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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2201157

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2201157

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2201157
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantORBEC-BARTHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2201157 le 9 août 2022 et des mémoires enregistrés le 13 décembre 2023, le 11 et le 27 septembre 2024, la commune de Bretagne, représentée par Me Orbec-Barthe, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 8 juin 2022 par le centre hospitalier de la Tour Blanche portant sur une somme de 21 891 euros et de la décharger par voie de conséquence de cette somme ;

2°) de condamner le centre hospitalier de la Tour Blanche à lui verser une somme de 5 000 euros à titre de dommages-intérêts en réparation du préjudice subi du fait de l'obstination de cet établissement à poursuivre le recouvrement de créances qu'elle sait ne pas être dues par la commune ;

3°) de mettre à la charge de cet établissement une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Bretagne soutient que :

- la créance mise à sa charge est prescrite ;

- le titre exécutoire n'indique pas de façon suffisamment complète les bases de la liquidation ;

- la créance mise à sa charge n'est pas fondée dès lors que les soins dispensés par le centre hospitalier entre le 1er et le 24 novembre 2017 ne peuvent être imputés à l'accident de service du 21 juillet 2017 mais à l'accident de trajet du 2 septembre 2013 et donc à la commune de Francillon ;

- le centre hospitalier n'a jamais justifié des frais exposés pour le compte de Mme B ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, le centre hospitalier de la Tour Blanche, représenté par son directeur, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la commune de Bretagne d'une somme au montant indéterminé au titre des frais de procédure.

Il fait valoir que la créance en cause n'est pas prescrite et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2201158 le 9 août 2022 et des mémoires enregistrés le 13 décembre 2023, le 11 et le 27 septembre 2024, la commune de Bretagne, représentée par Me Orbec-Barthe, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres exécutoires émis le 8 juin 2022 par le centre hospitalier de la Tour Blanche portant sur, d'une part, une somme de 21 891 euros, d'autre part, une somme de 23 260 euros et de la décharger par voie de conséquence de la somme globale de 45 151 euros ;

2°) de condamner le centre hospitalier de la Tour Blanche à lui verser une somme de 5.000 euros à titre de dommages-intérêts en réparation du préjudice subi du fait de l'obstination de cet établissement à poursuivre le recouvrement de créances qu'elle sait ne pas être dues par la commune ;

3°) de mettre à la charge de cet établissement une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Bretagne soutient que :

- les créances mises à sa charge par ces titres sont prescrites ;

- les titres exécutoires n'indiquent pas de façon suffisamment complète les bases de la liquidation ;

- la créance mise à sa charge n'est pas fondée dès lors que les soins dispensés par le centre hospitalier entre le 1er novembre 2017 et le 26 avril 2018 ne peuvent être imputés à l'accident de service du 21 juillet 2017 ;

- le centre hospitalier n'a jamais justifié des frais exposés pour le compte de Mme B ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, le centre hospitalier de la Tour Blanche, représenté par son directeur, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la commune de Bretagne d'une somme au montant indéterminé au titre des frais de procédure.

Il fait valoir que les créances en cause ne sont pas prescrites et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Dans ces deux instances, à la suite de sa mise en cause par le tribunal en tant qu'observateur, le centre de gestion de la fonction publique territoriale de l'Indre a produit des pièces le 25 juin 2024, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les deux requêtes susvisées présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu d'y statuer par un même jugement.

