lundi 14 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400183 |
| Type | Décision |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés le 24 janvier 2024, le 26 février 2024 et le 27 février 2025, M. A D C, représenté par Me Hay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle méconnait les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle au regard du but poursuivi.
Par un mémoire, enregistré le 26 mars 2025, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention franco-gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 2 décembre 1992 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D C, ressortissant gabonais né le 13 février 2001, déclare être entré sur le territoire national le 29 novembre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour mention " étudiant " valable du 24 novembre 2020 au 24 novembre 2021. Il s'est vu délivrer des titres de séjour mention " étudiant ", le dernier étant arrivé à expiration le 24 novembre 2023. Le 29 septembre 2023, il a sollicité, auprès de la préfecture de la Vienne, le renouvellement de son titre étudiant. Par arrêté du 12 janvier 2024, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre État d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C s'est inscrit, pour l'année universitaire 2020/2021, en première année de brevet de technicien supérieur (BTS) mention " assurance " qu'il a validée. Au titre de l'année universitaire 2021/2022, il s'est inscrit en deuxième année de ce BTS qu'il n'a pas obtenu. Pour l'année universitaire 2022/2023, il s'est inscrit en première année de licence d'informatique qu'il n'a pas obtenue. Au titre de l'année universitaire 2023/2024, il s'est inscrit en première année de brevet universitaire technique " qualité, logistique, industrielle et organisation ". Si, pour justifier ses réorientations, M. C fait état de l'impossibilité d'intégrer le parcours de son choix, celui d'un brevet universitaire technique " qualité, logistique, industrielle et organisation " dès l'année 2020, en raison de la crise sanitaire ayant entrainé la fermeture des établissements universitaires et des refus qu'il aurait subis pour l'année universitaire 2022/2023 par les établissements proposant son choix d'orientation, ces seules circonstances ne sauraient suffire à justifier son absence de résultats comme de progression dans ses études à compter de l'année universitaire 2021/2022, alors que, par ailleurs, il ne justifie même pas de son assiduité au cours de ces années et que son relevé de notes pour l'année universitaire 2022/2023 comporte pour l'essentiel des notes très basses et des épreuves dans lesquelles il a été déclaré défaillant. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en considérant que M. C ne justifiait pas à la date de l'arrêté attaqué du caractère réel et sérieux de ses études au sens des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.
4. D'autre part, si M. C soutient qu'il disposait de moyens d'existence suffisants pour ses études, il résulte de l'instruction que le préfet de la Vienne aurait pris la même décision de refus de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " s'il n'avait retenu que le seul motif tiré du défaut de caractère réel et sérieux de ses études, lequel suffisait à la fonder légalement.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de son illégalité par voie d'exception à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
6. En second lieu, si M. C fait valoir que la mesure d'éloignement prise à son encontre a pour effet de faire obstacle à ce qu'il mène à son terme son cursus en cours, il résulte de ce qui a été dit au point 3 qu'il ne justifiait pas à la date de l'arrêté attaqué du caractère réel et sérieux de ses études et, par ailleurs, il n'avait débuté son nouveau cursus que depuis quatre mois. S'il résidait en France depuis presque quatre années à la date de la décision attaquée, il n'a été admis à y séjourner que pour suivre des études. Enfin, s'il se prévaut, sans l'établir, de la présence sur le territoire de son frère qui résiderait au Havre sous couvert d'un titre étudiant et de sa sœur qui résiderait dans la Meuse sous couvert d'un titre salarié, il ne conteste pas avoir conservé des attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas entaché sa décision d'éloignement d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2024 du préfet de la Vienne. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C et au préfet de la Vienne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Antoine Jarrige, président,
M. Luc Campoy, vice-président,
M. Philippe Cristille, vice-président.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2025.
Le président rapporteur,
Signé
A. B
L'assesseur le plus ancien,
Signé
L. CAMPOY La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
D. GERVIER
N°2400183
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
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Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03459
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08/04/2026