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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2500353

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2500353

mercredi 5 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2500353
TypeDécision
PublicationD
FormationJUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges, statuant en juge unique, a annulé la décision du 6 février 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à l'enfant mineur de Mme B. Le tribunal a jugé que cette décision était insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle et familiale de l'enfant, en méconnaissance des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a enjoint à l'Ofii de réexaminer la demande dans un délai de quinze jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2025, Mme A B, en sa qualité de représentante légale de son enfant mineur, représenté par Me d'Allivy Kelly, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 6 février 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à son enfant mineur ;

3°) d'enjoindre à l'Ofii, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, d'accorder à son enfant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle présente une situation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a présenté une demande d'aide juridictionnelle enregistrée le 3 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Josserand-Jaillet ;

- les observations de Me d'Allivy Kelly, représentant Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante nigériane née le 25 septembre 1986 à Edo State (Nigéria), ayant donné naissance à une enfant le 1er octobre 2024 à Limoges, a demandé l'asile en son nom le 28 janvier 2025 et sollicité pour celle-ci le bénéfice des conditions matérielles d'accueil auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii). Par une décision du 6 février 2025, le directeur territorial de l'Ofii lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme B, en sa qualité de représentante légale de l'enfant, demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Mme B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 3 mars 2025 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 2, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Toutefois, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () ". À cet égard, l'article L. 531-27 de ce même code prévoit que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Par ailleurs, selon les termes de l'article D. 551-17 dudit code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ". À cet égard, l'article L. 522-3 de ce même code prévoit que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

5. Il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où elle envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'Ofii d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

6. Pour refuser à la fille mineure de Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil après avoir examiné ses besoins et sa situation personnelle et familiale, le directeur territorial de l'Ofii s'est fondé sur le motif tiré de ce que sa représentante légale n'avait pas sollicité l'asile pour elle, sans motif légitime, dans un délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France.

7. La décision contestée vise les textes dont elle fait application, en particulier les dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de l'enfant de Mme B sur lesquelles le directeur territorial de l'Ofii s'est fondé pour lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. S'il ressort de la motivation de cette décision qu'elle a été prise après examen de la situation personnelle et familiale de l'intéressée, mentionnant notamment les autres membres de la famille, il apparaît néanmoins que la date de naissance de l'enfant Aisosa, demanderesse, est erronée pour être mentionnée au 1er janvier 2024. Mme B est ainsi fondée à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur de fait. Eu égard au motif de la décision en litige, fondée sur la circonstance que la demande d'asile a été formée tardivement, pareille erreur, en ce qu'elle révèle la prise en compte d'un délai erroné décompté à partir de la date de naissance de l'enfant, est susceptible d'avoir influé sur le sens de ladite décision, qui eût pu être différente si avait été retenue la date de naissance exacte de l'enfant, le 1er octobre 2024. En effet, cette circonstance a pu influencer l'appréciation par le directeur territorial des éléments avancés par Mme B à l'appui d'un motif légitime au dépôt tardif de la demande d'asile. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision en litige.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation de la décision litigieuse, le présent jugement implique nécessairement, mais seulement, que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration réexamine la demande de l'enfant de Mme B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à ce réexamen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me d'Allivy Kelly, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me d'Allivy Kelly de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où Mme B ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à la requérante.

D E C I D E :

Article 1er: Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:La décision du 6 février 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à l'enfant mineur de Mme B est annulée.

Article 3: Il est enjoint au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Limoges de réexaminer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, la demande de bénéfice des conditions matérielles d'accueil de l'enfant mineur de Mme B.

Article 4: L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me d'Allivy Kelly la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la contribution de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée. Dans le cas où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, cette somme sera versée à Mme B.

Article 5: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6: Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie pour information en sera adressée à Me d'Allivy Kelly.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2025.

Le magistrat désigné,

D. JOSSERAND-JAILLET

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au ministre d'état, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Cheffe

La Greffière

M. C

jb

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