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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400091

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400091

vendredi 4 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400091
TypeDécision
FormationJUGE UNIQUE F CHRISTOPHE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de Mme C, qui contestait le refus de la CNRACL de lui accorder un départ anticipé à la retraite au titre des carrières longues. La requérante soutenait que ses droits étaient ouverts dès le 1er août 2023, mais le tribunal a rappelé que, pour les agents nés à compter du 1er janvier 1962, l'âge légal de départ est fixé à 62 ans et 6 mois par la loi du 14 avril 2023. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, fondée sur les dispositions du code des pensions civiles et militaires de retraite et du code de la sécurité sociale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 janvier 2024, le 1er août 2024 et le 24 février 2025, Mme A C doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 juillet 2023 par laquelle le directeur de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) a refusé son départ à la retraite au 1er août 2023 dès lors qu'elle n'avait pas atteint l'âge légal ;

2°) de solliciter un nouvel arrêté pour sa rémunération au titre de sa retraite.

Elle soutient que :

- ses droits à la retraite dans le cadre des carrières longues sont ouverts depuis le 31 juillet 2023 puisque la Carsat et la MSA ont validé son départ à la retraite au 1er août 2023 dans le cadre de ce régime ;

- la Carsat lui a confirmé qu'elle disposait bien des 168 trimestres requis dans le cadre des carrières longues et avant la nouvelle réforme ; son relevé de carrière en date du 1er janvier 2023 fait apparaître 169 trimestres et 74 jours ;

- la CNRACL refuse de lui appliquer la règle de l'arrondi pour les 71 jours de durée cotisée en méconnaissance de l'article 8-2 du décret n° 2002-1306 du 26 décembre 2003.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2024, le directeur général de la caisse des dépôts et consignations conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la CNRACL ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Slimani, rapporteur public,

- et les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née le 9 février 1962, ancienne fonctionnaire territoriale, a également exercé au cours de sa carrière des activités salariées. Souhaitant liquider ses droits à pension au titre du dispositif " carrières longues ", elle a déposé au cours de l'année 2023 auprès de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL), une demande de départ anticipé avec date d'effet au 1er août 2023. Par une décision du 11 juillet 2023 dont elle demande l'annulation, le directeur de la CNRACL a rejeté sa demande dès lors qu'elle n'avait pas atteint l'âge légal pour bénéficier d'un départ anticipé à la retraite fixé par la loi 2023-270 du 14 avril 2023, à 62 ans et 6 mois pour les agents nés à compter du 1er janvier 1962.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 26-1 du décret du 26 décembre 2023 précité : " Les dispositions de l'article L. 25 bis du code des pensions civiles et militaires de retraite s'appliquent aux fonctionnaires mentionnés à l'article 1er du présent décret, dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles D. 16-1 à D. 16-3 du même code. " Aux termes de l'article L. 25 bis du code des pensions civiles et militaires de retraite alors en vigueur : " L'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite résultant de l'application de l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale est abaissé pour les fonctionnaires relevant du régime des pensions civiles et militaires de retraite qui ont commencé leur activité avant un âge et dans des conditions déterminés par décret et ont accompli une durée totale d'assurance et de périodes reconnues équivalentes dans ce régime et, le cas échéant, dans un ou plusieurs autres régimes obligatoires au moins égale à une limite définie par le même décret, tout ou partie de cette durée totale ayant donné lieu à cotisations à la charge du fonctionnaire. Ce décret précise les modalités d'application du présent article et, notamment, les conditions dans lesquelles, le cas échéant, une partie des périodes de service national et les périodes pendant lesquelles les fonctionnaires ont été placés en congé de maladie statutaire ainsi que les périodes comptées comme périodes d'assurance dans un ou plusieurs autres régimes obligatoires au titre de la maladie, de la maternité et de l'inaptitude temporaire peuvent être réputées avoir donné lieu au versement de cotisations. ". Aux termes de l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale alors en vigueur : " L'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite mentionné au premier alinéa de l'article L. 351-1 du présent code, à l'article L. 732-18 du code rural et de la pêche maritime, au 1° du I de l'article L. 24 et au 1° de l'article L. 25 du code des pensions civiles et militaires de retraite est fixé à soixante-deux ans pour les assurés nés à compter du 1er janvier 1955 ". Aux termes de l'article L. 161-17-3 de ce code alors en vigueur : " Pour les assurés des régimes auxquels s'applique l'article L. 161-17-2, la durée d'assurance nécessaire pour bénéficier d'une pension de retraite au taux plein et la durée des services et bonifications nécessaire pour obtenir le pourcentage maximum d'une pension civile ou militaire de retraite sont fixées à : /2° 168 trimestres, pour les assurés nés entre le 1er janvier 1961 et le 31 décembre 1963 ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article D. 16-1 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " I. - L'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite est abaissé à soixante ans, en application de l'article L. 25 bis, pour les fonctionnaires ayant débuté leur activité avant l'âge de vingt ans et qui justifient, dans le régime des pensions civiles et militaires de retraite et, le cas échéant, dans un ou plusieurs autres régimes obligatoires, d'une durée d'assurance ayant donné lieu à cotisations à leur charge au moins égale à la durée d'assurance définie à l'article L. 14 et applicable l'année où ils atteignent l'âge de soixante ans. II. ' L'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite est abaissé, en application de l'article L. 25 bis, pour les assurés qui justifient, dans le régime des pensions civiles et militaires de retraite et, le cas échéant, dans un ou plusieurs autres régimes obligatoires, d'une durée d'assurance ayant donné lieu à cotisations à leur charge, au moins égale aux seuils définis ci-après : / () K. ' Pour les fonctionnaires nés à compter du 1er janvier 1960 : A cinquante-huit ans pour les fonctionnaires justifiant d'une durée d'assurance cotisée au moins égale à la durée d'assurance définie à l'article L. 14 et applicable l'année où l'assuré atteint l'âge de soixante ans, majorée de huit trimestres, et ayant débuté leur activité avant l'âge de seize ans. ". L'article D. 16-2 de ce code dispose que :

