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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2500223

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2500223

lundi 3 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2500223
TypeDécision

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 21 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Indre avait ordonné la suspension de l'activité de pension pour chiens de la SARL Doggies et Compagnie. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la société n'ayant pas justifié d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, notamment au regard de l'absence d'éléments probants sur sa situation financière. La requête a été rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 février 2025, complétée le 27 février 2025, la SARL Doggies et Compagnie, représentée par Me Manya, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 21 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Indre a ordonné la suspension de l'activité de pension pour chiens qu'elle exploite à Chaillac (Indre) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté en litige lui cause une importante perte de chiffre d'affaires et que son modèle économique reposant sur le paiement d'avance, l'absence de facturation des derniers mois de l'année risque de la placer en situation de cessation de paiement, d'autant que l'activité de son autre établissement de Bois-Colombes a également été suspendue ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que l'arrêté litigieux est entaché d'une incompétence de son signataire, d'un vice de procédure faute de mise en demeure préalable et de procédure contradictoire, d'une erreur d'appréciation s'agissant tant de la non-conformité de l'hébergement que de la non-conformité des conditions de fonctionnement, d'une erreur de droit s'agissant de l'absence d'accès à une courette, d'une disproportion et d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2025, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 16 janvier 2025 sous le n° 2500077 par laquelle la SARL Doggies et Compagnie demande l'annulation de l'arrêté du 21 novembre 2024.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à une audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 février 2025, en présence de Mme Guichon, greffière d'audience :

- le rapport de M. A,

- les observations de M. C, représentant la SARL Doggies et Compagnie, et de Mmes B et Mauve, représentant le préfet de l'Indre.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n°2024-128-DDETSPP notifié le 21 novembre 2024, le préfet de l'Indre a décidé la suspension de l'activité de pension pour chiens exercée au sein de l'établissement Doggies et Compagnie sis 3 rue des marronniers à Chaillac (36310), à compter de la notification de cet arrêté et a décidé que cette suspension ne pourrait être levée qu'après, soit constatation par les agents de la direction départementale de la protection des populations de l'Indre (DDPP36) de la mise en conformité de l'établissement à l'ensemble de ses obligations réglementaires en matière de santé, protection animale et d'environnement, soit transmission par l'exploitant d'une déclaration de cessation d'activité. Par la présente requête, la SARL Doggies et Compagnie demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. Pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté attaqué, la société Doggies et Compagnie soutient que le chiffre d'affaires " pension collective " de l'établissement de Chaillac est indispensable à la survie économique de l'entreprise dès lors que, d'après l'attestation fournie par son expert-comptable, ce chiffre d'affaires génère une marge contributive annuelle d'environ 70 000 euros ce qui représente environ 10% des charges annuelles supportées par la société. En outre, la société produit une attestation de son comptable indiquant que la trésorerie de l'entreprise présentait un solde nul à la fin de l'exercice comptable 2024 et que la suspension de l'activité par l'arrêté litigieux la place dans l'impossibilité de restaurer sa trésorerie. Elle soutient également que la situation de la société est également mise en péril par le préjudice commercial qu'elle subit, l'image de la société étant entachée et les clients, informés de la décision de suspension de son activité, renonçant à lui confier leurs chiens. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des explications fournies à l'audience que l'essentiel du chiffre d'affaires de la société repose sur l'établissement de Bois Colombes et que la part marginale des recettes générées par l'établissement de Chaillac est réalisée pendant les vacances scolaires de Noël et d'été. Dans ces conditions et alors que le jugement de l'arrêté contesté est susceptible d'intervenir dans les tout prochains mois, la condition d'urgence à suspendre l'exécution de cet arrêté ne peut être regardée comme remplie.

5. Il y a lieu, par suite, de rejeter la demande de la SARL Doggies et compagnie tendant à la suspension de l'exécution de cette décision. Ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er: La requête de la SARL Doggies et Compagnie est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Doggies et Compagnie et au ministre de l'intérieur. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2025.

Le juge des référés,

D. A

La greffière,

M. GUICHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON00if

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