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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300354

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300354

mardi 25 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300354
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges (2ème chambre) a rejeté la requête de Mme A B, ressortissante angolaise, qui demandait l'annulation du refus de titre de séjour « étudiant » opposé par la préfète de la Haute-Vienne le 25 novembre 2022. Le tribunal a estimé que la décision ne méconnaissait ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme (droit à la vie privée et familiale) ni ne révélait une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de l'entrée irrégulière de l'intéressée, de l'absence d'attaches familiales intenses en France et de la présence de sa famille en Angola. Le moyen tiré de l'article 3 de la même Convention a été jugé inopérant, la décision attaquée ne fixant pas le pays de renvoi.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 10 mars et 13 mars 2023, Mme D A B, représentée par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 novembre 2022 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la préfète de la Haute-Vienne a méconnu les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2023, la préfète de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante angolaise née le 16 avril 1999, Mme A B déclare être entrée irrégulièrement en France en juin 2019, à l'âge de 20 ans. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 29 octobre 2021 du directeur général de l'Ofpra, confirmée le 23 mars 2022 par la CNDA. Par un arrêté du 1er avril 2022, la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le 29 juillet 2022, elle a déposé une demande de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " étudiant ". Par une décision du 25 novembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté cette demande. Mme A B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B est entrée irrégulièrement sur le territoire français, que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la CNDA et qu'elle a vécu en France sans titre de séjour. En outre, célibataire et sans enfant, l'intéressée ne démontre pas qu'à la date de la décision en litige, elle aurait disposé de liens personnels et familiaux d'une particulière intensité. A cet égard, alors que la préfète de la Haute-Vienne fait valoir en défense que la mère et la sœur de Mme A B vivaient en Angola à la date de la décision attaquée, celle-ci n'apporte aucun élément au soutien de son allégation selon laquelle ses parents auraient vécu en France en situation régulière. Par ailleurs, Mme A B ne démontre pas qu'elle aurait été dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de sa vie. La requérante n'établit ni même n'allègue que, pendant la durée de son séjour en France, elle y aurait exercé une activité professionnelle. Dans ces conditions, en dépit de son activité associative auprès de l'association " Jesuit Refugee Service " (JRS) France et des études qu'elle poursuivait à la date de la décision en litige, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme A B en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Haute-Vienne aurait entaché sa décision du 25 novembre 2022 d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

4. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, laquelle n'a pas pour objet de fixer le pays de destination.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 25 novembre 2022 de la préfète de la Haute-Vienne et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par Mme A B et son conseil doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A B, au préfet de la Haute-Vienne et à Me Karakus.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Revel, président,

M. Boschet, premier conseiller,

M. Gazeyeff, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2025.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

FJ. REVEL

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef

La greffière,

M. C

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