" II. - Sont également réputées avoir donné lieu à cotisations les périodes accomplies dans les autres régimes obligatoires de base et réputées comme telles en application du présent article ou, dans les conditions qu'elles fixent, de dispositions réglementaires ayant le même objet. Les trimestres réputés cotisés dans le régime des pensions civiles et militaires de retraite et dans les autres régimes obligatoires de base sont pris en compte dans les limites suivantes : / () 6° Les trimestres réputés cotisés au titre des périodes comptées comme périodes d'assurance au titre du chômage et des périodes au cours desquelles l'agent a perçu l'indemnité mentionnée au II de l'article L. 5122-1 du code du travail ne peuvent excéder quatre trimestres. ". Aux termes de l'article D. 16-3 du même code : " Pour l'application de la condition de début d'activité définie à l'article D. 16-1, sont considérés comme ayant débuté leur activité avant l'âge de seize, dix-sept ou vingt ans les fonctionnaires justifiant : / - soit d'une durée d'assurance d'au moins cinq trimestres à la fin de l'année au cours de laquelle est survenu, respectivement, leur seizième, dix-septième ou vingtième anniversaire () ".

4. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que Mme C a commencé à travailler avant l'âge de 20 ans et qu'elle justifiait, avant la fin de l'année de ses 20 ans, d'une durée de cotisation d'au moins cinq trimestres. Toutefois, pour refuser de lui accorder un départ anticipé à la retraite au 1er août 2023, la CNRACL a considéré que si Mme C, née le 9 février 1962, totalisait à la fin de l'année civile de son vingtième anniversaire cinq trimestres de cotisations, elle ne justifiait pas d'une durée d'assurance cotisée de 168 trimestres pour bénéficier du départ anticipé à la retraite à cette même date. La CNRACL a ainsi retenu dans ses dernières écritures une durée d'assurance cotisée de 167 trimestres et 71 jours. Si la requérante se prévaut d'un relevé de carrière en date du 1er janvier 2023 faisant apparaître un total de 169 trimestres, ce document qui se présente comme purement indicatif constitue un document préparatoire à la mise à la retraite et à la liquidation de la pension et n'est établi qu'en l'état des informations portées, à la date de sa délivrance, à la connaissance du service l'ayant délivré par l'administration gestionnaire du fonctionnaire concerné. Ainsi, la CNRACL, organisme gestionnaire des droits à pension des agents des collectivités locales auquel la requérante est rattachée depuis le 1er juillet 2003, a produit postérieurement au relevé de carrière, le 23 novembre 2023, un décompte de sa durée d'assurance cotisée faisant apparaitre un solde de 167 trimestre et 71 jours. Cette synthèse de carrière relative aux trois régimes auxquels Mme C a cotisé, à savoir le régime général, la mutualité sociale agricole et la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, fait apparaître que pendant l'année 2003, elle a cotisé à hauteur de six trimestres concomitamment à plusieurs régimes de retraite entrainant un écrêtement de deux trimestres dès lors que seuls quatre peuvent être comptabilisés par année, expliquant ainsi la différence de deux trimestres entre les deux relevés. Par suite, le moyen sera écarté.

5. Aux termes, enfin, de l'article 8 du décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 précité : " Les services et leurs modalités de décompte pris en compte dans la constitution du droit à pension sont : 1° Les services mentionnés à l'article L. 5 du code des pensions civiles et militaires de retraite. / (). Dans le décompte final des trimestres admis à validation, la fraction de trimestre égale ou supérieure à quarante-cinq jours est comptée pour un trimestre. La fraction de trimestre inférieure à quarante-cinq jours est négligée. / () . ".

6. La requérante soutient qu'en application de cette règle de l'arrondi, la CNRACL devrait valider les 71 jours restants comme un trimestre entier, lui permettant ainsi de comptabiliser les 168 trimestres requis pour un départ anticipé. Toutefois, il résulte des dispositions de l'article 8 que les règles d'arrondi ne s'appliquent pas pour le calcul de la durée d'assurance au sens de l'article L. 14 du code des pensions civiles et militaires de retraite mais dans le cadre de la liquidation des droits à pension, laquelle intervient au jour de fin d'activité du pensionné. Or, il résulte de l'instruction et comme la requérante le précise qu'elle a cessé ses activités le 31 juillet 2023 comptabilisant deux trimestres au 30 juin 2023 et 30 jours jusqu'au 31 juillet de cette même année, soit un reliquat de durée inférieur au 45 jours prévus à l'article 8 du décret précité. Dès lors, la règle de l'arrondi ne pouvait trouver à s'appliquer. Le moyen sera par conséquent écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 11 juillet 2023 refusant à Mme C le bénéfice d'un départ anticipé à la retraite au 1er août 2023 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au directeur de la caisse des dépôts et consignations.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2025.

Le magistrat désigné,

F. B

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. D

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