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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401217

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401217

lundi 14 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401217
TypeDécision
Formation1ère chambre
Avocat requérantMENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Menard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de délivrance de titre de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et ne procède pas à un examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Vienne a produit des pièces complémentaires enregistrées le 20 mars 2025.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jarrige,

- les observations de Me Lauret pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante équatoguinéene née le 24 mai 2003, est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 15 octobre 2022, selon ses déclarations. Le 22 février 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, à titre principal, en qualité d'étudiante et, à titre subsidiaire, en raison de ses liens privés et familiaux en France. Par un arrêté du 16 avril 2024, le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Vienne le lendemain, le préfet de la Vienne a donné délégation à M. Etienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture de la Vienne, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales applicables à la situation de Mme B. Elle mentionne l'ensemble des éléments relatifs à sa situation administrative et personnelle en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français, ainsi que les motifs pour lesquels sa demande de titre de séjour en qualité d'étudiante et en raison de ses liens privés et familiaux en France doit être rejetée. Il suit de là que la décision attaquée, qui comporte l'exposé des motifs de droit et des circonstances de fait justifiant le rejet de la demande de l'intéressée, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet s'est bien livré à un examen particulier et approfondi de la situation personnelle de l'intéressé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. S'il ressort des pièces du dossier que Mme B a été inscrite en brevet de technicien supérieur (BTS) gestion des transports et logistique associé, d'abord en première année pour l'année scolaire 2022-2023, puis en deuxième année pour l'année universitaire 2023-2024, et a obtenu son BTS à l'issue de la session 2024, elle ne justifie ni être détentrice d'un visa de long séjour, ni avoir suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans. Par ailleurs, si elle déclare être prise en charge financièrement par sa mère et sa sœur résidant en Espagne, les déclarations de soutien financier, le document afférent à un transfert d'argent de 1 000 euros daté du 6 novembre 2023 et les relevés de compte bancaire produits ne permettent pas d'établir qu'elle dispose de moyens d'existence suffisants au sens des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en lui refusant pour ces motifs la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", le préfet de la Vienne a fait une exacte application de ces dispositions et n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles est fondée la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle fait état du rejet de la demande de titre de séjour de la requérante et des motifs pour lesquels l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. La décision portant obligation de quitter le territoire français est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B ne peut se prévaloir que d'un an et six mois de présence sur le sol français à la date de la décision attaquée. Elle n'établit ni même n'allègue avoir des attaches familiales sur le territoire français ni y avoir tissé des liens suffisamment intenses et stables. Si elle soutient que sa famille réside en Espagne et qu'elle est donc dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, elle ne démontre pas qu'elle ne pourrait retourner en Espagne où, selon ses déclarations, elle a résidé pendant quatorze ans avec sa famille jusqu'à son entrée sur le territoire français. Enfin, si elle se prévaut de ce que la mesure d'éloignement litigieuse l'empêcherait de mener à bien son cursus, outre qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle a pu passer son examen de fin d'année et le réussir, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour six mois après avoir débuté son cursus et la décision attaquée est intervenue juste avant la fin de sa seconde année. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

M. Campoy, vice-président,

M. Cristille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 14 avril 2025.

Le président rapporteur,

Signé

A. JARRIGE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

L. CAMPOY

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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