lundi 9 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2403355 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | SCP KPL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2024, M. A B , représenté par Cloix et mendes-gil , demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté préfectoral en date du 13 septembre 2024 portant autorisation de pénétrer sur ses propriétés privées sur la commune de Saint-Martin-la-Palu en vue d'effectuer un document d'arpentage ;
2°) d'enjoindre au préfet et au maire de saint-Martin-la-Pallu de mettre fin à l'atteinte à son droit de propriété sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, et de prendre toute mesure pour interdire aux agents communaux de pénétrer sur sa parcelle ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate à son droit de propriété ;
- elle est illégale car a été décrétée pour un projet de réserve foncière et non de travaux publics, et que, dès lors, la réglementation portant sur ces derniers ne pouvait trouver à s'appliquer ; elle méconnait les conditions prévues par la loi du 29 décembre 1892 relative aux dommages causés à la propriété privée par l'exécution des travaux publics ; l'arrêté est irrégulier car il ne lui a pas été régulièrement notifié.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2024, le Préfet de la vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant doivent être écartés.
La requête a été communiquée à la commune de Saint-Martin-la-Pallu, qui a produit des pièces le 9 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;
- la loi du 29 décembre 1892 sur les dommages causés à la propriété privée par l'exécution de travaux publics ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Gagnaire, greffier d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu :
- Me Darreau, représentant M. B, qui reprend les moyens développés dans sa requête, et précise notamment que l'affichage de l'arrêté en litige sur la parcelle du requérant est récent, qu'il n'a pas été informé antérieurement de cette décision, qui est au demeurant insuffisamment précise et ne permet donc pas de savoir quelles sont les personnes directement concernées par l'arrêt ; elle rappelle également que le bornage porte atteinte au droit de propriété, puisqu'il s'agit d'une occupation temporaire ;
- Et Me Kollenc, représentant la commune de Saint-Martin-la-Pallu, qui soutient que la condition d'urgence n'est en l'espèce pas remplie, puisque M. B, en tardant à saisir le tribunal alors qu'il est informé de la réunion d'arpentage du 10 décembre depuis trois semaines, a créé sa propre urgence ; il indique également que l'arrêté en litige a bien été notifié à M. B, mais qu'il n'a pas retiré le pli qui lui avait été adressé ; que l'arrêté du 13 septembre 2024 comporte toutes les mentions nécessaires, ou que du moins la seule omission de la voie d'accès et de la durée de l'occupation temporaire ne sont pas de nature à entacher la décision d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ; que les conditions de la déclaration d'utilité publique ont été respectées. Il s'associe enfin aux écritures du préfet de la Vienne.
La clôture de l'instruction à été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est propriétaire de la parcelle cadastrée 030 AA 60 à Blaslay, commune déléguée de Saint-Martin-la-Pallu. Par arrêté préfectoral du 13 septembre 2024, le préfet de la Vienne a autorisé les agents de la commune ou de l'entreprise agréée auxquels la commune aura délégué ses droits de pénétrer sur la propriété du requérant pour effectuer un document d'arpentage. Le 19 novembre 2024, le requérant a été informé qu'une opération de division, bornage et délimitation aurait lieu sur sa propriété le 10 décembre 2024. Par la présente requête, M. B demande à ce que le tribunal ordonne qu'il soit mis fin aux atteintes portées à son droit de propriété.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. / Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du rapporteur public ".
3. L'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention dans les quarante-huit heures d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Il appartient ainsi au requérant de justifier dans tous les cas de l'urgence, laquelle ne saurait être regardée comme remplie en l'absence d'éléments concrets, propres à chaque espèce, de nature à établir l'urgence des mesures sollicitées dans le cadre de cette procédure particulière de référé qui implique l'intervention du juge dans des délais particulièrement brefs. Il résulte également des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, instituant le référé-liberté, qu'une demande présentée au titre de la procédure particulière de cet article implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié non seulement d'une situation d'urgence, mais encore d'une atteinte grave à la ou aux libertés fondamentales invoquées ainsi que de l'illégalité manifeste de cette atteinte.
4. Il résulte de l'instruction que l'arrêté en litige du préfet de la Vienne a seulement pour objet d'autoriser les agents de la commune de Saint-Martin-la-Pallu et les agents de l'entreprise agréées auxquels la collectivité aura délégué ses droits à réaliser un document d'arpentage. Il résulte également de l'instruction que ces opérations, qui n'emportent pas occupation temporaire au sens de l'article 3 de la loi susvisée du 29 décembre 1892, ne seront effectuées que sur les parcelles incluses dans le périmètre de la déclaration d'utilité publique prise par arrêté en date du 20 février 2024. S'il n'est pas contesté que la parcelle de M. B est dans le périmètre de cette déclaration, il résulte de l'instruction que ces parcelles, en nature de pré, ne supportent aucune construction, ni aucune culture. Ainsi, M. B n'établit pas que les opérations mentionnées dans l'arrêté précité du préfet de la Vienne sont de nature à porter une atteinte telle à son droit de propriété qu'il y aurait urgence à ordonner, à très bref délai, une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale. Par suite, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Martin-la-Pallu, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés par lui.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, au préfet de la Vienne et à la commune de Saint-Martin-la-Pallu.
Fait à Poitiers, le 9 décembre 2024.
La juge des référés,
Signé
J. C
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Signé
S. GAGNAIRE