jeudi 17 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2500559 |
| Type | Décision |
| Formation | étrangers JU |
| Avocat requérant | TOURNOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 février 2025 et un mémoire enregistré le 14 avril 2025, M. A B, représenté par Me Tournois, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2025 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé, lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer soit une carte de résident, soit une carte de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la recevabilité du mémoire en défense :
- le mémoire en défense produit par le préfet de la Charente-Maritime doit être écarté en tant que la pièce 10 qui y est annexée n'est pas traduite en français ;
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est insuffisamment motivé.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle ne tient pas compte de son apatridie.
En ce qui concerne la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :
- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2025, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er avril 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné Mme Dumont, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de Mme Dumont ;
- et les observations de Me Tournois, représentant M. B, qui maintient ses conclusions et ses moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant serbe d'origine kosovare, né le 9 août 2000, est entré sur le territoire français en 2004 avec ses parents, selon ses déclarations. Il a bénéficié du 31 janvier 2019 au 30 janvier 2021 d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Le 8 décembre 2023, il a été écroué pour exécuter une peine de 10 mois d'emprisonnement prononcée par le tribunal judiciaire de La Rochelle pour trafic de stupéfiants ainsi qu'une peine de deux mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec destruction. Le 20 février 2025, il a été interpellé à La Rochelle pour des faits de violation de l'interdiction de paraître sur les lieux de commission de faits délictuels. Par un arrêté du même jour, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
2. M. B demande que le mémoire en défense produit par le préfet de la Charente-Maritime soit écarté des débats en tant que la pièce n° 10 qui y est annexée est rédigée en serbe, sans avoir fait l'objet d'une traduction en langue française. Toutefois, il appartient au juge administratif, dans l'exercice de son pouvoir d'instruction, de rechercher, afin d'établir les faits sur lesquels reposera sa décision, tous les éléments d'information utiles. Alors que les requêtes doivent être rédigées en langue française, les parties peuvent néanmoins joindre à leur mémoire des pièces annexes rédigées dans une autre langue. Le juge a alors la faculté d'exiger la traduction de ces pièces lorsque cela lui est nécessaire pour procéder à un examen éclairé des conclusions de la requête et des mémoires, mais il n'en a pas l'obligation. Aucun texte ni aucune règle générale de procédure n'interdit au juge de tenir compte d'une pièce rédigée en langue étrangère. En l'espèce, la pièce concernée vise seulement à attester que l'administration détient la copie de l'original d'un acte de naissance du requérant. Dès lors, il n'y a pas lieu d'écarter cette pièce du débat, ni a fortiori le mémoire en défense produit par le préfet de la Charente-Maritime.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. L'arrêté attaqué a été pris au visa des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. B ainsi que des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il décrit sa situation administrative, personnelle et familiale ainsi que les éléments qui ont conduit le préfet de la Charente-Maritime à édicter les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Il comporte ainsi les considérations de droit et fait qui en constituent le fondement. Par suite, il est suffisamment motivé.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Pour fonder la décision en litige, le préfet de la Charente-Maritime a opposé le motif tiré de la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France de M. B en application du 5° de l'article L. 6111-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du jugement du tribunal judiciaire de La Rochelle du 8 décembre 2023, que M. B avait à cette date, déjà été condamné à onze reprises à des peines de nature différente incluant des peines d'emprisonnement avec sursis ou fermes et que son parcours judiciaire révèle un ancrage ancien et durable dans la délinquance. Il a, en effet, été condamné entre 2018 et 2023 pour des faits de conduite sans permis, d'usage de stupéfiants, de vol avec destruction, de récidive de conduite sans permis, de conduite sans permis et sans assurance, de conduite sans assurance, de violence avec usage d'une arme et d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants. En dernier lieu, le 8 décembre 2023, le tribunal judiciaire de La Rochelle l'a condamné pour des faits de trafic de stupéfiants en récidive à 10 mois d'emprisonnement dont 4 mois avec sursis, a révoqué un sursis de 2 mois prononcé en 2019, lui a fait obligation d'exercer une activité professionnelle ou de suivre un enseignement ou une formation professionnelle et lui a interdit de paraître à La Rochelle pendant deux ans, obligation qu'il a violée le 19 février 2025. Ces faits délictueux, qui s'inscrivant dans la durée, attestent de l'ancrage de M. B dans la délinquance depuis plusieurs années et au moins depuis sa majorité, présentent en outre un réel caractère de gravité. Il en résulte que la présence en France de M. B peut être regardée comme constitutive d'une menace pour l'ordre public.
