mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200126 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ARMAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Armand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2022 par laquelle la préfète de la Corrèze a rejeté le recours gracieux qu'il a formé à l'encontre de la décision du 23 décembre 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la préfète de la Corrèze a méconnu l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 dès lors qu'il justifiait d'un contrat à durée indéterminée visé par l'autorité compétente et que le ministre de l'intérieur lui avait délivré, le 3 mai 2021, une autorisation de travail pour exercer l'emploi lié à ce contrat à durée indéterminée à compter du 1er juin 2021 ;
- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2022, la préfète de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant marocain né le 22 juillet 1994, M. A est entré en France en septembre 2019. Il s'est vu délivrer un titre de séjour pluriannuel portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 2 décembre 2019 au 1er décembre 2022. Le 7 octobre 2021, en se prévalent d'un contrat à durée indéterminée conclu avec l'entreprise de M. C pour un emploi d'employé forestier et d'une autorisation de travail remise le 3 mai 2021 par le ministre de l'intérieur pour l'exercice de cet emploi à compter du 1er juin 2021, M. A a demandé un changement de statut en vue de se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Par une décision du 23 décembre 2021, la préfète de la Corrèze a rejeté cette demande. Par cette requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 26 janvier 2022 par laquelle la préfète de la Corrèze a rejeté le recours gracieux qu'il a formé à l'encontre de la décision du 23 décembre 2021. Il doit aussi être regardé comme demandant l'annulation de cette décision initiale du 23 décembre 2021.
2. En premier lieu, l'article 3 de l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable portant la mention " salarié " éventuellement assorties de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour en continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans () ". L'article 9 du même accord stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Il résulte de ces stipulations et dispositions que la délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour portant la mention " salarié " prévu à l'article 3 de l'accord franco-marocain est subordonnée, d'une part, à la présentation d'un contrat de travail visé par les services en charge de l'emploi et, d'autre part, en vertu de son article 9, qui a pour effet de renvoyer sur ce point à la législation nationale de chaque Etat, à la condition, prévue à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de production par ce ressortissant d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois.
3. Aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. / Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. / Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Pour revenir en France après être retourné dans son pays d'origine au terme de son contrat de travail saisonnier, l'étranger détenteur d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " doit avoir conclu un nouveau contrat de travail saisonnier visé par le préfet.
4. Si la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est, en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Toutefois, l'étranger admis à séjourner en France pour l'exercice d'un emploi à caractère saisonnier en application des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, est titulaire à ce titre de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", lui donnant le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peut dépasser une durée cumulée de six mois par an, et lui imposant ainsi de regagner, entre ces séjours, son pays d'origine où il s'engage à maintenir sa résidence habituelle. Dans ces conditions, sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée d'un an doit être regardée comme portant sur la délivrance d'une première carte de séjour temporaire. La délivrance de cette carte est dès lors subordonnée à la production d'un visa de long séjour.
5. M. A soutient que la préfète de la Corrèze a méconnu l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 dans la mesure où il justifiait d'un contrat à durée indéterminée visé par l'autorité compétente et le ministre de l'intérieur lui a délivré, le 3 mai 2021, une autorisation de travail pour exercer l'emploi prévu par ce contrat à compter du 1er juin 2021. Toutefois, il ressort des motifs mêmes de la décision du 23 décembre 2021 que, pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié " en application des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, la préfète de la Corrèze n'a pas entendu se fonder sur un défaut de contrat à durée indéterminée visé par l'autorité compétente ou d'autorisation de travail, mais a opposé au requérant les motifs qu'il avait " séjourné de manière illicite sur [le] sol [français] au-delà de la période autorisée [par son titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier "] de six mois maximum par an sans justifier de nouveaux contrats de travail [saisonnier] ", qu'il avait " manifestement détourné les droits de [son] titre de séjour [portant la] mention " travailleur saisonnier " pour travailler illégalement " et que, " dans ces conditions, [il] ne rempliss[ait] pas les conditions pour prétendre à la délivrance du titre de séjour sollicité et alors même [qu'il justifiait] d'une autorisation de travail ". Alors que M. A ne soulève pas d'argument de nature à contester utilement les seuls motifs qui lui sont opposés, celui-ci ne justifie en tout état de cause pas qu'il aurait rempli les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, et en particulier qu'il aurait disposé du visa de long séjour exigé, auquel ne saurait se substituer ni son titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " ni l'autorisation de travail du 3 mai 2021 du ministre de l'intérieur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 doit être écarté.
6. En second lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
7. Il ressort des pièces du dossier qu'aux dates des décisions en litige, M. A était entré récemment en France et qu'il était célibataire et sans enfant. En outre, il ne justifie pas qu'à ces dates, il aurait disposé de liens privés ou familiaux intenses en France ou qu'il aurait été dépourvu d'attaches au Maroc, où il avait vécu la majeure partie de sa vie. Si, à compter du 1er juin 2021, il a travaillé en qualité d'employé forestier en contrat à durée indéterminée, il a exercé cette activité de manière irrégulière dès lors, notamment, que son titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " ne l'autorisait pas à exercer cet emploi non saisonnier. Dans ces conditions, en dépit de l'activité saisonnière de bucheron élagueur qu'il a régulièrement exercée du 3 mars au 22 septembre 2020 auprès de la société Sud Bois Elagage, la préfète de la Corrèze n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne délivrant pas à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Ce jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Revel, président,
M. Boschet, premier conseiller,
M. Gazeyeff, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
F.J. REVELLa greffière,
M. D
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. D
jb
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026