vendredi 4 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2301204 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | LAGIER CHARLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 11, 28 et 31 juillet 2023, les associations Aves France et One Voice, représentées par Me Robert, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel la préfète de la Creuse a instauré l'ouverture de deux périodes complémentaires de vénerie sous terre de l'espèce du blaireau pour la campagne cynégétique 2023/2024 dans ce département, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- leur requête est recevable puisqu'elles disposent d'un intérêt à agir et qu'elles ont respecté les délais de recours contentieux ; les pièces produites en langues anglaise n'ont pas à être écartées des débats par principe, d'autant que les citations qui en sont extraites ont été traduites ;
- la condition d'urgence est remplie : l'arrêté litigieux porte atteinte aux intérêts qu'elles défendent, à savoir la protection du bien-être animal et la protection de la biodiversité ; l'arrêté est en cours d'exécution ; il n'est aucunement motivé ; la préfète de la Creuse ne le justifie par aucune donnée et elle ne détient d'ailleurs aucune information sur les effectifs de blaireaux dans le département ou encore sur les effets sur les populations de blaireaux de l'autorisation systématique de périodes complémentaires de vénerie sous terre chaque année ; aucun intérêt public ne s'oppose à ce que la période complémentaire de chasse par vénerie sous terre du blaireau soit suspendue dans l'attente de la décision au fond ; la destruction de blaireautins présente un risque important sur la dynamique de l'espèce ainsi que pour la biodiversité ; des données scientifiques font état d'une imputabilité à tort au blaireau de dégâts causés par d'autres espèces comme les sangliers ; la préfète ne démontre pas qu'une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau serait justifiée par l'ampleur des prétendus dégâts qu'ils causent, en plus de la période générale de chasse qui s'étend du mois de septembre au 15 janvier ; la protection du blaireau, et plus largement celle de la biodiversité, représente un intérêt général ; l'abattage de spécimens est irréversible, quand bien même l'espèce ne serait pas en danger ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté :
' il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement, la note de présentation du projet de décision mise à disposition du public est insuffisante ;
' il méconnait les dispositions de l'article L. 424-10 du code de l'environnement en ce qu'il permet le prélèvement de blaireautins ;
' il est entaché d'erreurs manifestes d'appréciation dès lors que, d'une part, l'ouverture d'une période complémentaire de chasse par vénerie sous terre du blaireau aux motifs qu'elle permettrait une régulation de l'espèce et protègerait les cultures et infrastructures des dégâts associés au blaireau est inutile voire infondée et que, d'autre part, le recours à la vénerie sous terre est contre-productif dans la lutte contre la tuberculose bovine ;
' il est illégal en raison de l'illégalité entachant l'article R. 424-5 du code de l'environnement par voie d'exception puisque ce dernier méconnait les dispositions de l'article L. 424-10 du même code ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention de Berne du 19 septembre 1979 relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe et son décret de transposition n° 90-756 du 22 août 1990.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les pièces produites en langue anglaise sans avoir fait l'objet d'une traduction en français doivent être écartées des débats ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie : l'arrêté litigieux participe à la gestion durable du blaireau en Creuse ; il ne s'agit pas de porter atteinte à la sérénité de l'espèce mais d'en maîtriser les populations par la chasse en l'absence de prédateurs naturels ; la réalité des dégâts et les risques induits par une population non maîtrisée de blaireaux justifient l'ouverture de périodes complémentaires de vénerie sous terre, lesquelles se trouvent en outre justifiées par le bilan des intérêts privés et publics avec notamment l'impact économique et sanitaire des blaireaux ; enfin, l'urgence à suspendre l'arrêté litigieux n'est pas établie s'agissant de la seconde période complémentaire qu'il autorise dès lors que celle-ci ne débutera que le 15 mai 2024 ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté.
