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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400249

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400249

jeudi 20 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400249
TypeDécision
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2024, M. C A, représenté par la SCP Breillat - Dieumegard - Masson, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- la décision portant refus de délivrance du titre de séjour n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen personnel de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2025, la préfète des Deux-Sèvres conclut au prononcé d'un non-lieu à statuer.

Elle fait valoir que le 5 décembre 2024, ses services ont délivré au requérant une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 4 mars 2025.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jarrige,

- les observations de Me Masson, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 15 février 1996, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 3 mars 2020, selon ses déclarations. Il a sollicité une première fois le statut de réfugié qui lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 octobre 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 décembre 2021. Il a sollicité une seconde fois le statut de réfugié qui lui a été refusé par une décision de l'OFPRA du 23 juin 2022, confirmée par la CNDA le 14 novembre 2022. Le 3 mars 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, à titre principal, pour motif familial et, à titre subsidiaire, en tant que salarié. Par un arrêté du 3 janvier 2024, la préfète des Deux-Sèvres a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de se prononcer sur sa demande tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

3. Il ressort des pièces du dossier que, ayant été informée le 13 mars 2024, postérieurement à l'intervention de l'arrêté attaqué, de l'introduction par le requérant d'une nouvelle demande de titre en qualité de membre de la famille d'un bénéficiaire d'une protection internationale le 28 novembre 2023, en raison de la reconnaissance de la qualité de réfugié à sa fille D née le 25 juin 2023, la préfète des Deux-Sèvres a délivré à M. A, le 5 décembre 2024, une attestation de prolongation d'instruction valable du 5 décembre 2024 au 4 mars 2025. Par la délivrance de ce document, la préfète des Deux-Sèvres doit être regardée comme ayant retiré les décisions du 3 janvier 2024 par lesquelles elle a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Ce retrait étant devenu définitif, il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de ces décisions.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. A vit en concubinage avec une compatriote, Mme B qui, également déboutée de sa demande d'asile, est comme lui en situation irrégulière, ils ont eu, outre un fils né le 2 avril 2022, une fille née le 25 juin 2023 qui a obtenu le statut de réfugié par une décision du 8 novembre 2023 de l'OFPRA. Dans ces conditions, le refus de séjour opposé à M. A doit être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, c'est à tort que la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 3 janvier 2024 par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a rejeté la demande de titre de séjour de M. A doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au moyen d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que la préfète des Deux-Sèvres ou tout autre préfet territorialement compétent délivre à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. Par suite, il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres ou à tout autre préfet territorialement compétent de délivrer au requérant ce titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que son avocat, la SCP Breillat - Dieumegard - Masson, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État une somme de 900 euros à verser à la SCP Breillat - Dieumegard - Masson sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête aux fins d'annulation des décisions du 3 janvier 2024 par lesquelles la préfète des Deux-Sèvres a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Article 3 : La décision du 3 janvier 2024 par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a rejeté la demande de titre de séjour de M. A est annulée.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète des Deux-Sèvres ou à tout autre préfet territorialement compétent, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : L'Etat versera à la SCP Breillat - Dieumegard - Masson une somme de 900 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la SCP Breillat - Dieumegard - Masson et à la préfète des Deux-Sèvres.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

M. Cristille, vice-président,

Mme Le Bris, vice-présidente.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 mars 2025.

Le président rapporteur,

Signé

A. JARRIGE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

D. MADRANGE

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. MADRANGE

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