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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2200785

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2200785

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2200785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE A SLIMANI
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS RENAUDIE LESCURE BADEFORT COULAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 juin 2022 et 25 avril 2024, Mme C A B, représentée par Me Lescure, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Corrèze lui a notifié la fin de ses droits au revenu de solidarité active au 1er juin 2022 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Corrèze de l'admettre au bénéfice du revenu de solidarité active à compter du 1er juin 2022 ;

3°) de mettre à la charge du département de la Corrèze la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est au chômage et mère célibataire de six enfants, dont deux sont en situation de handicap ;

- elle est en recherche d'emploi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, le département de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que l'intéressée n'a pas joint la décision attaquée ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Par une décision du 23 mai 2024, le président du tribunal a désigné Mme Noémi Gaullier-Chatagner en qualité de rapporteure publique sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. D a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B demande l'annulation de la décision du 10 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Corrèze lui a notifié la fin de ses droits au revenu de solidarité active.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-28 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle () ". Aux termes de l'article L. 262-29 du même code : " Le président du conseil départemental oriente le bénéficiaire du revenu de solidarité active tenu aux obligations définies à l'article L. 262-28 : () 2° Lorsqu'il apparaît que des difficultés tenant notamment aux conditions de logement, à l'absence de logement ou à son état de santé font temporairement obstacle à son engagement dans une démarche de recherche d'emploi, vers les autorités ou organismes compétents en matière d'insertion sociale () ". Aux termes de l'article L. 262-36 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active ayant fait l'objet de l'orientation mentionnée au 2° de l'article L. 262-29 conclut avec le département, représenté par le président du conseil départemental, sous un délai de deux mois après cette orientation, un contrat librement débattu énumérant leurs engagements réciproques en matière d'insertion sociale ou professionnelle. / Le département peut, par convention, confier la conclusion du contrat prévu au présent article ainsi que les missions d'insertion qui en découlent à une autre collectivité territoriale, à un groupement de collectivités territoriales ou à l'un des organismes mentionnés à l'article L. 262-15 ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-28 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsque, d'une part, les ressources du foyer sont inférieures au niveau du montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 et, d'autre part, qu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle. Les obligations auxquelles est tenu, au titre du présent article, le bénéficiaire ayant droit à la majoration mentionnée à l'article L. 262-9 du présent code tiennent compte des sujétions particulières, notamment en matière de garde d'enfants, auxquelles celui-ci est astreint ". Aux termes de l'article L. 262-37 du même code : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés (). / Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peut excéder un mois () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-38 de ce code : " Le président du conseil départemental procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active au terme d'une période, définie par décret, sans versement du revenu de solidarité active () / Après une radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active à la suite d'une décision de suspension prise au titre de l'article L. 262-37, le bénéfice du revenu de solidarité active dans l'année qui suit la décision de suspension est subordonné à la signature préalable du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ou de l'un des contrats prévus par les articles L. 262-35 et L. 262-36 du présent code ". Aux termes de l'article R. 262-40 du même code : " Le président du conseil départemental met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas : / () 3° Au terme de la durée de suspension du versement décidée en vertu du 2° de l'article R. 262-68 lorsque la radiation est prononcée en application de l'article L. 262-38 () ", c'est-à-dire pour une durée qui peut aller d'un à quatre mois.

4. Il résulte des dispositions citées aux points 2 et 3 que le président du conseil départemental est en droit de suspendre le versement du revenu de solidarité active et de procéder à la radiation de l'intéressé de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active au terme de la durée de suspension qu'il a fixée lorsque le bénéficiaire, sans motif légitime, soit fait obstacle à l'établissement ou au renouvellement du contrat mentionné à l'article L. 262-36 du code de l'action sociale et des familles par son refus de s'engager à entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale, soit ne respecte pas le contrat conclu. En revanche, il ne peut légalement justifier une décision de suspension et de radiation par la circonstance que le bénéficiaire n'aurait pas accompli des démarches d'insertion qui ne correspondraient pas aux engagements souscrits dans un contrat en cours d'exécution.

5. Il appartient au juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre une décision de suspension du versement du revenu de solidarité active ou de radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active prononcée sur le fondement des dispositions citées au point 3, lesquelles ne présentent pas le caractère de sanctions, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et notamment des pièces le cas échéant produites en cours d'instance par le requérant. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé pour la période courant à compter de la date de suspension des droits et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

6. En l'espèce, Mme A B est bénéficiaire du revenu de solidarité active. L'intéressée a été radiée, le 31 mars 2021, de la liste des demandeurs d'emploi, ce qui a mis un terme au processus d'établissement d'un contrat d'engagements réciproques. Le président du conseil départemental de la Corrèze a, après en avoir informé préalablement Mme A B tout en lui indiquant qu'elle devait prendre contact avec son référent unique pour élaborer ce contrat à défaut de quoi son allocation serait suspendue, par une décision du 9 mars 2022, réduit de moitié pour un mois ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er avril 2022. Le président du conseil départemental a, à nouveau, après en avoir informé la requérante, par sa décision du 6 avril 2022, réduit de moitié ces mêmes droits pour un mois à compter du 1er mai 2022. Par une décision du 4 mai 2022, le président du conseil départemental a décidé de ne pas valider le contrat d'engagements réciproques de l'intéressée et l'a radiée, le 1er juin 2022, du dispositif dès lors que, par son comportement, la requérante ne justifiait toujours pas entreprendre des démarches en vue de retrouver une activité professionnelle au sens des dispositions de l'article L. 262-38 du code de l'action sociale et des familles précité. Si l'intéressée fait valoir qu'elle doit s'occuper à temps plein de ses six enfants, dont deux sont handicapés, notamment en conduisant ces deux derniers à leurs rendez-vous médicaux et thérapeutiques réguliers au cours de la semaine, cette circonstance ne constitue pas, à elle seule, un motif légitime, au sens des dispositions précitées des articles L. 262-37 et L. 262-38 du code de l'action sociale et des familles, l'ayant empêchée de réaliser les démarches d'inscription et d'insertion avec son conseiller référent dans les délais impartis par l'autorité territoriale. Si Mme A B soutient, par ailleurs, qu'elle recherche activement un emploi, elle ne le justifie pas en l'espèce. Par suite, c'est à bon droit et par une exacte application des dispositions de l'article L. 262-38 du code de l'action sociale et des familles que le président du conseil départemental de la Corrèze lui a notifié la fin de ses droits au revenu de solidarité active.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. A B, en toutes ses conclusions, ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, à Me Lescure et au département de la Corrèze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le magistrat désigné,

A. D

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef

A. BLANCHON

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