Par un mémoire en intervention et des pièces complémentaires, enregistrés les 28 et 30 juillet 2023, la Fédération départementale des chasseurs de la Creuse, représentée par Me Bonzy, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- son intervention est recevable : elle est une partie prenante au débat relatif à la chasse du blaireau ; la requête vise à restreindre les périodes de chasse d'une espèce de gibier ; elle assure la défense de la chasse ainsi que les intérêts de leurs adhérents en application de l'article L. 421-5 du code de l'environnement ;
- la requête est irrecevable dès lors que les associations requérantes ont un ressort et un périmètre d'intervention nationale ; leur objet social ne leur permet pas de contester une décision dont les effets sont géographiquement et temporellement très limités ; leur objet social est au demeurant très général ; elles ne fournissent aucun bilan de leurs actions en faveur des blaireaux ; les statuts et le fonctionnement de l'association One Voice méconnaissent le code civil d'Alsace-Moselle, notamment ses articles 56 et 59, qui obligent à ce que l'association compte au moins sept membres lors de sa déclaration ; ils prévoient également la rémunération de ses dirigeants élus, en méconnaissance du principe classique du bénévolat ; les statuts de l'association Aves sont illégaux, en tant qu'ils prévoient que l'association est propriété inaliénable d'un seul individu ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie : la requête n'a été enregistrée que le 11 juillet 2023 alors que l'arrêté litigieux a été publié dès le 15 juin 2023, de sorte que l'urgence ne s'imposait pas aux associations requérantes ; la vénerie sous terre est un mode de chasse légal et réglementé par un arrêté du 18 mars 1982 ; le blaireau est une espèce largement répandue en France, dont les effectifs ne sont pas menacés ; à la date du 1er juillet, la question de l'indépendance des blaireautins ne se pose plus dès lors qu'ils sont sevrés dès le 15 mai ; les associations requérantes ne produisent aucune donnée relative à la situation des blaireaux en Creuse et n'établissent pas agir de manière positive pour cette espèce ; la protection du blaireau ne constitue pas un enjeu majeur ; l'atteinte à cette espèce n'est pas démontrée ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 juillet 2023 sous le numéro 2301202 par laquelle les associations Aves France et One Voice demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Robert, représentant les associations Aves Frances et One Voice,
- les observations de Mme B, de la direction départementale des territoires, représentant la préfète de la Creuse,
- et les observations de Me Bonzy, représentant la fédération départementale de la chasse de la Creuse.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 juin 2023, la préfète de la Creuse a autorisé l'ouverture de deux périodes complémentaires de vénerie sous terre du blaireau dans le département de la Creuse, allant du 1er juillet au 14 septembre 2023 inclus, puis du 15 mai au 30 juin 2024. Les associations Aves France et One Voice doivent être regardées comme demandant au juge des référés la suspension de l'exécution de cet arrêté en ce qui concerne la première de ces deux périodes.
Sur l'intervention de la Fédération départementale des chasseurs de la Creuse :
2. La Fédération départementale des chasseurs de la Creuse a présenté un mémoire en intervention au soutien des écritures en défense présentées par le préfet de la Creuse. Eu égard à son objet social et statutaire, elle doit être regardée comme ayant un intérêt au rejet de la requête. Par suite, son intervention, régulièrement présentée, est recevable et doit être admise.
Sur la recevabilité de la requête :
3. Pour contester la recevabilité de la requête, la fédération départementale des chasseurs de la Creuse fait valoir que les associations requérantes ne justifient pas de leur intérêt à agir contre un arrêté dont les effets sont géographiquement et temporellement très limités, outre que leur objet social est très général et qu'elles n'établissent ni ne justifient d'aucun bilan de leurs actions en faveur des blaireaux, dans le département de la Creuse. Elle fait également valoir que les statuts et le fonctionnement de l'association One voice méconnaissent le code civil d'Alsace-Moselle, notamment ses articles 56 et 59, qui obligent à ce que l'association compte au moins sept membres lors de sa déclaration, et prévoient également la rémunération de ses dirigeants élus, en méconnaissance du principe classique du bénévolat. Elle fait en outre valoir que les statuts de l'association Aves France sont illégaux, en tant qu'ils prévoient que l'association est propriété inaliénable d'un seul individu.
