lundi 13 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400112 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELARL RAYNAL DASSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2024, et un mémoire, enregistré le 23 octobre 2024, le service départemental d'incendie et de secours de la Corrèze (SDIS 19), représenté par la SELARL BRG, agissant par Me Mouriesse, demande au juge des référés :
1°) de condamner, solidairement ou chacun pour sa part, respectivement le cabinet d'architecte Jean Mouly et son assureur, la société Corrèze Levage Montage (CLM) par son assureur, et la société Socotec Construction et son assureur, à lui verser une première provision d'un montant de 42 500 euros au titre de la réparation de dommages sur son bâtiment logistique au titre de la garantie décennale, une deuxième provision d'un montant de 13 427,55 euros au titre des frais engagés pendant les opérations d'expertise, et une troisième provision de 5 200 euros au titre d'un préjudice de jouissance, l'ensemble augmenté des intérêts au taux légal avec anatocisme, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;
2°) de mettre à la charge solidaire des mêmes une somme de 5 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa demande, fondée sur la garantie décennale des constructeurs, entre dans le champ de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;
- sur le caractère non sérieusement contestable : les désordres, susceptibles d'évolution, non apparents à la réception des travaux, sont établis par l'expertise et leur origine identifiée ; ces désordres trouvent leur cause dans des manquements de ses cocontractants ; ces désordres rendent l'ouvrage impropre à sa destination ;
- sur la détermination du montant de la provision : l'expertise a évalué le coût des travaux de réparation dont il justifie en outre par des devis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le cabinet d'architecte Jean Mouly, représenté par Me Raynal, avocat, conclut au rejet de la demande et à ce que soit mise à la charge du SDIS une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, sans contester les constats établis par l'expertise, qu'il démontre son absence de responsabilité dans la survenance des dommages, ce qui constitue une contestation sérieuse à appréhender globalement dans le litige par le juge des référés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, la SAS Socotec Construction, représentée par Me Viaud, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du SDIS 19 une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la créance dont se prévaut le SDIS 19 est sérieusement contestable à son encontre dans son principe, dès lors qu'aucun manquement ne saurait lui être imputé au titre des missions de contrôle technique qui lui avaient exclusivement été confiées et tandis que les travaux avaient été réceptionnés sans réserve alors que les dommages sont apparents.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs du juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant. Il en découle qu'il appartient au demandeur d'apporter tous les éléments utiles à l'appui de la démonstration de l'existence, de la nature, de la consistance et du montant de la créance dont il se prévaut.
2. Par un acte d'engagement du 9 mai 2017, le service départemental d'incendie et de secours de la Corrèze (SDIS 19) a signé un marché pour la construction de son groupement logistique à Tulle. Le lot " gros œuvre et démolition " a été attribué à la société Corrèze Levage Montage (CLM), représentée à l'instance par son liquidateur désigné, tandis que la maîtrise d'œuvre a été confiée au cabinet d'architecte Jean Mouly et le contrôle technique à la société Socotec Construction. Les travaux ont été réceptionnés sans réserve le 5 juin 2018. La société CLM est intervenue dans le cadre de la garantie de parfait achèvement à l'été 2019 pour la reprise des seuils en béton, dégradés, des portes sectionnelles des ateliers côté ouest du bâtiment. Peu après ces travaux, le SDIS 19 a constaté des infiltrations d'eau lors des pluies provenant d'un défaut d'étanchéité entre lesdits seuils et la base des portes. A l'issue d'une expertise amiable, Axa France, l'assureur de la société CLM, a proposé le 2 février 2022 l'indemnisation des désordres à hauteur de 4 282,34 euros. Le SDIS 19 a refusé cette proposition, avant de mettre le 29 avril 2022 Axa France en demeure de l'indemniser à hauteur de 16 880,99 euros. Par une ordonnance du 11 juillet 2022, le président du tribunal, saisi par le SDIS 19 d'une demande de constat en référé, a désigné un expert qui a remis son rapport de constat le 28 juillet 2022. Par une ordonnance en référé du 1er décembre 2022, le président du tribunal administratif a désigné M. A en qualité d'expert judiciaire. Celui-ci a déposé son rapport le 16 septembre 2023. Au vu des conclusions de ce rapport, le SDIS 19 demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner, solidairement ou chacun pour sa part, respectivement le cabinet d'architecte Jean Mouly et son assureur, la société Corrèze Levage Montage (CLM) par son assureur, et la société Socotec Construction et son assureur, à lui verser une première provision d'un montant de 42 500 euros au titre de la réparation de dommages sur son bâtiment logistique au titre de la garantie décennale, une deuxième provision d'un montant de 13 427,55 euros au titre des frais engagés pendant les opérations d'expertise, et une troisième provision de 5 200 euros au titre d'un préjudice de jouissance.
