mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-1907612 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET VIVIEN & ASSOCIES (AARPI) |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée le 11 juillet 2019 sous le n° 1907612 et un mémoire en réplique, enregistré le 15 juillet 2020, la société de droit néerlandais BKV Montage BV, représentée par Me Chapus, demande au tribunal :
1°) de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 4 426,99 euros dont elle s'estime titulaire au titre de la période correspondant à l'année 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'administration fiscale ne peut lui opposer la forclusion de sa demande, formée le 27 mars 2019, en se prévalant des dispositions du I de l'article 240- 0 R de l'annexe II au code général des impôts dans leur rédaction entrée en vigueur seulement le 10 octobre 2018, que le délai qu'elles instituent ne saurait concerner que les demandes de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée se rapportant à des périodes courues à compter du 1er janvier 2018 sauf, eu égard notamment à la décision n° 392575 rendue le 4 décembre 2017 par le Conseil d'Etat, à méconnaître les principes d'effectivité, de confiance légitime et de sécurité juridique du droit de l'Union européenne en lui opposant des modalités procédurales qui rendent impossible ou excessivement difficile l'exercice des droits qu'elle tient notamment de la directive du 12 février 2008 et soulève ainsi l'illégalité par voie d'exception du décret n° 2018-865 du 8 octobre 2018.
Par un mémoire en défense enregistré les 10 avril 2020 et une lettre purement confirmative du 28 août 2020, cette dernière n'ayant pas été communiquée, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la requête est irrecevable faute pour la requérante d'avoir formulé sa demande de remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée afférent à l'année 2015 avant le 1er octobre 2018, conformément aux prescriptions de l'article 242- 0 R de l'annexe II au code général des impôts dans sa rédaction issue du décret n° 2018-865 du 8 octobre 2018.
La clôture de l'instruction a été fixée au 1er octobre 2021 par ordonnance du 8 septembre 2021.
II - Par une requête enregistrée le 11 juillet 2019 sous le n°1907613 et un mémoire en réplique enregistré le 15 juillet 2020, la société de droit néerlandais BKV Montage BV, représentée par Me Chapus, demande au tribunal :
1°) de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 214,42 euros dont elle s'estime titulaire au titre de la période correspondant à l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle invoque les mêmes moyens que ceux soulevés au soutien de la requête n° 1907612.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 10 avril 2020 et une lettre purement confirmative du 28 août 2020, cette dernière n'ayant pas été communiquée, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au rejet de la requête pour les mêmes motifs que ceux exposés dans l'instance n° 1907612.
La clôture de l'instruction a été fixée au 1er octobre 2021 par ordonnance du 8 septembre 2021.
III - Par une requête enregistrée le 11 juillet 2019 sous le n° 1907615 et un mémoire en réplique enregistré le 15 juillet 2020, la société de droit néerlandais BKV Montage BV, représentée par Me Chapus, demande au tribunal :
1°) de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 158 664,20 euros dont elle s'estime titulaire au titre de la période correspondant à l'année 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle invoque les mêmes moyens que ceux soulevés au soutien des requêtes n° 1907612 et n° 1907613.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 avril 2020 et une lettre purement confirmative du 28 août 2020, cette dernière n'ayant pas été communiquée, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au rejet de la requête pour les mêmes motifs que ceux exposés dans les instances n° 1907612 et n° 1907613.
La clôture de l'instruction a été fixée au 1er octobre 2021 par ordonnance du 8 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-la directive 2008/9/CE du 12 février 2008 définissant les modalités de remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée, prévu par la directive 2006/112/CE, en faveur des assujettis qui ne sont pas établis dans l'Etat membre du remboursement ;
- le décret n° 2018-865 du 8 octobre 2018 ;
- la décision n°392575 rendue le 4 décembre 2017 par le Conseil d'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les conclusions de M. Noël, rapporteur public ;
- et les observations de Me Chapus pour la société BKV Montage BV.