4. Aux termes de l'article L. 141-1 du code de l'environnement : " Lorsqu'elles exercent leurs activités depuis au moins trois ans, les associations régulièrement déclarées et exerçant leurs activités statutaires dans le domaine de la protection de la nature et de la gestion de la faune sauvage, de l'amélioration du cadre de vie, de la protection de l'eau, de l'air, des sols, des sites et paysages, de l'urbanisme, ou ayant pour objet la lutte contre les pollutions et les nuisances et, d'une manière générale, œuvrant principalement pour la protection de l'environnement, peuvent faire l'objet d'un agrément motivé de l'autorité administrative. / () / Ces associations sont dites "associations agréées de protection de l'environnement". / () ". Aux termes de son article L. 142-1 : " Toute association ayant pour objet la protection de la nature et de l'environnement peut engager des instances devant les juridictions administratives pour tout grief se rapportant à celle-ci. / Toute association de protection de l'environnement agréée au titre de l'article L. 141-1 ainsi que les fédérations départementales des associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique et les associations agréées de pêcheurs professionnels justifient d'un intérêt pour agir contre toute décision administrative ayant un rapport direct avec leur objet et leurs activités statutaires et produisant des effets dommageables pour l'environnement sur tout ou partie du territoire pour lequel elles bénéficient de l'agrément dès lors que cette décision est intervenue après la date de leur agrément ".
5. Il résulte de l'application combinée de ces dispositions que les associations de protection de l'environnement titulaires d'un agrément attribué dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État justifient d'un intérêt à agir contre toute décision administrative ayant un rapport direct avec leur objet et leurs activités statutaires et produisant des effets dommageables pour l'environnement sur tout ou partie du territoire pour lequel elles bénéficient de l'agrément, dès lors que cette décision est intervenue après la date de leur agrément.
6. L'association Aves France, dont l'objet social est aux termes de ses statuts, notamment, d'œuvrer à la protection de la faune sauvage et des espèces non domestiques sauvages et dont l'action en justice fait partie des moyens d'action, est agréée depuis le 15 août 2022, ainsi que le confirme l'attestation délivrée le 13 octobre 2022 par le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en application de l'article L. 232-3 du code des relations entre le public et l'administration.
7. L'association One Voice dont l'objet social est aux termes de ses statuts, notamment, la protection et la défense des animaux quelle que soit l'espèce à laquelle ils appartiennent, la généralisation d'un mode de vie non destructeur et non-violent à l'égard des animaux et la défense d'une société non-violente, respectueuse des animaux, et dont l'action en justice fait également partie des moyens d'action, est quant à elle titulaire d'un agrément au titre de l'article L. 141-1 du code de l'environnement depuis le 5 janvier 2019, ainsi que le confirme l'attestation délivrée par le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en application de l'article L. 232-3 du code des relations entre le public et l'administration, et ainsi qu'il ressort de la liste des associations agréées dans le cadre national au titre de la protection de l'environnement, publiée en annexe de l'arrêté du 31 mai 2021 portant publication de la liste des associations agréées au titre de la protection de l'environnement dans le cadre national.
8. Dans ces conditions, eu égard à l'objet de l'arrêté de la préfète de la Creuse du 2 juin 2023 en litige et nonobstant la circonstance que les effets qui y sont attachés soient limités dans leur périmètre géographique et leur temporalité, les deux associations requérantes justifient, en application de l'article L. 142-1 du code de l'environnement, d'un intérêt pour agir à son encontre, en tant qu'il autorise, dans le département de la Creuse, une période complémentaire de chasse du blaireau par vénerie sous terre du 1er juillet au 14 septembre 2023, sans qu'ait d'incidence la circonstance éventuelle qu'elles ne justifieraient pas d'actions antérieures particulières pour la protection et la préservation de cette espèce, sur le territoire national ou creusois. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'absence d'intérêt pour agir doit être écartée.
9. Par ailleurs, l'illégalité éventuelle des statuts et du fonctionnement des associations requérantes n'est pas utilement invocable pour contester la recevabilité de leur action devant le juge administratif, a fortiori en référé.
