientation 7C de ce SDAGE, ayant pour objet la gestion des prélèvements d’eau de manière collective dans les zones de répartition des eaux, la section 7C-4 relative à la gestion du Marais poitevin prévoit : « Dans le but d’assurer une bonne qualité écologique du marais les principes directeurs de la gestion quantitative sont les suivants : 1. Garantir un niveau d’eau suffisamment élevé en hiver et adapté au printemps pour assurer un bon état de conservation des habitats naturels et des espèces, favoriser une bonne qualité des eaux, en veillant à ce que soit respecté le temps nécessaire au phénomène d’autoépuration des eaux du marais, et débuter la période de basses eaux avec un stock d’eau optimal dans le marais. (…) / Concrètement, des règles de gestion de l’eau, dans les unités hydrauliques cohérentes, permettent le respect des objectifs environnementaux, fixent les niveaux d’hiver et les niveaux de début de printemps, ainsi que les vitesses de diminution des niveaux d’eau. Ces règles de gestion de l’eau sont mises à jour en fonction de l’acquisition des connaissances, dont celles issues du suivi et de l’évaluation de la biodiversité, sous le pilotage de l’Établissement public du Marais poitevin (EPMP). (…) / Les commissions locales de l’eau des Sage Lay, Sèvre Niortaise et Marais poitevin et Vendée ont défini, pour chacune des zones nodales du Marais poitevin : le niveau objectif du début d’étiage (NOEd) à respecter jusqu’au 15 juillet / le niveau d’objectif de fin d’étiage (NOEf) à respecter à partir du 15 juillet. (…) / Les valeurs de NOEd et NOEf doivent être respectées statistiquement 4 années sur 5 (sur la base d’un niveau moyen sur 30 jours à partir du 15 du mois). / Les commissions locales de l’eau mettent à jour ces valeurs ». En outre, la disposition 12-B du SDAGE prévoit que : « Instances désormais intégrées dans le paysage administratif, les commissions locales de l’eau sont le lieu où se concrétise la cohérence des politiques souhaitée par tous. Renforcer l’autorité des commissions locales de l’eau est un objectif essentiel, en particulier pour promouvoir auprès des maîtres d’ouvrage des actions pour répondre aux objectifs du Sage ».

A l’appui du moyen tiré de ce que l’arrêté litigieux serait incompatible avec les dispositions précitées du SDAGE, selon lesquelles des règles de gestion de l’eau doivent être établies dans la zone humide du Marais poitevin, notamment la zone hydraulique du Curé, l’association Nature Environnement 17 soutient que les valeurs du niveau d’objectif de fin d’étiage retenues par la commission locale de l’eau de la Sèvre Niortaise seraient insuffisantes et que, par conséquent, les côtes dites « plancher » établies par le règlement d’eau le seraient également.

D’une part, il résulte des orientations du SDAGE du bassin Loire-Bretagne qu’il appartient aux différentes commissions locales de l’eau, et non aux règlements d’eau, de définir, pour chacune des zones nodales du Marais poitevin, le niveau d’objectif du début d’étiage (NOEd) et le niveau d’objectif de fin d’étiage (NOEf) à respecter et de mettre à jour ces valeurs. En l’espèce, le NOEf a été fixé à une hauteur d’1,4 m aux niveaux de la cuvette de Nuaillé et du canal du curé aval, par le SAGE de la Sèvre niortaise et du marais poitevin adopté par la commission locale de l’eau le 17 février 2011, sans être révisé depuis. Par suite, l’association requérante ne peut utilement soutenir que le NOEf serait insuffisant pour assurer une bonne qualité écologique du marais, afin d’en déduire une incompatibilité du règlement préfectoral attaqué avec ces dispositions du SDAGE.

