mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2200608 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP D'AVOCATS MICHEL LABROUSSE - CELINE REGY - FRANCOIS ARMAND & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 mai 2022 et 16 octobre 2023, Mme D B, représentée par Me Faure Roche, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel le maire de la commune du Pescher a délivré aux époux A un permis de construire en vue de la construction d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée D 261 située, sur le territoire de cette commune, au lieu-dit La Maison Rouge.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que " le présent recours est dirigé contre une décision juridictionnelle concernant un octroi de permis de construire " et que " cette décision n'est pas au nombre de celles pour lesquelles l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme prévoit une obligation de notification de recours " ;
- le maire de la commune du Pescher n'a pas préalablement interrogé les services de la direction des affaires sanitaires et sociales de la Corrèze ;
- des règles particulières de distanciation entre les bâtiments agricoles et les bâtiments à usage d'habitation ont été adoptées par le plan local d'urbanisme intercommunal sans que l'avis de la chambre d'agriculture n'ait été préalablement sollicité, en méconnaissance de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime ;
- le chemin rural par lequel l'accès à la parcelle cadastrée D 261 devra se faire, qui passe entre les parcelles D 263 et D 267 sur lesquelles elle a respectivement une grange servant à son activité agricole et sa maison d'habitation, et qui à son point le plus large mesure 3 mètres, n'est pas suffisamment large pour permettre le passage des engins de secours, en méconnaissance, d'une part, de l'article UD3 du plan local d'urbanisme intercommunal qui exige une largeur de 5 mètres pour une voirie principale et de 3,50 mètres pour une voirie secondaire, d'autre part, des articles L. 111-4 et L. 111-5 du code de l'urbanisme ; il paraît étonnant que le maire de la commune du Pescher indique que l'accès des secours pourrait se faire par la RD 10 alors qu'il n'y aura aucune voirie d'une largeur suffisante qui donnera sur cette route ; à supposer même que les camions de secours, en cas d'incendie, puissent passer par le second chemin d'accès direct sur la RD 10, cela ne change en aucune manière le problème pour l'accès quotidien des autres véhicules ;
- la grange située sur la parcelle D 263 dont elle est propriétaire, qui constitue un bâtiment agricole directement utile à son activité d'agricultrice, et qui n'est mentionnée ni au projet déposé par la SAS COREB pour les époux A ni par l'arrêté municipal contesté, n'a pas été prise en compte ;
- cette grange se situe à moins de 100 mètres de la maison projetée, en méconnaissance de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime ; à supposer même que la distance entre ce bâtiment agricole et la construction projetée devrait être au minimum non pas de 100 mètres mais de 50 mètres, aucune pièce ne permet d'établir que cette distance de 50 mètres est respectée ;
Par des mémoires en défense enregistrés les 22 juin 2022 et 27 octobre 2023, la commune du Pescher, représentée par Me Chevalier, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 1 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête de Mme B est irrecevable ; en premier lieu, en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, les époux A n'ont pas reçu notification, dans le délai de quinze jours prévu par ces dispositions, de la copie du texte intégral du recours gracieux et du recours contentieux formés par Mme B à l'encontre du permis de construire qui leur a été délivré ; en second lieu, Mme B ne justifie pas que son recours contentieux a été introduit dans le délai de deux mois mentionné à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme ;
- aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2022, les époux A, représentés par Me Labrousse, concluent au rejet de la requête et demandent qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 2 500 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête de Mme B est irrecevable dès lors qu'en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, ce n'est que le 2 février 2022, soit plus de quinze jours après la date de réception par la commune du Pescher du recours gracieux formé à l'encontre du permis de construire, qu'ils se sont vu notifier la copie de ce recours gracieux ;
- aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- les conclusions de Mme Siquier, rapporteur public,
- et les observations de Me Feix, pour la commune du Pescher.
Considérant ce qui suit :
1. Le 19 mars 2020, les époux A se sont vu délivrer, par le maire de la commune du Pescher (Corrèze), un certificat d'urbanisme, prorogé le 14 avril 2021, concernant une opération de construction d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée D 261 située, sur le territoire de cette commune, au lieu-dit La Maison Rouge. Le 2 novembre 2021, ils ont déposé une demande de permis de construire en vue de la réalisation de cette opération. Par un arrêté du 23 décembre 2021, le maire de la commune du Pescher leur a délivré le permis de construire sollicité, assorti de certaines prescriptions. Par un courrier du 12 janvier 2022, les époux B, propriétaires de terrains situés à proximité du terrain d'assiette du projet au lieu-dit La Maison Rouge, ont formé un recours gracieux à l'encontre de ce permis de construire. Le maire de la commune du Pescher a rejeté ce recours gracieux par une décision du 4 mars 2022. Par cette requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel le maire de la commune du Pescher a délivré aux époux A un permis de construire. Elle doit également être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 4 mars 2022 portant rejet du recours gracieux qu'elle a formé avec son époux.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables en cas de contestation d'un permis modificatif, d'une décision modificative ou d'une mesure de régularisation dans les conditions prévues par l'article L. 600-5-2 ".