10. Il résulte de ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées par la fédération départementale des chasseurs de la Creuse doivent être écartées, en toutes leurs branches.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
11. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
En ce qui concerne l'urgence :
12. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
13. D'une part, il résulte de l'instruction que l'arrêté litigieux est exécutoire depuis plus d'un mois à la date de la présente ordonnance et qu'il est susceptible d'avoir des conséquences sur la population de blaireaux et de blaireautins, dont la protection intègre les intérêts qu'entendent défendre les associations requérantes. D'autre part, dès lors que la préfète de la Creuse ne produit pas d'éléments chiffrés fiables quant à la population de blaireaux dans ce département et alors que l'imputabilité de dégâts significatifs aux blaireaux n'est pas non plus démontrée, aucun intérêt public ne s'oppose à la suspension de l'exécution de l'arrêté litigieux. Par conséquent, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté :
14. Aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique. / Le principe de prélèvement raisonnable sur les ressources naturelles renouvelables s'impose aux activités d'usage et d'exploitation de ces ressources. En contrepartie de prélèvements raisonnés sur les espèces dont la chasse est autorisée, les chasseurs doivent contribuer à la gestion équilibrée des écosystèmes. La chasse s'exerce dans des conditions compatibles avec les usages non appropriatifs de la nature, dans le respect du droit de propriété. ". Aux termes de l'article L. 424-10 du même code : " Il est interdit de détruire, d'enlever ou d'endommager intentionnellement les nids et les œufs, de ramasser les œufs dans la nature et de les détenir. Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts. / A condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, des dérogations aux interdictions prévues au premier alinéa relatives aux nids et aux œufs peuvent être accordées par l'autorité administrative : / 1° Dans l'intérêt de la protection de la faune et de la flore sauvages et de la conservation des habitats naturels ; / 2° Pour prévenir des dommages importants, notamment aux cultures, à l'élevage () ".
15. Enfin, aux termes de l'article R. 424-5 de ce code : " La clôture de la vénerie sous terre intervient le 15 janvier. / Le préfet peut, sur proposition du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, autoriser l'exercice de la vénerie du blaireau pour une période complémentaire à partir du 15 mai. ". Il résulte ainsi des dispositions du deuxième alinéa de l'article R. 424-5 du code de l'environnement que, si elles permettent au préfet d'autoriser une période de chasse complémentaire par vénerie sous terre du blaireau à compter du 15 mai, elles n'ont pas pour effet d'autoriser la destruction de petits blaireaux ou de nuire au maintien de l'espèce dans un état de conservation favorable, le préfet étant notamment tenu, pour autoriser cette période de chasse complémentaire, de s'assurer, en considération des avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et des circonstances locales, qu'une telle prolongation n'est pas de nature à porter atteinte au bon état de la population des blaireaux ni à favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de destruction des petits blaireaux.
16. Il résulte de l'instruction, notamment des données et informations de la littérature scientifique produite par les associations requérantes sur la reproduction des blaireaux, lesquelles ne sont pas sérieusement contredites par les éléments produits en défense, que les naissances interviennent entre les mois de janvier et avril et que le sevrage intervient généralement dans les quatre premiers mois de vie des blaireautins, alors par ailleurs que ceux-ci n'atteignent leur taille adulte et ne sont pleinement émancipés de leur mère qu'à la fin de leur premier automne. Dès lors que l'arrêté litigieux a autorisé une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau à compter du 1er juillet 2023, il emporte nécessairement des conséquences sur la population des jeunes blaireaux. Si la préfète de la Creuse fait valoir que la vénerie sous terre des blaireaux, dont la pratique est subordonnée au respect d'une charte éthique, permet une chasse sélective et met les veneurs en mesure de distinguer les adultes des petits, à le supposer établi, il n'est pas démontré ni même allégué que ces derniers pourraient survivre en l'absence d'adultes, notamment leur mère, et après la destruction de leur terrier, alors en outre que l'existence de dommages importants à prévenir n'est pas établie. Dans ces circonstances, l'exercice de la vénerie sous terre, pendant la période complémentaire instituée par l'arrêté en litige du 1er juillet au 14 septembre 2023, apparaît susceptible de causer la mort de petits blaireaux, directement ou indirectement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 424-10 du code de l'environnement apparaît de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
17. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 juin 2023 en tant qu'il a autorisé la pratique de la vénerie sous terre du blaireau pour une période complémentaire comprise entre le 1er juillet et le 14 septembre 2023.
Sur les frais du litige :
18. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser aux associations requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention de la Fédération départementale des chasseurs de la Creuse est admise.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 2 juin 2023 en tant qu'il autorise une période de chasse complémentaire du blaireau par vénerie sous terre du 1er juillet 2023 au 14 septembre 2023 dans le département de la Creuse est suspendue.
Article 3 : L'Etat versera la somme globale de huit cents euros (800 euros) aux associations Aves France et One Voice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Aves France, à l'association One Voice, à la Fédération départementale des chasseurs de la Creuse et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Une copie en sera adressée pour information à la préfète de la Creuse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2023.
Le juge des référés,
D. A
Le greffier en chef,
S. CHATANDEAU
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le Greffier en Chef
S. CHATANDEAU
mf