D’autre part, le règlement d’eau encadre le fonctionnement des deux ouvrages structurants par la définition, pour une année complète, de « fuseaux de gestion », c’est-à-dire de côtes « plafond », et « plancher » par saison pour, respectivement, la station limnométrique de La Potrelle, correspondant à l’ouvrage structurant du pont de Booth, et la station limnométrique des écluses d’Antilly, utilisée pour le second ouvrage structurant des portes à la mer du Curé. Il ressort de l’annexe 3 de l’arrêté contesté qu’au droit de la station limnométrique de La Potrelle, les côtes dites « plancher » ont été fixées à 2,30 mètres en période hivernale et à 2,15 mètres en période printanière, et au niveau de la station limnométrique des écluses d’Antilly, la valeur de 1,90 mètre a été retenue au titre de la côte « plancher ». L’article 5 du règlement prévoit que le gestionnaire devra maintenir le niveau des eaux entre les deux niveaux « plafond » et « plancher » en ciblant une troisième côte intermédiaire dite « objectif » déterminée également en annexe, en adaptant ses consignes de gestion des ouvrages, le respect de ces fuseaux étant évalué par moyenne quotidienne. L’article 7 prévoit que les modalités opérationnelles de gestion des niveaux d’eau, en particulier la manière dont l’exploitant fixera les niveaux d’eau, en fonction des circonstances, entre les côtes « plafond » et « plancher », seront précisées par une convention conclue avec l’exploitant. L’article 13 du règlement d’eau indique qu’en périodes de crue, un abaissement des niveaux d’eau par anticipation est possible vers la côte dite « plafond » puis vers la côte dite « objectif » et, en tout état de cause, « sans franchissement de la côte plancher ». L’article 12 du règlement d’eau prévoit également qu’en période d’étiage, les prises d’eau permettant la réalimentation des marais sont conditionnées au respect des fuseaux de gestions définis et, en cas d’atteinte des côtes planchers, des mesures de limitation sont mises en place pouvant aller jusqu’à l’interdiction de prise d’eau. Ainsi, que ce soit en période hivernale ou printanière, la décrue progressive est autorisée dans tous les cas sans franchissement de la côte « plancher ».

L’association Nature environnement 17 soutient que ces côtes sont si basses qu’elles sont incompatibles avec les objectifs fixés par le SDAGE d’assurer un bon état de conservation des habitats naturels et des espèces, de favoriser une bonne qualité des eaux en veillant à ce que soit respecté le temps nécessaire au phénomène d’auto-épuration et de débuter la période de basses eaux avec un stock d’eau optimal dans le marais. Toutefois, elle ne conteste pas sérieusement que les côtes dites « plancher », qui constituent, ainsi qu’il ressort des dispositions de l’arrêté attaqué exposées au point précédent, les seuils minimaux du niveau de l’eau dans la zone hydraulique du Curé pour les périodes du 1er janvier au 15 mars puis du 1er mai au 15 juillet, permettront de respecter le NOEf, niveau d’objectif de fin d’étiage à respecter en moyenne sur une période de 30 jours et 4 années sur 5 et qui, ainsi qu’il a été dit au point 9, est fixé par le SAGE. En outre, l’association requérante se borne, d’un côté, à faire valoir que la côte « plancher » imposée par le règlement est, pour l’essentiel, déjà respectée, de l’autre, à mettre en avant l’état dégradé du bassin du curée, en citant une note technique du parc interrégional du marais poitevin datant de juin 2013, par laquelle le fonctionnement hydraulique de la cuvette de Nuaillé est qualifié de « mauvais », et un état des lieux réalisé en juin 2022 présentant l’état écologique du curé comme « moyen » et son état biologique comme « mauvais », enfin des cartographies selon lesquelles en période estivale le curé en amont est régulièrement en assec. Ce faisant, l’association ne démontre pas, par ces seuls éléments, que l’ensemble des mesures prévues par le règlement ne permettrait pas d’assurer, conformément au chapitre 7 du SDAGE, une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau. Par suite, le moyen tiré de l’incompatibilité de l’arrêté attaqué du 2 juin 2022 avec le SDAGE applicable sur le bassin Loire-Bretagne doit être écarté.

En ce qui concerne la compatibilité de l’arrêté avec le SAGE de la Sèvre Niortaise et du Marais poitevin et la directive cadre sur l’eau :

Les moyens tirés de ce que l’arrêté du 2 juin 2022 ne serait pas compatible avec le SAGE de la Sèvre Niortaise et du Marais poitevin, notamment avec la disposition 4C du plan d’aménagement et de gestion durable (PAGD) du SAGE, et avec les objectifs de la directive cadre sur l’eau ne sont assortis d’aucune précision permettant d’en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ces moyens ne peuvent qu’être écartés.

En ce qui concerne l’atteinte aux habitats, aux biotopes et aux objectifs de gestion équilibrée de la ressource en eau définis à l’article L. 211-1 du code de l’environnement :

Aux termes de l’article L. 211-1 du code de l’environnement : « I. Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; / II. La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population. Elle doit également permettre de satisfaire ou concilier, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences : 1° De la vie biologique du milieu récepteur, et spécialement de la faune piscicole et conchylicole ; / 2° De la conservation et du libre écoulement des eaux et de la protection contre les inondations ; / 3° De l'agriculture (…) ».

L’article L. 211-1 du code de l’environnement a pour seul objet de poser le principe de la gestion équilibrée de la ressource en eau qu’il définit et de préciser notamment que celle-ci nécessite diverses exigences, y compris de sécurité civile et de protection contre les inondations, lors des différents usages, activités ou travaux portant sur cette ressource, et de conciliation entre les intérêts des agriculteurs et la préservation des milieux aquatiques.