3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a fait obligation au préfet en cas d'exercice par lui d'un déféré, comme à l'auteur d'un recours contentieux ou administratif, de notifier à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation, dans les hypothèses visées audit article, une copie du texte intégral du déféré ou du recours et non une simple lettre en mentionnant l'existence. La circonstance qu'une personne forme successivement, ou même simultanément, un recours administratif et un recours contentieux contre le même acte ne la dispense pas du respect des formalités de notification propres à chaque catégorie de recours. Pour un recours administratif, le défaut d'accomplissement des formalités de notification de ce recours dans le délai requis rend en principe irrecevable le recours contentieux qui en prendrait la suite. Toutefois, ces dispositions n'ont ni pour objet, ni pour effet de frapper d'irrecevabilité un recours contentieux qui, même s'il a été précédé d'un recours administratif non assorti des formalités de notification, a été introduit dans le délai de recours contentieux de droit commun de deux mois. Dans cette hypothèse, la recevabilité du recours contentieux n'est donc subordonnée qu'à la notification de ce recours, aux personnes désignées par ces dispositions, dans les quinze jours francs suivants son enregistrement.
4. Un recours administratif qui n'a pas été notifié dans les conditions prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'a pas pour effet d'interrompre le délai de recours contentieux.
5. Le caractère irrégulier, au vu de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, d'un recours administratif dirigé contre un permis de construire, lequel manifeste une connaissance acquise du permis, entraîne l'irrecevabilité du recours contentieux ultérieur présenté, même régulièrement, après expiration du délai de droit commun de deux mois, lequel délai est décompté au plus tard à compter de la date à laquelle le recours administratif a été formé, quand bien même le permis de construire n'aurait pas fait l'objet des formalités d'affichage sur le terrain prévues par ce code pour le déclenchement du délai de recours contentieux.
6. Conformément à ce qui a été indiqué au point 5, l'exercice, par Mme B et son époux, de leur recours gracieux formé par le courrier du 12 janvier 2022 vaut connaissance acquise du permis de construire délivré aux époux A et a eu pour effet de faire courir, à leur encontre, le délai de recours contentieux de deux mois à compter de cette date. Par ailleurs, si, par un courrier du 20 janvier 2022, les époux B ont informé les époux A de l'existence de ce recours gracieux formé devant la commune du Pescher, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que cette seule information, non accompagnée d'une copie du texte intégral du recours gracieux, ne suffit pas pour considérer que ce recours gracieux aurait été notifié aux titulaires de l'autorisation dans les conditions prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Si, par un courrier en date du 31 janvier 2022 que les époux A indiquent avoir reçu le 2 février 2022, les époux B leur ont communiqué la copie du texte intégral du recours gracieux, il n'est pas contesté, en dépit des fins de non-recevoir qui sont opposées en défense, que ce courrier du 31 janvier 2022, qui n'a pu procéder à la régularisation du précédent envoi réalisé par le courrier d'information du 20 janvier 2022, a été envoyé plus de quinze jours après la date de réception du recours gracieux par la commune du Pescher. Mme B n'apportant donc pas la preuve, qui lui incombe, de ce que le recours gracieux formé par le courrier du 12 janvier 2022 a été notifié conformément aux exigences prescrites par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, ce recours gracieux ne peut être regardé comme ayant valablement interrompu le délai de recours contentieux de deux mois qui a commencé à courir à compter de cette même date et qui a expiré le lundi 14 mars 2022. Dans ces conditions, et alors que Mme B se borne à soutenir à tort que le permis de construire dont elle demande l'annulation ne serait pas au nombre des décisions mentionnées par ces dispositions, sa requête, enregistrée au greffe du tribunal le 2 mai 2022, est tardive et, par suite, irrecevable.
Sur les frais liés au litige :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme B une somme de 600 euros au titre des frais exposés par la commune du Pescher et non compris dans les dépens et une somme identique au titre des frais exposés par les époux A.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Mme B versera à la commune du Pescher une somme de 600 (six cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et une somme identique aux époux A sur le même fondement.
Article 3 : Ce jugement sera notifié à Mme D B, à la commune du Pescher et aux époux A.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Revel, président,
M. Boschet, premier conseiller,
M. Gazeyeff, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
F.J. REVELLe greffier,
M. C
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La Greffière en Chef
La Greffière
M. C
cg
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026