LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2500512

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2500512

mardi 1 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2500512
TypeDécision
FormationJUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges, statuant en juge unique, a rejeté les requêtes de M. B A dirigées contre l’arrêté du 6 mars 2025 par lequel la préfète de la Creuse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé une interdiction de retour de deux ans et l’a assigné à résidence. Le tribunal a estimé que la décision d’éloignement était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas l’article L. 422-1 du CESEDA, dès lors que M. A, étudiant ayant redoublé, ne justifiait pas d’une perspective sérieuse d’obtention de son diplôme en 2025. Il a également jugé que les décisions ne portaient pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l’intéressé au sens de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et que l’assignation à résidence était légale au regard des articles L. 731-1 et suivants du CESEDA.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Sous le n° 2500512, par une requête enregistrée le 12 mars 2025, et un mémoire complémentaire, enregistré le 29 mars 2025, M. B A, représenté par Me Dounies, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2025 par lequel la préfète de la Creuse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, à titre subsidiaire que soit prononcée la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à l'obtention de son diplôme ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse de lui délivrer un titre de séjour, à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination :

- l'obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ;

- s'il a redoublé une fois, il justifie d'un bon cursus scolaire, du sérieux de ses études et de son assiduité, dans la perspective d'obtenir son diplôme en 2025 pour un métier en tension ; l'obligation de quitter le territoire sans délai méconnaît ainsi l'article L. 422-1 du CESEDA ;

- l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination en litige portent une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale en violation notamment de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en interrompant au stade qu'il a atteint ses études par l'effet de l'obligation de quitter le territoire sans délai, la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ; cette interruption méconnaît le droit à la formation qu'il tient de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ces décisions sont entachées d'erreur de fait et d'erreur de droit.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 et le 31 mars 2025, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II. Sous le n° 2500513, par une requête, enregistrée le 12 mars 2025, M. B A, représenté par Me Dounies, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2025 par lequel la préfète de la Creuse l'a assigné à résidence pour quarante-cinq jours dans la commune de Saint-Pierre Bellevue, à titre subsidiaire d'adapter les mesures de présentation aux services de gendarmerie à la situation de fait dont il produit les éléments actuels ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse de lui délivrer un titre de séjour, à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'assignation à résidence ne procède pas d'un examen particulier et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie de garanties de représentation suffisantes ; il ne présente pas de risque de se soustraire à la mesure d'éloignement ;

- ses modalités sont inadaptées à sa situation de fait sur la période ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale en violation notamment de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 et le 31 mars 2025, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B A a présenté une demande d'aide juridictionnelle enregistrée le 12 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu les observations présentées par Me Dounies pour M. A à l'audience du 24 mars 2025 et le report de l'audience publique prononcé sur le siège pour assurer le contradictoire.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Josserand-Jaillet, président honoraire, pour statuer notamment sur les litiges visés aux articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Josserand-Jaillet ;

- les observations de Me Dounies, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant gambien né le 13 novembre 1999 à Bansang, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement le 11 juin 2019 en France où il a formé une demande d'asile, qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 10 juin 2022. Par un arrêté du 14 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. B A s'est maintenu sur le territoire en méconnaissance de cette décision. L'irrégularité de sa présence en France a été révélée par une vérification de son droit au séjour opérée le 6 mars 2025 par les services de gendarmerie d'Aubusson. Par deux arrêtés du même jour, la préfète de la Creuse, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, d'autre part, l'a assigné à résidence pour quarante-cinq jours dans la commune de Saint-Pierre Bellevue. Par ses deux requêtes susvisées, M. B A demande l'annulation de l'un et l'autre de ces deux arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées de M. B A présentent à juger des questions connexes relatives à la situation administrative d'un même étranger et mettent en cause les mêmes parties. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4. M. B A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 12 mars 2025 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 3, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre, eu égard à l'effet de la jonction venant d'être prononcée, d'un même dossier.