En premier lieu, si l’association requérante soutient que le préfet de la Charente-Maritime aurait commis une erreur manifeste d’appréciation en définissant un niveau de fin d’étiage inadapté, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 qu’il appartient à la commission locale de l’eau, et non au préfet, de définir, pour chacune des zones nodales du Marais poitevin, le niveau d’objectif du début d’étiage et le niveau d’objectif de fin d’étiage à respecter et de mettre à jour ces valeurs. Les niveaux d’objectif de fin d’étiage ont été définis en l’espèce par la disposition 5C du plan d’aménagement et de gestion durable du SAGE de la Sèvre Niortaise, et non par l’arrêté préfectoral attaqué.

En tout état de cause, en vertu de l’article L. 212-5-2 du code de l’environnement, les décisions administratives prises dans le domaine de l’eau, dont celles prises au titre de la police de l’eau en application des articles L. 214-1 et suivants du même code, sont soumises à une simple obligation de compatibilité avec le plan d’aménagement et de gestion durable du SAGE. Il en résulte que l’arrêté litigieux, qui doit seulement être compatible avec le plan d’aménagement et de gestion durable du SAGE, se borne à contribuer à la réalisation des objectifs fixés par ledit schéma et n’est pas pris pour son application, le SAGE ne constituant pas davantage sa base légale. Par suite, à supposer que l’association Nature Environnement 17 ait entendu soulever le moyen tiré de l’illégalité, par voie d’exception, du SAGE, celui-ci doit être écarté comme inopérant.

En deuxième lieu, il résulte de l’instruction que le secteur du bassin du Curé est naturellement soumis à des inondations en hiver et au printemps. Afin de permettre l’accès aux parcelles cultivées dans les zones les plus basses, le gestionnaire des ouvrages structurants du bassin du Curé diminue les niveaux d’eau en période hivernale et printanière. Si l’association Nature Environnement 17 soutient que les côtes retenues par les fuseaux de gestion des niveaux d’eau des ouvrages structurants dans le bassin du Curé seraient manifestement inadaptées, elle ne conteste pas sérieusement, ainsi qu’il a été dit au point 11, que les côtes « plancher » fixées en hiver et au printemps permettront de respecter la valeur NOEf de 1,40 mètre arrêtée par la commission locale de l’eau. En outre, le gestionnaire des ouvrages structurants du Curé doit, en principe, respecter les côtes dites « objectif », lesquelles présentent des valeurs supérieures de plusieurs dizaines de centimètres aux côtes « plancher ». Par ailleurs, il résulte de l’instruction que ces valeurs, arrêtées sur la base d’analyse des différents contrats de marais alors applicables au secteur du bassin du Curé, demeurent supérieures aux niveaux d’eau minimaux effectivement observés jusqu’alors sur les stations limnométriques concernées. Par suite, l’association requérante n’est pas fondée à soutenir que le préfet de la Charente-Maritime aurait commis une erreur manifeste d’appréciation en retenant ces valeurs pour déterminer les fuseaux de gestion applicables aux ouvrages structurants du bassin du Curé.

En dernier lieu, il résulte également des termes de l’arrêté attaqué que, bien qu’aucune valeur chiffrée ne soit fixée quant à la vitesse de diminution des niveaux d’eau, celui-ci impose néanmoins que la vitesse de décrue s’opère de manière progressive, dans un premier temps jusqu’à la côte dite « plafond », puis dans un second temps jusqu’à la côte « objectif », et plus rapidement en période printanière. Or, l’association Nature Environnement 17 n’apporte aucun élément permettant de démontrer qu’une diminution progressive des niveaux d’eau, sans contrainte de vitesse précisément fixée, serait susceptible de porter atteinte à la conservation des habitats naturels et des espèces, ainsi qu’elle le soutient. Il s’ensuit que le moyen tiré de ce que le préfet de la Charente-Maritime aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation en ne déterminant pas de contrainte chiffrée quant à la vitesse d’abaissement des niveaux d’eau doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de l’association Nature Environnement 17 tendant à l’annulation de l’arrêté du 22 juin 2022 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l’association Nature Environnement 17 demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l’association Nature Environnement 17 une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par le SYRIMA et non compris dans les dépens.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de l’association Nature Environnement 17 est rejetée.

Article 2 : L’association Nature Environnement 17 versera une somme de 1 300 euros au SYRIMA sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions du SYRIMA est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l’association Nature Environnement 17, au syndicat mixte des rivières et marais d’Aunis (SYRIMA) et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.

Copie en sera transmise pour information au préfet de la Charente-Maritime.

Délibéré après l’audience du 16 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Dufour, président,
M. Raveneau, conseiller,
M. Waton, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2025.

Le président-rapporteur,

signé

J. DUFOUR



L’assesseur le plus ancien,

signé

F. RAVENEAULa greffière,

signé

D. BRUNET
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,



signé

D. BRUNET






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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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