7. D'autre part, si M. B vit en France depuis 21 ans à la date de la décision litigieuse, il ne justifie d'aucune insertion dans la société française. En effet, il ne justifie ni avoir poursuivi sa scolarité au-delà de la classe de quatrième et avoir obtenu un diplôme, ni avoir suivi une formation professionnelle, ni, en tout état de cause, disposer d'une insertion professionnelle effective. Par ailleurs, s'il se prévaut de la présence en France de ses parents, il n'établit pas entretenir avec eux de liens particuliers. Enfin, s'il établit avoir reconnu son fils né le 29 octobre 2022 et s'il soutient résider avec la mère de ce dernier, de nationalité française, il n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité et l'ancienneté de cette vie commune et sa participation effective à l'entretien et à l'éducation de son fils.
8. Il résulte de ces éléments qu'en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7 du présent jugement et alors que M. B n'établit pas ne pas disposer s'attaches familiales en Serbie ou au Kosovo, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En second lieu, si M. B soutient être apatride, cette circonstance ne ressort pas des pièces du dossier et n'est, en tout état de cause, pas établie à la date de la décision attaquée.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, M. B n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision lui interdisant le retour sur le territoire français n'est pas fondée en droit et doit, en conséquence, être écartée.
12. En deuxième lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
13. Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter sans délai le territoire français une interdiction de retour et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie. Il résulte en outre des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité administrative prend en compte les circonstances humanitaires qu'un étranger peut faire valoir et qui peuvent justifier qu'elle ne prononce pas d'interdiction de retour à son encontre.
14. En l'espèce, il ressort de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige que le préfet de la Charente-Maritime a examiné préalablement l'ensemble de la situation de M. B notamment au regard de la durée de sa présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de la menace qu'il représente pour l'ordre public. Et il ressort de ce qui a été dit au point 7 que M. B ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour. Dès lors, le préfet de la Charente-Maritime a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 6 et 7 du présent jugement, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en interdisant à M. B de revenir sur le territoire français pendant trois ans.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Charente-Maritime du 20 février 2025 doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Charente-Maritime.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2025.
La magistrate désignée,
Signé
G. DUMONT
La greffière,
Signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Poitiers — N° TA86-2600895
Le Tribunal Administratif de Poitiers, statuant sur un recours pour excès de pouvoir, a annulé les arrêtés préfectoraux du 5 mars 2026 ordonnant l'éloignement, l'interdiction de retour et l'assignation à résidence de M. B..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu une méconnaissance du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne (article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux), privant l'intéressé de la possibilité de présenter utilement ses observations avant l'adoption des mesures. Le tribunal a également accordé à M. B... l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle en raison de l'urgence de statuer.
24/03/2026
Tribunal Administratif de Poitiers — N° TA86-2600887
Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête d'un ressortissant tunisien visant à suspendre une obligation de quitter le territoire français (OQTF) de 2023 et à annuler une assignation à résidence de 2026. Le tribunal a jugé que l'assignation à résidence, prise en application des articles L. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), constitue une mesure d'exécution de l'OQTF et non une nouvelle décision attaquable en tant que telle. Il a estimé que le requérant n'établissait pas de changement de circonstances de droit ou de fait de nature à faire obstacle à son éloignement, et a rejeté ses autres moyens, y compris l'invocation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
24/03/2026
Tribunal Administratif de Poitiers — N° TA86-2600830
Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de M. C... visant à annuler son assignation à résidence de 45 jours. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer l'arrêté, que le droit d'être entendu avait été respecté, et que la mesure était légalement fondée sur les articles L. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les autres moyens, notamment ceux relatifs à la motivation et à la situation personnelle, ont également été écartés.
23/03/2026