Considérant ce qui suit :
1. La société de droit néerlandais BKV Montage BV a, le 27 mars 2019, déposé trois demandes de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée respectivement relatives à un montant de 4 426,99 euros au titre de la période correspondant à l'année civile 2015, à un montant de 214,42 euros au titre de la période correspondant à l'année civile 2016 et à un montant de 158 664,20 euros au titre de la période correspondant à l'année civile 2017. Ces demandes, qui valent réclamation préalable, ont été rejetées pour forclusion le 28 mars 2019 par l'administration.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 1907612, 1907613 et 1907615 concernent la situation du même contribuable, présentent à juger des impositions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur la fin de non-recevoir opposée aux conclusions tendant au remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée en litige :
3. Aux termes de l'article 7 de la directive susvisée du 12 février 2008 : " Pour bénéficier d'un remboursement de la TVA dans l'Etat membre de remboursement, l'assujetti non établi dans l'Etat membre du remboursement adresse à cet Etat membre une demande de remboursement électronique, qu'il introduit auprès de l'Etat membre dans lequel il est établi, via le portail électronique qui est mis à disposition par ce même Etat membre " ; aux termes de l'article 15 de la même directive : " 1. La demande de remboursement est introduite auprès de l'Etat membre d'établissement au plus tard le 30 septembre de l'année civile qui suit la période du remboursement. La demande de remboursement est réputée introduite uniquement lorsque le requérant a fourni toutes les informations exigées aux articles 8, 9 et 11. / 2. L'Etat membre d'établissement accuse, par voie électronique, réception de la demande dans les meilleurs délais ". Quant à l'article 18 de cette directive, il dispose que : " L'Etat membre d'établissement ne transmet pas la demande à l'Etat membre de remboursement lorsque, au cours de la période du remboursement, le requérant, dans l'Etat membre d'établissement : a) n'est pas assujetti à la TVA ; / b) n'effectue que des livraisons de biens ou de prestations exonérées sans droit à déduction de la TVA payée à un stade ultérieur () / c) bénéficie de la franchise pour les petites entreprises () / d) bénéficie du régime commun forfaitaire des producteurs agricoles () ".
4. Il résulte clairement de ces dispositions qu'il revient à l'Etat membre auquel une demande de remboursement de taxe sur la valeur ajoutée a été adressée par un assujetti établi dans un autre Etat membre de s'assurer du respect de la condition de délai prévue à l'article 15 de la directive du Conseil du 12 février 2008. Les autorités de cet Etat ne peuvent cependant pas se prévaloir de ce délai pour opposer à une demande de remboursement de taxe sur la valeur ajoutée son caractère tardif si les dispositions de l'article 15 de la directive n'ont pas été transposées en droit interne, à quoi la France a remédié en adoptant le décret susvisé du 8 octobre 2018, dont l'article 1er a modifié les dispositions du I de l'article 242-0 R de l'annexe II au code général des impôts, afin d'y introduire notamment une date limite pour la présentation des demandes de remboursement de crédit de taxe sur valeur ajoutée, fixée au 30 septembre de l'année civile qui suit la période à laquelle se rapporte cette taxe.
5. Ainsi, aux termes du I de l'article 242-0 R de l'annexe II au code général des impôts dans sa rédaction issue du décret n° 2018-865 du 8 octobre 2018 : " Pour bénéficier du remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée, l'assujetti non établi en France doit adresser au service des impôts une demande de remboursement. Cette demande est introduite par voie électronique au moyen du portail mis à sa disposition par l'Etat de l'Union européenne où l'assujetti est établi. La demande de remboursement est introduite au plus tard le 30 septembre de l'année civile qui suit la période à laquelle elle s'applique ". En l'absence de dispositions transitoires prévues pour les demandes de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée se rapportant à la période antérieure au 1er janvier 2018, ce décret du 8 octobre 2018 doit être interprété comme accordant aux contribuables concernés un délai raisonnable pour ce faire.
6. L'administration a rejeté comme forcloses les demandes de remboursement de crédit de taxe que la société BKV Montage BV avait introduites le 27 mars 2019 au motif que ces demandes eussent dû lui être adressées au plus tard le 30 septembre 2018, conformément aux dispositions du I de l'article 242-0 R de l'annexe II au code général des impôts dans sa rédaction issue du décret du 8 octobre 2018 et, à titre subsidiaire, à supposer que le délai de droit commun prévu à l'article R*. 196-1 du livre des procédures fiscales s'applique, au plus tard le 31 décembre 2018, s'agissant des demandes relatives aux années 2015 et 2016.
7. Compte tenu de la date d'entrée en vigueur du décret n° 2018-685, soit le 10 octobre 2018, l'administration ne peut, sans méconnaître le principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée et celui d'effectivité du droit de l'Union européenne, opposer la forclusion aux demandes de remboursement en cause, formulées par la société BKV Montage BV dans un délai raisonnable. Toutefois, les trois demandes de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée ayant été déposées par la société requérante le 27 mars 2019, soit plus de cinq mois après la date d'entrée en vigueur du décret susvisé, c'est à bon droit que l'administration a retenu qu'elles étaient frappées de forclusion, alors surtout que le décret n° 2018-865 du 8 octobre 2018 a été pris pour la transposition, dont la nécessité a été rappelée par la décision n°392575 rendue le 4 décembre 2017 par le Conseil d'Etat, de la directive de 2008/9/CE du 12 février 2008 visée précédemment et, notamment, de son article 15.
8. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de la méconnaissance du délai prévu par le décret n° 2018-685, doit être accueillie, de sorte que les présentes requêtes, qui sont irrecevables, ne peuvent qu'être rejetées en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la société BKV Montage BV sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société BKV Montage BV et à la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Auvray, président,
Mme Touboul, conseillère,
M. Puechbroussou, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
C. A
Le président,
Signé
B. Auvray
Le greffier,
Signé
S. Werkling
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision., 1907613 et 1907615
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026