Sur l'étendue du litige :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par l'intéressé, que depuis son arrivée irrégulière sur le territoire français, et notamment après le rejet de sa demande d'asile, M. B A n'a formé aucune demande de titre de séjour.

7. Il ressort par ailleurs des termes du dispositif du premier des arrêtés du 6 mars 2025, éclairé par sa motivation, dont M. B A demande l'annulation dans la présente instance que, s'il a pour objet d'obliger l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, de fixer le pays de renvoi et prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, il n'étend pas cet objet ni n'a pour effet de rejeter une demande de titre de séjour qu'aurait présentée M. B A ou de lui refuser le séjour autrement qu'au seul constat de sa situation irrégulière. Il suit de là que la préfète de la Creuse a entendu, pour prendre la décision en litige, se placer exclusivement dans le cas prévu par le 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par ailleurs expressément visé dans l'arrêté en litige. Dès lors, M. B A ne peut utilement faire valoir, par des considérations tirées de ce qu'il poursuit des études notamment en vertu d'un droit qu'il tiendrait de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il serait fondé " à solliciter de (la préfète de la Creuse) qu'(elle) procède au réexamen de sa demande de titre de séjour " étudiant ", titre qu'il n'a ainsi jamais sollicité en tout état de cause avant l'intervention de l'obligation de quitter le territoire en litige.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination en litige :

8. En premier lieu, en vertu du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. La décision portant obligation de quitter le territoire français vise notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. B A est entré en France irrégulièrement sans justifier de documents de voyage, et qu'il s'est maintenu sur le territoire français, après le rejet définitif de sa demande d'asile, en méconnaissance d'une précédente obligation de quitter le territoire français. Elle reprend les principaux éléments de la situation personnelle et familiale du requérant ainsi que les stipulations conventionnelles dont elle fait application et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause. Cette décision, dont aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration qu'elle devrait reprendre exhaustivement tous les éléments de la situation de fait de l'intéressé, est, dès lors, suffisamment motivée notamment au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et, en tout état de cause, de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation, articulé exclusivement à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire, manque dès lors en fait et doit être écarté.

10. En deuxième lieu, le moyen tiré d'une erreur de droit n'est assorti d'aucune précision de nature à permettre d'en apprécier la portée et ne peut, dans ces conditions, qu'être écarté.

11. En troisième lieu, en faisant valoir la qualité de son cursus scolaire, son assiduité et sa motivation, lesquelles ne sont d'ailleurs pas contestées et ont, au regard de la motivation de l'obligation de quitter le territoire en litige, été prises en compte par la préfète de la Creuse, M. B A doit être regardé comme soutenant qu'il remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour en qualité d'étudiant et, par suite entend implicitement se prévaloir de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, si lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-1 du même code, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article ni, le cas échéant, de consulter d'office la commission du titre de séjour quand l'intéressé est susceptible de justifier d'une présence habituelle en France depuis plus de dix ans. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre. Compte tenu de ce qu'il vient d'être dit, le moyen susanalysé, en tant qu'il doit être regardé en exposant les faits tirés de la situation personnelle de M. B A au regard de ses études, comme tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dirigé à l'encontre de l'arrêté contesté, qui comporte uniquement une décision portant obligation de quitter le territoire français et non le refus de délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté comme inopérant.

12. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations, de celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne, laquelle prévoit également que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications " ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

13. M. B A, ressortissant gambien, célibataire, est entré, selon ses déclarations, irrégulièrement sur le territoire français en 2019, à l'âge de dix-neuf ans. Il fait valoir, à l'appui de sa requête, son assiduité et son sérieux dans les études qu'il a entreprises en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle en menuiserie en France. Toutefois, cette circonstance, aussi méritoire soit-elle, et qui s'agissant d'études n'ouvre pas par cette nature une vocation à rester en France, ne suffit pas en elle-même à lui ouvrir un droit au séjour sur le territoire, alors qu'il n'apporte pas d'éléments permettant de démontrer l'existence d'une insertion stable et forte dans la société française, où notamment il est allophone et sans aucune ressource ni perspective à court terme. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, et y a ainsi nécessairement tissé des liens, et où résident notamment ses parents. Par suite, le moyen tiré d'une atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale, tiré notamment de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Par les mêmes motifs, la préfète de la Creuse n'a pas entaché la décision en litige, dont M. B A n'établit pas sur quel point elle serait également entachée d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste dans son appréciation de la situation personnelle de M. B A.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de destination en litige.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire en litige :

15. Par les pièces qu'il produit à l'instance, et qui ont été régulièrement communiquées au défendeur, M. A établit qu'il est amené à participer aux épreuves de la prochaine session d'examen en vue d'obtenir le diplôme sanctionnant ses études très prochainement, à la fin de l'année scolaire en cours. Dans ces conditions, et au regard de la réalité et du sérieux des études poursuivies qu'établit également M. A par les éléments qu'il produit, et alors même que l'intéressé s'est maintenu en situation irrégulière sans solliciter de titre de séjour en qualité d'étudiant, en faisant ainsi obstacle aux chances de M. A d'obtenir son diplôme à terme très proche en conséquence du refus d'un délai de départ volontaire dans ces circonstances, la préfète de la Creuse a entaché cette décision, distincte de l'obligation de quitter le territoire, d'une erreur manifeste dans son appréciation des circonstances particulières de l'espèce. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens articulés à l'appui des conclusions de la requête dirigées contre le refus de délai de part volontaire, M. A est fondé à demander l'annulation de celui-ci.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français en litige :

16. Il résulte des dispositions précitées au point 8 du présent jugement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité préfectorale ne peut légalement assortir une obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français qu'à la condition qu'ait été opposé à l'intéressé un refus de délai de départ volontaire. Dès lors, par voie de conséquence de l'annulation du refus de délai de départ volontaire du 6 mars 2025 qui vient d'être prononcée, ensuite de laquelle cette décision a disparu rétroactivement de l'ordonnancement juridique, l'interdiction de retour sur le territoire français en litige ne peut y trouver son fondement et doit ainsi être annulée.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

17. En premier lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige, qui mentionne les circonstances propres à la situation personnelle de M. B A, et ce dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause, ni des autres pièces du dossier, que la préfète de la Creuse n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L' autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

19. Les mesures contraignantes prises par l'autorité préfectorale sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

20. La décision en litige portant assignation à résidence prévoit, à son article 1er, que M. B A est assigné à résidence dans la commune de Saint-Pierre Bellevue et, à son article 3, qu'il devra se présenter chaque jour, sauf les dimanches et jours fériés, à 10h à la gendarmerie de Felletin. Cette décision précise, à son article 2, qu'il lui est fait interdiction de sortir du territoire de la commune à l'exception des déplacements prévus pour se conformer aux dispositions de l'article 3. Si l'intéressé met en avant qu'il présente des garanties de représentation et que le risque de sa soustraction ne serait pas suffisamment caractérisé par la préfète, il n'assortit pas ses considérations d'éléments qui tendraient à établir le caractère disproportionné de ces mesures. Par ailleurs, s'il fait valoir des difficultés d'organisation tirées de contraintes résultant des conditions de son hébergement par des tiers durant une partie de la période concernée, il n'établit pas que les modalités retenues par la préfète, qui indique au demeurant en dernier lieu instruire une demande d'aménagement, rendraient sa présentation incompatible avec les contraintes dont il fait état. Dans ces conditions, alors que les modalités de cette assignation sont adaptées à l'objectif de l'administration de pourvoir à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont l'intéressé, qui ainsi qu'il a été dit précédemment poursuit ses études à Felletin, fait l'objet, M. B A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Creuse a entaché sa décision portant assignation à résidence d'une erreur manifeste dans son appréciation des conséquences qu'elles entraînent sur sa situation personnelle.

