jeudi 13 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2303114 |
| Type | Décision |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ASSOCIATION D'AVOCATS CIANCIARULLO-GARGADENNEC (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 et 23 novembre 2023, les 30 et 31 octobre 2024, et les 8 novembre et 4 décembre 2024, M. C D, représenté par Me Cianciarullo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- sa situation personnelle et familiale a évolué ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 25 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 décembre 2024.
Un mémoire a été produit pour le requérant le 17 février 2025, qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 31 décembre 2002 modifiant et complétant l'arrêté du 27 décembre 1983 fixant le régime des bourses accordées aux étrangers boursiers du Gouvernement français ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Bris,
- les observations de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant gabonais né en 2000, est entré une première fois en France le 11 août 2018 sous couvert d'un visa de long séjour mention " étudiant ", valable du 30 juillet 2018 au 28 septembre 2019. Il s'est inscrit en BTS " production animale ", qu'il déclare avoir obtenu en 2020. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour pour s'inscrire en licence " gestion de PME " mais, par un arrêté du 6 janvier 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande et pris à son encontre une mesure d'éloignement qu'il a exécuté en avril 2022. M. D est de nouveau entré régulièrement sur le territoire français sous couvert d'un visa de long séjour mention " étudiant " valable du 13 octobre 2022 au 13 octobre 2023 et il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant le 21 juillet 2023. Par un arrêté du 12 octobre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Aux termes du second alinéa de l'article R. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard duquel doit être appréciée la condition de ressources posée par les dispositions précédemment citées : " Pour être autorisé à séjourner en France, l'étranger doit justifier qu'il dispose de moyens d'existence suffisants correspondant au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée, au titre de l'année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français ". L'article 1er de l'arrêté du 31 décembre 2002 modifiant et complétant l'arrêté du 27 décembre 1983 fixant le régime des bourses accordées aux étrangers boursiers du Gouvernement français a fixé à 615 euros par mois le montant de cette allocation d'entretien.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été inscrit en classe préparatoire à l'enseignement supérieur, spécialité chant lyrique, au conservatoire de musique et de danse de La Rochelle pour l'année 2023-2024 ainsi que pour l'année 2024-2025. Au vu des documents produits, il apparaît que le requérant a suivi ce cursus avec application et sérieux et qu'il peut envisager d'intégrer, à l'issue de cette préparation, les conservatoires nationaux supérieurs de musique de Paris ou de Lyon. En revanche, il ressort également des pièces du dossier que la mère du requérant n'a pas procédé au versement sur son compte bancaire d'une somme de 615 euros par mois, ainsi qu'elle s'était engagée à le faire dans le cadre de l'instruction de la demande de visa de long séjour. Si M. D fait valoir qu'il est hébergé gratuitement par M. A B, qui a approvisionné son compte bancaire à plusieurs reprises, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, ce dernier s'était engagé à lui procurer de manière stable des ressources correspondant au montant de l'allocation d'entretien mentionnée au point précédent. Par conséquent M. D, qui n'exerçait aucune activité professionnelle, ne justifiait pas disposer de moyens d'existence suffisants au sens de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de la Charente-Maritime aurait méconnu ces dispositions doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la légalité d'un acte administratif s'appréciant à la date de son édiction, M. D ne saurait utilement se prévaloir, à l'encontre du refus de séjour, de son mariage avec un ressortissant français, postérieurement à la décision attaquée.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D était entré récemment sur le territoire français à la date de la décision attaquée, et que, s'il s'est marié le 13 juillet 2024 avec M. B, qui est de nationalité française, cet événement est postérieur. Par ailleurs, l'intéressé n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches au Gabon, où réside sa mère. Par suite, l'arrêté litigieux ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
8. Si M. D fait valoir qu'il pourrait être la cible de discrimination, voire de persécution en cas de retour au Gabon en raison de son homosexualité, il ne produit toutefois aucun élément établissant que la mesure contestée l'exposerait personnellement à des peines ou traitements inhumains et dégradants. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Charente-Maritime.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 20 février 2025 à laquelle siégeaient :
Mme Le Bris, président,
Mme Dumont, première conseillère,
Mme Balsan-Jossa, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.
La présidente rapporteure,
Signé
I. LE BRIS
L'assesseure la plus ancienne dans le grade,
Signé
G. DUMONT La greffière,
Signé
D. MADRANGE
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
D. MADRANGE
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2502339
Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté les requêtes de la SA Montpellier Rugby Club visant à obtenir la décharge de la cotisation foncière des entreprises (CFE) pour les années 2022 à 2024. Le tribunal a jugé que le club disposait bien, pour les besoins de son activité professionnelle, du contrôle et de l'utilisation matérielle du stade Yves du Manoir, mis à sa disposition par la métropole via des conventions d'occupation. Cette décision s'appuie sur les dispositions des articles 1467 et 1467 A du code général des impôts définissant l'assiette de la CFE.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2506327
Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête d'un ressortissant marocain demandant l'annulation d'un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal a jugé que l'absence d'information sur le recours suspensif lors de la notification était sans effet sur la légalité de l'acte, et que l'exclusion du pays de renvoi à un État de l'espace Schengen ne constituait pas une atteinte disproportionnée aux droits du requérant, qui séjournait irrégulièrement. La décision s'appuie sur les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2301139
Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la requête d'un agent du département de la Manche contestant son placement en disponibilité d'office pour raisons de santé. Le tribunal a jugé que la procédure était régulière, notamment en écartant l'exception de non-lieu à statuer soulevée par l'administration malgré l'admission ultérieure de l'agent à la retraite pour invalidité. La décision s'appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique relatives aux congés de maladie et à la disponibilité d'office (articles L. 822-1, L. 514-4 et L. 826-1).
08/04/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2400190
Le Tribunal Administratif de Caen, statuant sur deux requêtes en excès de pouvoir, a rejeté la demande d'annulation de deux titres de perception émis contre une enseignante contractuelle pour recouvrer des indus de rémunération. Le tribunal a jugé que les titres étaient réguliers en la forme et que la créance n'était pas prescrite, notamment au regard des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000. Il a également estimé que le versement d'un demi-traitement pendant l'instruction d'une demande de retraite pour invalidité ne constituait pas un droit acquis.
08/04/2026