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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2300807

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2300807

jeudi 13 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2300807
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de Mme A, ressortissante algérienne, qui contestait le refus du préfet de la Haute-Vienne d’autoriser le regroupement familial pour son fils. Le tribunal a jugé que la décision attaquée était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation. Il a estimé que le refus était légalement fondé sur l’insuffisance des ressources de Mme A, conformément à l’article 4 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de la Convention internationale des droits de l’enfant ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son fils, ensemble la décision du 3 février 2023 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer une autorisation de regroupement familial dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation au regard de sa demande de regroupement familial dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que les décisions attaquées :

- sont insuffisamment motivées dès lors que la préfète n'a pas procédé à un examen complet et attentif de sa situation personnelle et familiale ;

- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaissent les stipulations des articles 3-1, 8-1 et 16-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née en 1984, est titulaire, en dernier lieu, d'une carte de résident valable jusqu'au 3 octobre 2028. Elle a sollicité le 17 août 2022, au titre du regroupement familial, l'introduction en France de son fils né en 2008 d'une première union et qui réside en Algérie. Par une décision du 12 janvier 2023, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande. Mme A a formé contre cette décision le 24 janvier 2023, un recours gracieux rejeté par le préfet par une décision du 3 février 2023. Mme A demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes applicables, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que Mme A ne peut se voir accorder le bénéfice du regroupement familial au motif que ses ressources sont insuffisantes par rapport au minimum requis. Par suite, la décision attaquée mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde et qui permettent d'en apprécier la portée et d'en discuter utilement le bien fondé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant refus de regroupement familial doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée, que le préfet de la Haute-Vienne, qui n'est pas tenu de faire figurer l'ensemble des considérations de fait sur lesquelles il a fondé sa décision, aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1- le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; () ".

5. Aux termes de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont également applicables aux ressortissants algériens dès lors qu'elles sont compatibles avec les stipulations de l'accord franco-algérien : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période () ".

6. Il résulte de ces dispositions précitées que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Vienne, pour rejeter la demande de Mme A, s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée ne disposait pas de ressources mensuelles suffisantes, lesquelles s'élevaient à 960,51 euros nets par mois sur la période de douze mois précédant la demande, et étaient par conséquent inférieures au salaire minimum de croissance exigé de 1 263,08 euros nets par mois. Si la requérante soutient que son époux actuellement en invalidité, est en attente de reconversion professionnelle et qu'ainsi la situation financière de la famille est appelée à s'améliorer, outre qu'elle n'en atteste pas, cette évolution est au jour de la décision attaquée purement hypothétique et en cas d'amélioration, il lui appartiendra alors de déposer une nouvelle demande. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet dans l'appréciation de la situation financière de l'intéressée doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Selon l'article 16 de cette même convention : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation.".

9. Si le préfet est en droit de rejeter une demande de regroupement familial au motif que l'étranger ne remplirait pas l'une ou l'autre des conditions légales requises, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande en pareil cas s'il est porté une atteinte excessive au droit de l'étranger de mener une vie familiale normale, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou à l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Mme A soutient que la décision attaquée, qui lui refuse le droit au regroupement familial au motif de ressources insuffisantes, la sépare de son fils, résidant au Maroc et mineur à la date de la décision attaquée. Si elle indique qu'elle ne l'a pas revu entre 2018 et 2022, dès lors que sa présence était requise au domicile familial où résident ses deux autres fils atteints d'autisme et de ce fait non scolarisables sans l'aide d'un accompagnant des élèves en situation de handicap, elle n'établit pas qu'elle serait seule en mesure de s'occuper de ces derniers alors que son époux actuellement en invalidité ne travaille pas, ni l'impossibilité pour l'éducation nationale de proposer l'accompagnement nécessaire de ses enfants en milieu scolaire ou leur inscription dans un établissement adapté à leur handicap. En outre, Mme A qui a attendu quatre ans après sa régularisation pour solliciter le bénéfice du regroupement familial pour son fils, ne démontre pas avoir depuis son arrivée en France entretenu des relations intenses et régulières avec ce dernier ni avoir été dans l'impossibilité de le faire venir à l'occasion de séjours ponctuels. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la convention internationale relative aux droits de l'enfant citées au point précédent doivent être écartés.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Les Etats parties s'engagent à respecter le droit de l'enfant de préserver son identité, y compris sa nationalité, son nom et ses relations familiales, tels qu'ils sont reconnus par la loi, sans ingérence illégale ". Ces stipulations qui créent seulement des obligations entre États, ne produisent pas d'effet direct à l'égard des particuliers et ne peuvent pas être utilement invoquées par la requérante à l'appui de son recours.

12. Il résulte de tout ce qui précède que, par les moyens qu'elle invoque, les conclusions de Mme A à fin d'annulation des décisions du 12 janvier 2023 et du 3 février 2023 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 18 février 2025 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Boschet, premier conseiller,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. C

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