21. Enfin, par les mêmes motifs que ceux exposés aux articles 12 et 13 du présent jugement, outre que M. B A n'indique pas quelles seraient les incidences de la mesure d'assignation à résidence sur sa vie privée et familiale, le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée à cette dernière en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B A est seulement fondé à demander l'annulation du refus de délai de départ volontaire et de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige. Cette annulation implique ainsi uniquement que l'autorité préfectorale prenne une nouvelle décision quant au délai de départ volontaire qu'il y a lieu de laisser à l'intéressé compte-tenu de ce qui a été dit précédemment. Il y a dès lors lieu d'enjoindre à la préfète de réexaminer la situation de M. A au regard de ce délai, et, par voie de conséquence, de rejeter le surplus des conclusions des requêtes à fin d'injonction.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie principalement perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. A au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:Les décisions du 6 mars 2025 par lesquelles la préfète de la Creuse a, d'une part, refusé à M. A un délai de départ volontaire, d'autre part, lui a interdit le retour sur le territoire, sont annulées.

Article 3:Il est enjoint à la préfète de la Creuse de réexaminer, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, le délai de départ volontaire qu'il y a lieu d'octroyer à M. A.

Article 4:Le surplus des conclusions des requêtes de M. B A est rejeté.

Article 5:Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Creuse.

Copie pour information en sera adressée à Me Dounies.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.

Le magistrat désigné,

D. JOSSERAND-JAILLET

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Cheffe

La Greffière

M. C

Nos 2500512, 2500513 10

jb

Nos 2500512, 2500513

Décisions similaires

TA87Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Limoges — N° TA87-2600422

Le Tribunal Administratif de Limoges, statuant en juge unique, a examiné un recours en excès de pouvoir contre le refus de l'Ofii d'accorder les conditions matérielles d'accueil à un demandeur d'asile. Le tribunal a annulé la décision de l'Ofii du 10 octobre 2025, considérant qu'elle était entachée d'une erreur de droit en refusant le bénéfice des conditions d'accueil au motif du statut étudiant du requérant, sans examiner sérieusement sa situation de vulnérabilité et son absence effective de ressources. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la directive européenne 2013/33/UE relative aux conditions d'accueil.

11/03/2026

TA87Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Limoges — N° TA87-2600403

Le Tribunal Administratif de Limoges, statuant en juge unique, a rejeté les requêtes de M. D... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec interdiction de retour et un arrêté d'assignation à résidence. Le tribunal a jugé que le préfet de la Haute-Vienne avait légalement pris ces mesures, estimant que l'étranger, en situation irrégulière et ayant déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ne justifiait pas d'un séjour régulier et que son éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

11/03/2026

TA87Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Limoges — N° TA87-2600428

Le Tribunal Administratif de Limoges, statuant en juge unique, a rejeté les requêtes de M. D... alias C... visant à annuler un arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec interdiction de retour et un arrêté d'assignation à résidence. Le tribunal a estimé que le préfet de la Haute-Vienne avait légalement pris ces mesures, notamment au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), après avoir constaté l'entrée et le séjour irréguliers du requérant sur le territoire national. Il a également jugé que les moyens tirés de la violation du droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) et des droits de l'enfant n'étaient pas fondés en l'espèce.

11/03/2026

TA87Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Limoges — N° TA87-2600480

Le Tribunal Administratif de Limoges, statuant en juge unique, a examiné un recours en excès de pouvoir contre plusieurs arrêtés préfectoraux (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour et assignation à résidence) pris à l'encontre d'un ressortissant marocain. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que les mesures contestées étaient légales et proportionnées au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également rejeté la demande d'aide juridictionnelle provisoire et n'a pas alloué les sommes demandées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11/03/2026

← Retour aux décisions