Sur la compétence du juge administratif :
3. Il n'appartient qu'aux juridictions judiciaires de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et à raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relève du juge administratif. En conséquence, la juridiction judiciaire est seule compétente pour connaître des conclusions du SDIS 19 dirigées contre la société Axa France, en sa qualité d'assureur de la société CLM, nonobstant la procédure de liquidation judiciaire dont cette dernière fait l'objet, et contre les assureurs du cabinet d'architecture Jean Mouly et de la société Socotec Construction, auxquels est imputée la responsabilité de désordres résultant de l'exécution défectueuse du marché public de travaux en cause. Il s'ensuit que les conclusions susvisées qui sont présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins de provision :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
4. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Il incombe au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la garantie décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 3 août 2022, que les désordres, qui affectent les six garages du bâtiment exposés aux intempéries, consistent en la pénétration, puis la stagnation, des eaux pluviales ruisselantes sur le parking et sur les portes sectionnelles par le dessous de ces dernières, jusqu'à plusieurs mètres à l'intérieur des ateliers, entraînant des dégradations progressives du sol et des tabliers des portes, ainsi qu'un risque pour les équipements entreposés. Si les désordres en cause ne sont pas de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage, ils sont en revanche, et selon les conclusions de l'expert dans son rapport du 16 septembre 2023, importants, évolutifs, et de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination. Ainsi, compte tenu des conclusions précises de l'expert, les désordres en cause, constatés au cours du délai d'épreuve de la garantie décennale, sont de nature de manière progressive à rendre l'ouvrage, qui est un établissement public assurant la logistique opérationnelle de services de secours, impropre à sa destination alors même que ces désordres ne se seraient pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans et que l'absence de précision sur cette échéance n'est pas de nature à leur ôter leur caractère décennal dès lors que le processus d'aggravation est inéluctable. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les défendeurs, par leur nature ainsi décrite ces dommages, qui se produisent et évoluent uniquement lorsque leur cause, la pluie, intervient, ne pouvaient être regardés comme apparents à la date de la réception des travaux, le 5 juin 2018, ce facteur causal n'ayant pas à cette date encore pu révéler ses conséquences, ainsi que le relève l'expert dans ses conclusions.
6. Il résulte également de l'instruction que, si le maître d'œuvre avait donné, trois mois avant la réception des travaux, l'ordre à la société CLM de reprendre les seuils de porte pour les mettre en conformité, celle-ci n'a effectué qu'un an après cette date des travaux de reprise qui en tout état de cause ont eu pour effet d'aggraver les désordres, tandis que la société Socotec Construction n'a pas émis d'avis défavorable sur les seuils en leur état non conforme au jour de la réception. Il ressort de l'enchaînement chronologique de ces circonstances et des attributions respectives de la société CLM, constructeur, du cabinet d'architecte Jean Mouly, maître d'œuvre à qui il incombait de s'assurer de l'exécution de son ordre ou d'avertir le maître d'ouvrage avant la réception, et de la société Socotec Construction, dans le cadre de sa mission de contrôle technique, une responsabilité solidaire des trois défendeurs.
7. Il résulte de tout ce qui précède que le SDIS 19 est fondé à invoquer l'existence, de manière non sérieusement contestable, de l'obligation qu'il fait valoir à l'encontre de la société CLM, du cabinet d'architecte Jean Mouly et de la société Socotec Construction.
En ce qui concerne le montant de la provision :
8. En premier lieu, les parties ne remettent pas en cause le chiffrage par l'expert du montant des réparations préconisées par le rapport, elles-mêmes non contestées dans leur nature ou leur étendue, pour un montant de 40 000 euros. Par ailleurs, le SDIS 19 justifie, par la production à l'instance de devis, de la nécessité, en lien avec les travaux de réparation, de vérifier les fixations des ponts élévateurs de l'atelier affectées par les conséquences des infiltrations, pour une somme de 2 500 euros.
9. En deuxième lieu, il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur les dépens de l'instance, dont relèvent les frais d'expertise, taxés et liquidés pour un montant de 4 415,28 euros par une ordonnance du président du tribunal administratif en date du 23 novembre 2023. Enfin, les honoraires du conseil du SDIS 19 ne peuvent être indemnisés au titre du coût des opérations d'expertise, mais uniquement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La demande présentée à ce titre par le SDIS 19 doit dès lors être rejetée.
10. En dernier lieu, si le SDIS 19 fait état à divers chefs d'un préjudice de jouissance, il ne l'établit pas dans sa réalité, sa consistance et son montant. Il ne justifie ainsi pas à ce titre d'une créance non sérieusement contestable. Sa demande de provision à ce titre ne peut dès lors qu'être rejetée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la société CLM, le cabinet d'architecte Jean Mouly et la société Socotec Construction, doivent être condamnés à verser, solidairement, une somme de 42 500 euros à titre de provision sur la réparation des dommages affectant le bâtiment du SDIS 19. Il sera fait droit à la demande d'intérêts, à compter de la date d'enregistrement de la requête. N'y ayant une année écoulée à la date de la présente ordonnance, la demande de capitalisation de ces derniers doit être rejetée.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société CLM, du cabinet d'architecte Jean Mouly et de la SAS Socotec Construction, pour chacun, une somme de 2 000 euros à verser au SDIS 19 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que le SDIS 19 verse une somme aux défendeurs à la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : Le cabinet d'architecte Jean Mouly, la société Corrèze Levage Montage (CLM), et la SAS Socotec Construction sont condamnées à verser, solidairement, au service départemental d'incendie et de secours de la Corrèze (SDIS 19) une somme de quarante-deux mille cinq cents euros (42 500 euros) à titre de provision sur la réparation des désordres affectant le bâtiment du groupement logistique à Tulle, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 19 janvier 2024.
Article 2 : la société CLM, le cabinet d'architecte Jean Mouly et la SAS Socotec Construction, verseront, chacun, une somme de deux mille euros (2 000 euros) au SDIS 19 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au service départemental d'incendie et de secours de la Corrèze (SDIS 19), à la société CLM, au cabinet d'architecte Jean Mouly et à la SAS Socotec Construction.
Limoges, le 13 janvier 2025.
Le juge des référés,
D. JOSSERAND-JAILLET
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef,
A. BLANCHON
if
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026