mardi 3 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401606 |
| Type | Ordonnance |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Karakus, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 17 juillet 2024 par laquelle la préfète de la Creuse a mis fin à sa prise en charge ainsi que celle de sa fille en hébergement d'urgence ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse de maintenir son droit à l'hébergement d'urgence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75-1 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle ne disposera plus de domicile, que sa fille mineure est scolarisée, qu'elle ne dispose d'aucune attache familiale en France ;
- la condition de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est remplie : elle ne dispose d'aucune ressource et se trouve exposée, ainsi que sa fille, à des conditions de vie inhumaines et dégradantes au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- constitue une liberté fondamentale le droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants ;
- elle a fui son pays d'origine, se trouve sans aucune ressource ni aucun logement ou soutien familial en France ; sa fille, mineure, est scolarisée ; le logement qu'elles occupent constituent un droit fondamental ; elle est responsable et vient au soutien de son frère handicapé ;
- le dispositif légal et obligatoire d'hébergement d'urgence est mentionné à l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles.
Vu la requête au fond enregistrée le 1er septembre 2024 sous le n° 2401607.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Siquier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. En l'espèce, Mme B, ressortissante géorgienne âgée de 44 ans, ne dispose d'aucun droit au séjour. Elle est accueillie avec sa fille en accueil d'urgence depuis le 5 août 2019 par le comité d'accueil creusois et la préfète de la Creuse a décidé de mettre fin à cet hébergement à compter du 1er septembre 2024. En se bornant à indiquer que sa fille sans préciser l'âge de celle-ci, est scolarisée, qu'elle assume la charge de son frère, sans préciser ni son âge ni le handicap dont il souffre, et qu'elle ne dispose d'aucune autre solution d'hébergement, la requérante ne démontre pas qu'elle est placée dans des circonstances exceptionnelles qui justifieraient du maintien de son hébergement d'urgence et de celui de sa fille. Dans ces circonstances, en l'absence de doute sérieux quant à la légalité de la décision de la préfète de la Creuse exigé par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour obtenir la suspension de celle-ci n'est pas remplie.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée par application de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du même code.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à Me Karakus.
Fait à Limoges, le 3 septembre 2024.
La juge des référés,
H. SIQUIER
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef,
A. BLANCHON
N°2401606
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