2. La commune de Bretagne et celle de Francillon ont, par un arrêté conjoint du 4 février 2010, titularisé Mme B en qualité d'adjoint administratif pour exercer des fonctions de secrétaire de mairie, respectivement à hauteur de 18 heures et de 17 heures 30 pour le compte de chacune d'entre elles. Le 2 septembre 2013, cet agent a été victime d'un accident de service, dont les conséquences ont été mises à la charge de la commune de Francillon, et placée en arrêt de travail jusqu'au 28 février 2017. Après avoir repris son service à temps partiel thérapeutique à compter de cette date auprès des deux communes, Mme B a déclaré un nouvel accident de service le 21 juillet 2017, alors qu'elle était en poste à la mairie de Bretagne. Cet accident a été reconnu imputable au service. Mme B, a reçu de la part du centre hospitalier de La Tour Blanche en raison de son état de santé, des soins dispensés entre le 23 octobre 2017 et le 10 décembre 2017, puis entre le 8 janvier et le 26 avril 2018. Par des titres exécutoires émis le 28 novembre 2018 et le 17 janvier 2019 et une mise en demeure émise le 7 août 2019, puis par un titre exécutoire émis le 30 avril 2019, une lettre de relance et une mise en demeure émises le 7 novembre 2019, le directeur du centre hospitalier de la Tour Blanche a mis à la charge de la commune de Bretagne des sommes d'un montant respectif de 26 419 euros et 18 760 euros, correspondant au coût de ces soins. Ces titres exécutoires et les mises en demeure afférentes ont été annulés par un jugement du tribunal du 29 décembre 2021 passé en force de chose jugée pour un motif tenant à l'incompétence de leurs auteurs. Par deux titres exécutoires émis le 8 juin 2022, le centre hospitalier de la Tour Blanche a mis à la charge de la commune de Bretagne, d'une part, une somme de 21 891 euros au titre de la période de soins courant du 1er novembre au 24 novembre 2017, d'autre part, une somme de 23 260 euros au titre de la période du 27 novembre 2017 au 26 avril 2018. La commune de Bretagne demande principalement l'annulation de ces deux titres exécutoires et à être déchargée de la somme globale de 45 151 euros qu'ils ont mis à sa charge.

Sur le bien-fondé des créances mises à la charge de la commune de Bretagne :

3. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / () ".

4. Il résulte de ces dispositions que doivent être pris en charge au titre de l'accident de service les honoraires médicaux et les frais directement entraînés par celui-ci, y compris, le cas échéant, s'ils sont exposés postérieurement à la date de consolidation constatée par l'autorité compétente.

5. Alors que la commune de Bretagne soutient que les frais de rééducation et de réadaptation ne lui sont pas imputables dès lors qu'ils ne se rattachent pas à l'accident du 21 juillet 2017, les éléments médicaux au dossier, notamment les avis de la commission de réforme du 29 mars 2018 et du 5 mars 2020, ne permettent pas, en l'absence de toute précision apportée par le centre hospitalier sur la nature des soins qui ont été prodigués à Mme B sur la période concernée par les titres exécutoires en litige, de rattacher de manière certaine ces soins de rééducation à l'accident du 2 septembre 2013 ou à celui du 21 juillet 2017 et, par suite, de retenir l'imputabilité de cette créance à la commune de Bretagne. Dès lors, cette commune est fondée à soutenir qu'elle n'est pas redevable des honoraires médicaux pour les soins de rééducation et de réadaptation mis à sa charge par ces titres. Elle est par conséquent fondée à demander l'annulation de ces deux titres et à être déchargée de la somme globale de 45 151 euros qu'ils ont mis à sa charge, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, ni sur l'exception de prescription quadriennale qui a été opposée.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par la commune de Bretagne :

6. Si la commune de Bretagne se prévaut d'une faute tenant au recouvrement abusif mené à son encontre, elle ne justifie pas de la faute ainsi alléguée, alors au demeurant qu'elle ne justifie pas avoir saisi le centre hospitalier d'une demande indemnitaire préalable. Par suite, de telles conclusions doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bretagne une somme à verser au titre de ces dispositions alors au demeurant que les conclusions présentées à ce titre par le centre hospitalier ne sont pas chiffrées et que l'établissement ne justifie pas avoir engagé des frais pour assurer sa défense. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Bretagne sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er: Les titres exécutoires émis le 8 juin 2022 sont annulés.

Article 2 : La commune de Bretagne est déchargée de la somme de 45 151 euros.

Article 3: Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4: Le présent jugement sera notifié au centre hospitalier de la Tour Blanche et à la commune de Bretagne.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Gillet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière,

M. A

Nos 2201157,2201158

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