jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401206 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | ELIGE BORDEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 mai 2024 et un mémoire enregistré le 27 mai 2024, la société Free Mobile représentée par le cabinet Pamlaw-Avocats, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le maire de La Couronne s'est opposé à sa déclaration préalable relative à l'installation d'une station relais de téléphonie mobile sur un terrain situé au lieu-dit " Les Groies " ;
2°) d'enjoindre à titre principal au maire de La Couronne de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réinstruire sa déclaration préalable en prenant une décision dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de La Couronne une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la condition d'urgence :
- la condition d'urgence est remplie compte-tenu de l'intérêt public au développement de ses installations d'intérêt collectif et de ses intérêts propres pour l'amélioration de la couverture réseau de ses abonnés et le respect de ses engagements en matière de développement de la 4G et du THD ; la partie du territoire en cause n'est pas couverte par ses réseaux ;
Sur l'existence d'un doute sérieux :
- les stations relais de téléphonie constituent des ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des réseaux qui entrent dans le cadre des dérogations à l'interdiction de construction en zone N prévue à l'article N1 du règlement du PLUi ;
- le maire a fait une inexacte application des dispositions de l'article N1 du règlement du PLUi en considérant que les conditions de nécessité technique justifiée et de bonne insertion du projet dans le site n'étaient pas remplies.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024, la commune de La Couronne, représentée par la SELAS Elige Bordeaux, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Free mobile la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la société Free indique sur son site internet couvrir 99% du territoire français avec son réseau 4G d'une part et, d'autre part, que le territoire de la commune de la Couronne est déjà couvert par les réseaux 3G, 4G et 5G et que cinq antennes Free sont déjà implantées sur le territoire de la commune ;
- pour l'application des dispositions de l'article N1 du règlement du PLUi, le projet ne remplit ni la condition tenant à la justification d'une nécessité technique imposant de construire l'installation en zone N et ni la condition tenant à la bonne insertion du projet dans son environnement.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation présentée par la société Free Mobile, enregistrée le 15 avril 2024 sous le numéro 2400963.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lassalle, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu les observations de Me Mirabel, représentant la société Free Mobile et les observations de Me Merlet-Bonnan, représentant la commune de La Couronne, qui ont repris leurs écritures.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La société Free mobile a déposé le 23 janvier 2024 une déclaration préalable de travaux pour l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile, d'une clôture et d'un portillon sur la parcelle cadastrée section ZK n° 55 située au lieu-dit " Les Groies " sur le territoire de la commune de La Couronne (Charente). Par arrêté du 20 février 2024, dont la société Free mobile demande la suspension de l'exécution, le maire de La Couronne s'est opposé à sa déclaration préalable.
Sur la demande de suspension :
2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Il ressort des cartes versées aux débats par la société requérante que la qualité de la couverture d'une partie du territoire de la commune de La Couronne sera améliorée par le projet en litige, qui consiste à installer des antennes 3G, 4G et 5G. Si cette commune, en défense, invoque des cartes mises en ligne sur les sites internet de l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP) et de la société Free Mobile elle-même, montrant une couverture de très bonne qualité sur l'ensemble du territoire communal, la requérante fait valoir, sans être utilement contredite, que de telles cartes, très générales, sont nettement moins fines et fiables que les cartes de couverture établies par les services techniques de l'opérateur produites dans la présente instance et aucun élément ne peut permet d'établir que ces dernières ne seraient plus valables. Dans ces conditions, compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et des intérêts propres de la société Free Mobile, qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par son réseau, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
5. Aux termes de l'article N1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) du Grand Angoulême : " Dans l'ensemble de la zone N, sont interdits tous les modes d'occupation du sol et notamment les constructions quelle que soit leur destination à l'exception de ceux autorisés ou autorisés sous conditions. Dans tous les secteurs sont autorisés sous conditions : () - Sous réserve d'une bonne insertion dans le site certains ouvrages techniques (transformateurs, postes de refoulement, supports de transport d'énergie) nécessaires au fonctionnement des réseaux d'utilité publique ainsi que la réalisation d'infrastructures routières, travaux et ouvrages connexes d'intérêt public si nécessité technique justifiée ".
6. Pour prendre la décision en litige, le maire de la Couronne a considéré que le projet d'implantation en zone N du pylône de téléphonie en litige d'une hauteur de 30 mètres ne répond pas aux conditions de l'article N1 du règlement du PLUi.
7. Il n'est pas contesté que les stations relais de téléphonie constituent des ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des réseaux qui entrent dans le cadre des dérogations à l'interdiction de construction en zone N prévues à l'article N1. Il résulte de l'instruction que le projet en litige doit être implanté sur un terrain en partie boisé qui jouxte, au Nord et à l'Est une zone urbaine de type résidentiel de construction récente, à l'Ouest de l'autre côté de la voie ferrée une zone agricole et au Sud une zone naturelle partiellement boisée, entrecoupée de plusieurs parcelles dédiées à des activités économiques. Le projet en litige prévoit une implantation de l'antenne relais en limite de la parcelle ZK n° 55 à plus de 150 des premières habitations situées au Nord et à 90 mètres des premières habitations situées à l'Est. Il génère une surface d'emprise au sol de 14,13 m², s'élève sur une hauteur de 30 mètres et est composé d'une structure de type treillis permettant une vue traversante.
8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le maire de la Couronne a fait une inexacte application des dispositions de l'article N1 du PLUi en considérant que le projet d'antenne relais en litige ne remplissait pas les conditions de nécessité technique justifiée et de bonne insertion du projet dans son environnement est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. L'article L. 911-1 du code de justice administrative dispose : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Selon l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
10. En raison des motifs qui fondent la présente ordonnance et de l'office du juge des référés, la suspension de l'exécution de la décision en litige implique que le maire de La Couronne procède à la délivrance, à titre provisoire, d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 23 janvier 2024 par la société Free Mobile. Il y a lieu de lui ordonner de procéder à cette délivrance dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de La Couronne une somme de 1 000 euros à verser à la société Free Mobile au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la commune de La Couronne au titre des frais qu'elle a exposés pour sa défense.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le maire de La Couronne s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Free mobile pour la construction d'une station relais de téléphonie mobile est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au maire de La Couronne de délivrer à titre provisoire, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société. Free Mobile pour la construction de cette station relais.
Article 3 : La commune de La Couronne versera à la société. Free Mobile la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de La Couronne.
Fait à Poitiers, le 30 mai 2024,
La juge des référés,
Signé
Mme A
La République mande et ordonne au préfet de la Charente, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD