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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200650

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200650

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200650
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS RENAUDIE LESCURE BADEFORT COULAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 mai et 6 décembre 2022, Mme F E, représentée par Me Renaudie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Tulle et la SHAM à lui verser une somme globale de 102 236,35 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des manquements commis par cet établissement public de santé dans le cadre de sa prise en charge en avril 2016 ;

2°) de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier de Tulle et de la SHAM une somme de 5 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Tulle :

- ainsi qu'il ressort du rapport d'expertise amiable du docteur A du 10 décembre 2016 et du rapport d'expertise judiciaire du 28 avril 2021 du docteur C, la responsabilité du centre hospitalier de Tulle est engagée en raison d'un retard de diagnostic de l'AVC dont elle a été victime au cours de son hospitalisation dans cet établissement en avril 2016 ;

- les manquements commis par ce centre hospitalier, qui l'ont empêchée de bénéficier en temps utile d'une thrombolyse au CHU de Limoges, est à l'origine d'une perte de chance d'éviter la survenue des conséquences de l'AVC qui doit être fixée à 30 %.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

- avant application du taux de perte de chance, ses préjudices patrimoniaux peuvent être évalués à 194,59 euros au titre des frais de télévision restés à sa charge, à 159 108 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne, à 12 811,65 euros au titre des frais de logement adapté, à 15 796,72 euros au titre des frais de véhicule adapté, à 158,13 euros au titre des dépenses de santé futures restées à sa charge et à 30 000 euros au titre de l'incidence professionnelle.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

- avant application du taux de perte de chance, ses préjudices extrapatrimoniaux peuvent être évalués à 7 318,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total et partiel, à 5 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, à 4 000 euros au titre des souffrances endurées, à 101 675 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, à 500 euros au titre du préjudice d'agrément et à 4 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

Par des mémoires enregistrés les 11 mai et 3 juin 2022, la CPAM de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Corrèze, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de prendre acte de son désistement d'instance compte tenu des sommes qui lui ont été versées à l'amiable par la SHAM en remboursement de ses débours et au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2022, le centre hospitalier de Tulle et la SHAM, représentés par Me Valière-Vialeix, demandent au tribunal :

1°) de réduire les sommes demandées par Mme E en réparation de ses préjudices et au titre des frais liés au litige ;

2°) de prendre acte du désistement d'instance de la CPAM de la Charente-Maritime ;

3°) de statuer ce que de droit quant aux dépens.

Il fait valoir que :

- si le centre hospitalier ne conteste pas le principe de l'engagement de sa responsabilité pour faute en raison d'un retard de diagnostic de l'AVC de Mme E, les manquements qui ont été commis doivent être regardés, comme le retient le docteur C dans son rapport établi le 28 avril 2021, comme étant à l'origine d'une perte de chance d'éviter les conséquences de cet AVC qui doit être fixée à 30 % ;

- plusieurs préjudices invoqués par Mme E n'étant établis ni dans leur principe ni dans leur étendue, ils ne sauraient donner lieu à une indemnisation ;

- s'agissant des préjudices établis dans leur principe, il y a lieu, après application du taux de perte de chance de 30 %, de ramener les sommes demandées par la requérante à de plus justes proportions ;

- il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée les sommes de 2 000 euros et de 9 000 euros qui ont déjà été versées à titre provisionnel.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Née le 5 janvier 1972, Mme E a été admise au service des urgences du centre hospitalier de Tulle le 12 avril 2016 en raison de douleurs intercostales et d'une grande fatigue. A la suite de son transfert en service de cardiologie et de deux échographies du cœur, Mme E a présenté, le 15 avril 2016 au réveil, vers 8h, un déficit de l'hémicorps gauche et une dysarthrie. Un médecin interne, qui s'était vu refuser par un radiologue la réalisation d'une IRM en urgence, a prescrit un scanner cérébral. Vers 11h, un médecin a procédé à un examen clinique de la patiente au cours duquel une légère amélioration des symptômes avec absence de troubles moteurs a été constatée. Toutefois, vers 12h, le déficit apparu au réveil s'est reproduit. A 12h32, Mme E, qui était placée notamment sous traitement anticoagulant, a bénéficié du scanner cérébral, lequel ne montrait pas d'hémorragie. Le 16 avril 2016, compte tenu d'une aggravation de l'hémiplégie gauche, associée à des troubles de la parole et de la déglutition ainsi qu'à une incontinence anale, Mme E a été transférée en urgence au CHU de Limoges. Deux IRM ont mis en évidence deux caillots et un AVC ischémique cérébelleux gauche et bi pontique. Hospitalisée au service de neurologie du CHU de Limoges jusqu'au 26 avril 2016, Mme E a ensuite été prise en charge par le centre hospitalier de Tulle, notamment, jusqu'au 16 juin 2016, dans le service de médecine physique et réadaptation des 9 pierres. Mme E a conservé des séquelles de cet AVC, et en particulier un déficit de l'hémicorps gauche, des difficultés à la marche nécessitant l'utilisation d'une canne ou d'un déambulateur et des troubles dépressifs.

2. Estimant que les conséquences de son AVC étaient imputables à des manquements du centre hospitalier de Tulle, Mme E, qui s'est vu verser une provision amiable de 2 000 euros en janvier 2017 puis une autre provision de 9 000 euros en exécution d'une ordonnance rendue le 28 novembre 2018 par le juge des référés du tribunal, a demandé qu'une expertise judiciaire soit ordonnée. Il a été fait droit à cette demande par une ordonnance du 17 novembre 2020 du juge des référés du tribunal. Le docteur C, neurochirurgien, a établi son rapport d'expertise le 28 avril 2021. Par cette requête, Mme E demande au tribunal de condamner solidairement le centre hospitalier de Tulle et son assureur, la SHAM, à lui verser une somme globale de 102 236,35 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur le désistement de la CPAM de la Charente-Maritime :

3. Le désistement d'instance de la CPAM de la Charente-Maritime est pur et simple. Il y a lieu de prendre acte de ce qu'elle se désiste de ses conclusions initiales tendant au remboursement de ses débours et au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation présentées par Mme E :

En ce qui concerne la responsabilité et le taux de perte de chance :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise amiable du 10 décembre 2016 du docteur A et du rapport d'expertise judiciaire établi le 28 avril 2021 par le docteur C, que, quand bien même le déficit de l'hémicorps gauche présenté par Mme E le 15 avril 2016 au réveil était " probablement transitoire " dès lors que l'examen clinique effectué vers 11h n'a pas décelé de troubles moteurs, il peut néanmoins être reproché au centre hospitalier de Tulle un premier manquement constitué par le défaut de recours, compte tenu des symptômes de la patiente, à une IRM en urgence et qui aurait pu permettre d'obtenir un diagnostic précis de la localisation de l'AVC. Il résulte également de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise judiciaire du 28 avril 2021, que, dans la mesure où le scanner cérébral effectué le 15 avril 2016 à 12h32 ne montrait pas d'hémorragie, l'équipe médicale du centre hospitalier de Tulle devait alors s'orienter vers un diagnostic d'ischémie et devait immédiatement prendre contact avec le service de référence neurovasculaire du CHU de Limoges. Il ressort du rapport d'expertise judiciaire que, dès le résultat du scanner cérébral acquis, " le temps écoulé depuis la constitution [du] déficit non régressif [survenu vers 12h] était d'une heure, ce qui aurait permis d'envisager un transfert rapide pour subir une IRM à Limoges afin d'établir le site de l'AVC, son mécanisme et ensuite de discuter d'une thrombolyse encore possible dans un délai de quatre à six heures ". Le fait, pour le centre hospitalier de Tulle, de ne pas avoir consulté ce centre de référence du CHU de Limoges après le résultat du scanner cérébral, ce qui aurait pourtant permis d'organiser le transfert de Mme E dès 13h et de réaliser une thrombolyse en temps utile, constitue un second manquement dans la prise en charge de cette patiente. Dans ces circonstances, Mme E est fondée à engager la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Tulle sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

6. En second lieu, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire du 28 avril 2021 du docteur C, que la recanalisation artérielle après mise en œuvre d'une thrombolyse " n'est pas synonyme de récupération neurologique ad integrum " et que les occlusions basilaires sont, en tous les cas, réputées pour avoir un pronostic grave avec un taux de mortalité dépassant les 40 %. Dans ces conditions, comme le proposent tant le docteur C que les parties, les manquements commis par le centre hospitalier de Tulle doivent être regardés comme ayant fait perdre à Mme E une chance d'éviter les conséquences de son AVC ischémique qu'il y a lieu, en l'espèce, de fixer à 30 %.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

8. En premier lieu, et après application du taux de perte de chance de 30 %, il y a lieu d'allouer à Mme E une somme de 58,40 euros correspondant aux frais de télévision qu'elle a exposés au cours de ses périodes d'hospitalisation imputables aux manquements commis par le centre hospitalier de Tulle.

9. En deuxième lieu, Mme E ne justifie pas d'un reste à charge relatif au coût d'achat et de renouvellement d'une canne pour les déplacements. Par suite, aucune indemnisation ne saurait être accordée à la requérante au titre des dépenses de santé restées à sa charge.

10. En troisième lieu, lorsque le préjudice à réparer consiste dans l'aménagement du domicile de la victime d'un dommage corporel, il ouvre droit à son indemnisation alors même que la victime n'a pas avancé les frais d'aménagement.

11. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire du 28 avril 2021 du docteur C, qu'en raison des séquelles de son AVC, le logement de Mme E doit être adapté par l'installation d'un monte escalier mécanique et d'une douche à l'italienne en remplacement de sa baignoire. Eu égard aux devis produits par la requérante, et après application du taux de perte de chance de 30 %, il sera fait une juste appréciation des frais d'adaptation de son logement à son handicap en condamnant solidairement le centre hospitalier de Tulle et la SHAM à lui verser une somme de 4 000 euros.

12. En quatrième lieu, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

13. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes des dommages dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. La déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement au bénéficiaire s'il revient à meilleure fortune.

14. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire établi le 28 avril 2021 par le docteur C, qu'à compter de la date de consolidation fixée au 7 novembre 2018, et compte tenu des modalités d'aménagement de son logement qui sont indemnisés dans les conditions prévues au point 11, Mme E a nécessité et nécessitera une aide non spécialisée par une tierce personne à raison de 30 minutes par jour. Sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération incluant les charges patronales et les majorations de rémunération pour travail du dimanche fixé à 13 euros et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, le préjudice subi par Mme E en raison de la nécessité pour elle de recourir à l'aide d'une tierce personne peut être évalué, au regard du barème de capitalisation de la Gazette du Palais 2022, à la somme de 110 000 euros. Contrairement à ce que font valoir en défense le centre hospitalier de Tulle et son assureur, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que Mme E aurait perçu des prestations ayant pour objet la prise en charge des frais d'assistance par une tierce personne telle que la prestation de compensation du handicap, il n'y a pas lieu de déduire de cette évaluation l'allocation aux adultes handicapés que la requérante indique percevoir dès lors que cette allocation ne peut être déduite que d'une indemnisation versée au titre d'un préjudice de nature professionnelle. Après application du taux de perte de chance de 30 %, il y a lieu d'allouer à Mme E une somme de 33 000 euros en réparation du préjudice résultant de la nécessité pour elle de recourir à l'aide d'une tierce personne.

15. En cinquième lieu, eu égard à la finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail qui lui est assignée par les dispositions des articles L. 821-1 et L. 821-1-1 du code de la sécurité sociale, l'allocation aux adultes handicapés et le complément de ressources doivent également être regardés comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire ses pertes de revenus professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité, et par ailleurs, aucune disposition ne permet à l'organisme qui a versé ces prestations d'en réclamer au bénéficiaire le remboursement si celui-ci revient à meilleure fortune. Pour déterminer dans quelle mesure les préjudices ont été réparés par l'allocation aux adultes handicapés, il y a lieu de regarder cette allocation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime ne subissait pas de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes était inférieur à celui perçu au titre de l'allocation.

16. Il résulte de l'instruction, qu'avant son AVC en avril 2016, Mme E exerçait, en vertu de contrats à durée déterminée de quelques heures seulement, l'activité d'aide à domicile. Il résulte également de l'instruction, notamment d'un avis d'inaptitude établi le 12 mars 2019 par un médecin du travail et du rapport d'expertise judiciaire établi le 28 avril 2021 par le docteur C, que, compte tenu des conséquences de cet AVC, l'état de santé de la requérante ne lui permet plus d'exercer cette profession et qu'elle ne pourrait relever, selon les termes de ce rapport d'expertise, que " des activités réservées aux personnes handicapées ". Eu égard à ces éléments, l'AVC subi par Mme E en avril 2016, âgée de 46 ans à la date de consolidation de son état de santé, ne peut qu'être regardé comme étant à l'origine pour elle d'un préjudice d'incidence professionnelle. Il résulte cependant de l'instruction, notamment de ses propres écritures, que Mme E, d'une part, perçoit l'allocation aux adultes handicapés et, d'autre part, a indiqué au tribunal que la somme dont elle bénéficie au titre de cette allocation " compense [sa perte de] revenus ", ce qui explique qu'elle ne demande pas l'indemnisation de perte de gains professionnels passés ou futurs. Alors que le centre hospitalier de Tulle et son assureur relèvent, sans être contredits, que la requérante n'apporte aucun élément permettant d'apprécier réellement l'étendue des pertes de revenus qu'ils résulteraient des conséquences de l'AVC, tels que des fiches de paie ou ses avis d'imposition, ou permettant de connaître le montant de l'allocation aux adultes handicapés qu'elle reconnaît elle-même percevoir, cette allocation doit être regardée, en l'espèce, comme réparant déjà le préjudice d'incidence professionnelle subi par Mme E. Par suite, la demande d'indemnisation de ce préjudice d'incidence professionnelle doit être rejetée.

17. En sixième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 28 avril 2021 par le docteur C, que, compte tenu des séquelles qu'elle a conservées de son AVC survenu en avril 2016, Mme E ne peut conduire qu'un véhicule adapté comprenant une boîte de vitesse automatique et une boule sur le volant. En l'espèce, le surcoût d'achat d'un véhicule adapté à l'état de santé de Mme E peut, compte tenu des devis produits, être évalué à 2 000 euros. En considération de la nécessité d'un renouvellement tous les sept ans, et après application du taux de perte de chance de 30 %, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme E du fait de la nécessité d'adapter son véhicule à son handicap en lui accordant une somme de 3 200 euros.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

18. En premier lieu, sur la base d'un taux de 13 euros par jour, et après application du taux de perte de chance de 30 %, il y a lieu d'accorder à Mme E une somme de 1 222,22 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire total et partiel imputable aux manquements du centre hospitalier de Tulle dans sa prise en charge.

19. En deuxième lieu, après application du taux de perte de chance de 30 %, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire, évalué à 3/7 par l'expert judiciaire en raison principalement de l'utilisation d'un fauteuil roulant, et du préjudice esthétique permanent, évalué à 2/7 par l'expert judiciaire en raison de troubles de la marche et de l'utilisation d'une canne voire d'un déambulateur, en accordant à Mme E une somme de 4 000 euros.

20. En troisième lieu, après application du taux de perte de chance de 30 %, il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées par Mme E, évaluées à 2,5/7 par l'expert judiciaire, en lui allouant une somme de 1 000 euros.

21. En quatrième lieu, compte tenu de son âge à la date de consolidation de son état de santé, et après application du taux de perte de chance de 30 %, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel permanent subi par Mme E, évalué à 35 % par l'expert judiciaire en raison, en particulier, de troubles moteurs et du contrôle sphinctérien, en lui accordant une somme de 22 000 euros.

22. En cinquième lieu, contrairement à ce que font valoir le centre hospitalier de Tulle et son assureur, Mme E, qui, en raison de son état de santé post-consolidation, ne peut plus pratiquer la marche prolongée, faire du jardinage ou nager à la piscine, justifie de l'existence d'un préjudice d'agrément. Après application du taux de perte de chance de 30 %, il y a lieu de faire droit à sa demande tendant au versement d'une somme de 500 euros en réparation de ce préjudice.

23. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Tulle et son assureur, la SHAM, sont condamnés solidairement à verser à Mme E une somme globale de 68 980,62 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis en raison des manquements commis par cet établissement de santé lors de sa prise en charge en avril 2016. Il conviendra de déduire de cette somme de 68 980,62 euros les sommes de 2 000 euros et de 9 000 euros déjà versées à titre provisionnel à Mme E.

Sur les frais d'expertise :

24. Il y a lieu de mettre les frais et honoraires de l'expertise réalisée par le docteur C, taxés et liquidés à une somme de 1 500 euros par une ordonnance du 25 mai 2021, à la charge définitive du centre hospitalier de Tulle, qui est la partie perdante dans la présente instance.

Sur les frais liés au litige :

25. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut donc se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur ce fondement, de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier de Tulle et de la SHAM une somme de 1 800 euros à Me Renaudie, qui renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement d'instance de la CPAM de la Charente-Maritime.

Article 2 : Le centre hospitalier de Tulle et son assureur, la SHAM, sont condamnés solidairement à verser à Mme E une somme de 68 980,62 (soixante huit mille neuf cent quatre-vingt euros et soixante-deux centimes) euros en réparation des préjudices qu'elle a subis en raison des manquements commis par cet établissement de santé lors de sa prise en charge en avril 2016. Il conviendra de déduire de cette somme de 68 980,62 (soixante huit mille neuf cent quatre-vingt euros et soixante-deux centimes) euros les sommes de 2 000 (deux mille) euros et de 9 000 (neuf mille) euros déjà versées à titre provisionnel à Mme E.

Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise judiciaire réalisée par le docteur C, taxés et liquidés à une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros par une ordonnance du 25 mai 2021, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Tulle.

Article 4 : Le centre hospitalier de Tulle et la SHAM verseront solidairement une somme de 1 800 (mille huit cents) euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à Me Renaudie, qui renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, au centre hospitalier de Tulle, à la SHAM et à la CPAM de la Charente-Maritime. Une copie en sera adressée pour information au docteur C, expert judiciaire.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Martha, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUSLa greffière,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La greffière,

M. DELAGE

mf

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TA67Plein contentieux

Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604772

Le Tribunal administratif de Strasbourg, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... qui demandait la suspension de la décision de France Travail réduisant son allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) par application de la dégressivité. Le juge a estimé que le litige, portant sur une prestation du régime d'assurance chômage, ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative mais du juge judiciaire, en application des articles L. 5312-1 et L. 5312-12 du code du travail. Par conséquent, la requête a été rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent, sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

01/06/2026

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