jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202667 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET RENNER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 27 octobre 2022, 14 juin 2023 et 2 avril 2024, M. C B et Mme D A, représentés par Me Renner, demandent au tribunal :
1°) de condamner la communauté d'agglomération du niortais à leur verser une somme de 59 724,57 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 juillet 2022 et avec capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du niortais la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la communauté d'agglomération du niortais a commis une faute en raison de sa carence dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle du raccordement au réseau d'assainissement collectif, dès lors qu'elle a émis une attestation de conformité du raccordement erronée ;
- cette faute est à l'origine de préjudices directs et certains ;
- ils ont subi un préjudice matériel, évalué à 49 286,07 euros, au titre des frais de mise en conformité du raccordement au réseau ;
- ils ont subi un préjudice de jouissance, estimé à 6 160 euros, au titre des frais de relogement durant le chantier ;
- ils ont subi un préjudice financier de 2 778,50 euros ;
- ils ont subi un préjudice moral, évalué à 1 500 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 janvier 2023 et 19 octobre 2023, la communauté d'agglomération du niortais, représentée par Me Lachaume, conclut au rejet de la requête, ou à titre subsidiaire, à ce que les prétentions indemnitaires soient ramenées à de plus justes propositions, et à ce que soit mise à la charge de M. B et Mme A une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les vendeurs de l'immeuble ont commis une faute, en déclarant que l'immeuble était raccordé au réseau d'assainissement collectif, à l'origine exclusive du dommage ;
- à supposer qu'elle soit reconnue comme ayant contribué à la réalisation du dommage, sa faute n'est à l'origine que d'une perte de chance de renégocier le prix d'achat de l'immeuble ;
- le préjudice matériel et le préjudice de jouissance doivent être évalués à une somme de 17 500 euros ;
- le préjudice financier dont se prévalent les requérants ne peut pas être indemnisé ;
- le préjudice moral subi par les requérants est exclusivement lié à la faute des vendeurs.
Par un courrier du 9 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de l'ordre juridictionnel administratif pour connaître du présent litige, relatif aux rapports d'un usager d'un service public industriel et commercial et ne mettant pas en cause l'utilisation de prérogatives de puissance publique.
Par un mémoire, enregistré le 19 septembre 2024, M. B et Mme A ont présenté des observations au moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Tiberghien,
- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique,
- les observations de Me Renner pour M. B et Mme A et de Me Leeman, substituant Me Lachaume, pour la communauté d'agglomération du niortais.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et Mme A ont acquis une maison à usage d'habitation au 10 rue Mère Dieu et un garage avec débarras au 13 rue du Vieux Marché, à Niort par acte notarié du 28 mars 2018, auquel était annexée une déclaration de conformité de leur raccordement au réseau d'assainissement collectif. A la suite de la survenance de désordres liés à ce raccordement défectueux, ils ont sollicité leur indemnisation à la communauté d'agglomération du niortais, par une demande réceptionnée le 28 juillet 2022 et implicitement rejetée. Ils demandent au tribunal de condamner la communauté d'agglomération du niortais à les indemniser des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison de la carence de celle-ci dans sa mission de contrôle de conformité des installations de raccordement au réseau d'assainissement collectif.
2. Aux termes de l'article L. 2224-8 du code général des collectivités territoriales : " () II. - Les communes assurent le contrôle des raccordements au réseau public de collecte, la collecte, le transport et l'épuration des eaux usées, ainsi que l'élimination des boues produites. Elles peuvent également, à la demande des propriétaires, assurer les travaux de mise en conformité des ouvrages visés à l'article L. 1331-4 du code de la santé publique, depuis le bas des colonnes descendantes des constructions jusqu'à la partie publique du branchement, et les travaux de suppression ou d'obturation des fosses et autres installations de même nature à l'occasion du raccordement de l'immeuble. Le contrôle du raccordement est notamment réalisé pour tout nouveau raccordement d'un immeuble au réseau public de collecte des eaux usées conformément au premier alinéa de l'article L. 1331-1 du même code et lorsque les conditions de raccordement sont modifiées. A l'issue du contrôle de raccordement au réseau public, la commune établit et transmet au propriétaire de l'immeuble ou, en cas de copropriété, au syndicat des copropriétaires un document décrivant le contrôle réalisé et évaluant la conformité du raccordement au regard des prescriptions réglementaires. La durée de validité de ce document est de dix ans. Le contrôle effectué à la demande du propriétaire de l'immeuble ou du syndicat des copropriétaires est réalisé aux frais de ce dernier et la commune lui transmet ce document dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat. L'étendue des prestations afférentes aux services d'assainissement municipaux et les délais dans lesquels ces prestations doivent être effectivement assurées sont fixés par décret en Conseil d'Etat, en fonction des caractéristiques des communes et notamment de l'importance des populations totales agglomérées et saisonnières. () ". En application des dispositions de l'article L. 5216-5 de ce code, cette compétence est exercée de plein droit par la communauté d'agglomération dont la commune est membre. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales : " Les services publics d'eau et d'assainissement sont financièrement gérés comme des services à caractère industriel et commercial. "
3. Eu égard aux rapports de droit privé né du contrat qui lie le service public industriel et commercial de l'assainissement à ses usagers, les litiges relatifs aux rapports entre ce service et ses usagers relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire. Ainsi, il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître des litiges relatifs à la facturation et au recouvrement de la redevance due par les usagers, aux dommages causés à ces derniers à l'occasion de la fourniture du service, peu important que la cause des dommages réside dans un vice de conception, l'exécution de travaux publics ou l'entretien d'ouvrages publics, ou encore à un refus d'autorisation de raccordement au réseau public. Il n'en va autrement que pour les litiges relatifs à celles de ses activités qui, telles la réglementation, la police ou le contrôle, se rattachent, par leur nature, à des prérogatives de puissance publique. En outre, un litige né du refus de réaliser ou de financer des travaux de raccordement au réseau public de collecte, lesquels présentent le caractère de travaux publics, relève de la compétence de la juridiction administrative.
4. M. B et Mme A demandent au tribunal de condamner la communauté d'agglomération du niortais à les indemniser du préjudice qu'ils estiment avoir subis à raison de la carence de cette dernière dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle de la conformité des installations de raccordement au réseau d'assainissement collectif. Il est constant que les services de la communauté d'agglomération du niortais ont établi, le 4 avril 2017, un certificat erroné de conformité des installations de raccordement de la maison située 10 rue Mère Dieu au réseau d'assainissement collectif. Dès lors, les dommages dont les requérants font état trouvent leur origine dans leur qualité d'usagers de service public de l'assainissement à l'occasion de la fourniture de ce service. Les prérogatives détenues par la communauté d'agglomération du niortais en application des dispositions précitées afin de contrôler la conformité des installations de raccordement au réseau d'assainissement collectif ne tendent pas à la réalisation d'activités se rattachant, par leur nature, à l'exercice de prérogatives de puissance publique. Dans ces conditions, le présent litige relève de la compétence exclusive de la juridiction judiciaire. Il s'ensuit que la requête de M. B et de Mme A doit être rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération du niortais, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. B et Mme A demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B et Mme A la somme demandée par la communauté d'agglomération du niortais au titre des frais et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et Mme A est rejetée comme portée devant une ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération du niortais sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et Mme D A et à la communauté d'agglomération du niortais.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,
M. Tiberghien, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
P. TIBERGHIENLe président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet des Deux-Sèvres en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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