jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401599 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | MONPION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 30 août 2024 et le 18 septembre 2024, l'association One voice, représentée par Me Arnal et Me Monpion, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté préfectoral du 1er août 2024 autorisant des battues " affinitaires " par tir contre des sangliers sur mission préfectorale, du 15 août 2024 au 31 mars 2025, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge du préfet de l'Indre une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté préfectoral porte atteinte aux intérêts qu'elle cherche à protéger, à savoir la protection du bien-être animal et la sauvegarde de la biodiversité ; que cette atteinte est immédiate puisque l'arrêté litigieux a pris effet le 15 août 2024 pour une durée de plus de sept mois ; que la gravité de l'atteinte portée aux intérêts qu'elle défend est établie dès lors que les atteintes sont irréversibles, qu'il n'y a pas de limite ou de contrôle strict sur le nombre de destructions autorisées, qu'il n'y a pas de liste limitative des moyens pouvant être utilisés et qu'il est offert la possibilité de porter atteinte à l'intégrité d'autres espèces que le sanglier ; et, enfin, qu'il n'existe aucun intérêt public justifiant l'exécution de l'arrêté attaqué ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
' l'arrêté litigieux a été adopté en méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement dès lors que l'autorité administrative souhaitant adopter un acte autorisant des opérations de destruction d'animaux est tenue de soumettre cette décision à une consultation publique avant sa mise en œuvre, laquelle doit fournir des informations claires sur le contexte et les impacts attendus de la décision ;
' l'arrêté litigieux a été adopté en méconnaissance des dispositions de l'article L. 427-6 du code de l'environnement dès lors qu'il n'a pas été précédé de l'avis du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt ainsi que du président de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs ;
' l'arrêté litigieux ne permet pas que les destructions demeurent sous le contrôle du préfet dans la mesure où il fixe un cadre très général qui permet aux lieutenants de louveterie de procéder à des battues dites " affinitaires ", une terminologie non reconnue légalement, afin de détruire par tir des sangliers ;
' l'arrêté litigieux semble avoir pour objet de contourner les règles strictes encadrant les battues administratives dans la mesure où, d'une part, il introduit la notion de " battues affinitaires ", qui ne trouve aucun fondement dans le code de l'environnement ou dans la réglementation existante, et, d'autre part, il ne respecte pas les conditions énumérées par l'article L. 427-6 du code de l'environnement dès lors qu'il autorise des battues sur tout le département et sur une durée excessive de sept mois ;
' les battues administratives ne sont pas nécessaires au regard des alternatives existantes ;
' la nécessité de recourir à des battues administratives n'est pas démontrée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'urgence à suspendre est sans objet dès lors que la suspension de l'arrêté entraînera automatiquement l'organisation de battues administratives ;
- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision :
' la question des battues affinitaires a fait l'objet d'une consultation du public ;
' la décision autorisant les battues affinitaires est conforme au code de l'environnement ;
' il n'y a aucune délégation de pouvoir dès lors qu'il a simplement confié une mission aux lieutenants de louveterie.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 30 août 2024 sous le n° 2401600 par laquelle l'association One voice demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Monpion, représentant l'association One voice, qui reprend et développe les moyens présentés dans ses écritures ;
- et les observations de M. B, représentant la préfecture de l'Indre, qui reprend et développe les moyens présentés dans ses écritures.
L'instruction a été clôturée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 1er août 2024, le préfet de l'Indre a autorisé les lieutenants de louveterie du département de l'Indre, dans leur circonscription respective, à procéder à des battues " affinitaires " de destruction par tir de sangliers, sur la période du 15 août 2024 au 31 mars 2025. L'association One voice demande la suspension de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour justifier de l'urgence qu'elle invoque, l'association requérante soutient notamment que l'arrêté attaqué, applicable depuis le 15 août 2024, porte gravement atteinte aux intérêts qu'elle défend, la protection du bien-être animal à l'échelle individuelle et la protection de la biodiversité à l'échelle des espèces, dès lors que celui-ci aura des effets irréversibles sur les populations de sangliers dans le département. Il résulte toutefois de l'instruction et des termes mêmes de la décision litigieuse que cet arrêté a pour objet d'autoriser les lieutenants de louveterie du département à procéder à des battues affinitaires de destruction par tir de sangliers afin de réduire les dégâts occasionnés par les sangliers sur les cultures et prairies de plusieurs communes du département, de réduire en conséquence la population de sangliers afin de préserver l'activité économique des exploitants agricoles et d'éviter les risques de collisions routières liés à leur présence. En outre, et alors qu'il ressort, d'une part, du compte-rendu de la réunion du 12 juin 2024 de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage qu'alors même que les prélèvements de sangliers ont doublé entre 2015 et 2023, le montant des dégâts provoqués par ces derniers sur les cultures a été multiplié par trois sur cette même période et, d'autre part, de la note de présentation du 23 mai 2024 destinée à permettre la consultation du public avant l'édiction de l'arrêté portant organisation de la campagne de chasse 2024-2025, que les sangliers sont responsables des trois quart des coûts d'indemnisation supportés par la fédération des chasseurs de l'Indre qui ne cessent d'augmenter tous les ans et qui sont passés de 471 878 euros en 2016 à 1 341 058 euros, 1 242 096 euros et 839 365 euros pour les années 2021, 2022 et 2023, il ne résulte pas des éléments produits, concernant notamment la présence des sangliers dans le département de l'Indre, que l'exercice de cette activité de destruction par tir des sangliers dans ce département dans les conditions définies par l'arrêté litigieux, bien que s'étalant sur une période de sept mois et demi, aurait un impact significatif sur les populations de sangliers et leur état de conservation. Ainsi, en l'état de l'instruction, et même si l'arrêté est exécutoire depuis le 15 août et aura produit tous ses effets le 31 mars 2025, il n'est pas établi que la mesure litigieuse porterait une atteinte suffisamment grave à la préservation du sanglier, à la situation de l'association requérante, aux intérêts que défend l'association ou à un intérêt public. Dans ces conditions, les éléments exposés par l'association requérante et les éléments produits au dossier ne permettent pas de regarder les effets de la décision attaquée comme caractérisant une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision qu'elle conteste soit suspendue. Par suite, la condition d'urgence prévue par ces dernières dispositions ne peut être regardée comme étant remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision, que les conclusions à fin de suspension, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions formulées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de l'association One voice est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association One voice et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le juge des référés,
F.J. A
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef,
A. BLANCHON 00if