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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205223

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205223

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205223
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantWAHRHEIT MARC-ALEXANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2022, la société Orbi Sarl, représentée par Me Wahrheit, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 novembre 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la contribution spéciale et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement, ainsi que la décision du 9 février 2022 prise sur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la procédure prévue à l'article R. 5221-41 du code du travail ne s'applique pas aux cartes d'identité et aux passeports européens ;

- elle s'est fait remettre les documents d'identité originaux qui se sont avérés être des faux après un contrôle d'authentification ;

- elle a agi en employeur normalement diligent et a procédé aux déclarations de l'ensemble des douze salariés ;

- elle pouvait valablement demander la réduction de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail à 2 000 fois le taux horaire minimum garanti dès lors qu'il ne lui est reproché que la violation de l'article L. 8251-1 du code du travail et qu'elle a respecté l'ensemble de ses autres obligations sociales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la matérialité des faits est établie et que la société Orbi Sarl n'établit pas remplir les conditions lui permettant de bénéficier de la réduction à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévue à l'article R. 8253-2 du code du travail.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Bernabeu ;

-les conclusions de Mme Parent, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Orbi a fait l'objet le 25 février 2020 d'un contrôle par les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) d'Ile-de-France, à l'issue duquel un procès-verbal d'infraction à la législation sur le droit du travail a été transmis à l'OFII. Par une décision du 26 novembre 2021, l'OFII a mis à la charge de la société Orbi Sarl la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail à hauteur de 237 250 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'un montant de 2 309 euros, en raison de l'emploi de treize salariés dépourvus de titres les autorisant à travailler. La société Orbi Sarl a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Par une décision du 9 février 2022, l'OFII a rejeté son recours gracieux. Par la présente requête, la société Orbi Sarl demande l'annulation des décisions des 26 novembre 2021 et 9 février 2022.

Sur les conclusions relatives aux contributions litigieuses :

2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. Il est également interdit à toute personne d'engager ou de conserver à son service un étranger dans une catégorie professionnelle, une profession ou une zone géographique autres que celles qui sont mentionnées, le cas échéant, sur le titre prévu au premier alinéa ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du code précité : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux ". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger ".

3. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient également de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.

4. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

5. En l'espèce, la société Orbi Sarl soutient, sans être contredit sur ces points par l'OFII, que, d'une part, les douze salariés dont les titres d'identité européens se sont avérés être des faux ont présenté lors de leur embauche, non une simple copie, mais les originaux de leur carte d'identité ou passeport européen et, d'autre part, qu'elle a fait des photocopies des originaux de ces documents d'identité qui ont été transmis lors du contrôle des services de la DIRECCTE d'Ile-de-France par un courrier du 13 mars 2020. S'il ressort du procès-verbal d'infraction, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que le gérant de la société Orbi Sarl n'a pas vérifié l'authenticité des pièces d'identité des salariés embauchés, il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'il aurait été en mesure de savoir, lors de leur embauche, que ces documents revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité, ce qui n'est d'ailleurs ni allégué ni établi par l'OFII. A cet égard, il ressort des mentions du procès-verbal d'infraction que le gérant de la société requérante a assuré ignorer, lors de son audition libre, que les douze salariés, à savoir M. I B, M. K G, M. M I, M. L H, M. J D, M. C E et MM. Balwinder, Davinder, Manroop, Navdeep, Sarabjit et Balwant F, étaient titulaires de faux papiers, sans que de telles allégations ne soient démenties par l'OFII. Dans ces conditions, la société requérante ne pouvait être sanctionnée en raison de l'emploi de ces douze salariés.

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : /1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; /2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7 ".

7. Si la société Orbi Sarl soutient qu'elle pouvait bénéficiait du taux de 2 000 fois le montant horaire du minimum garanti prévu par les dispositions de l'article R. 8253-2 du code du travail en ce qui concerne le treizième salarié, M. A B, dès lors qu'elle a respecté l'ensemble de ses obligations sociales, il résulte toutefois de l'instruction qu'en plus de ne pas détenir de titre l'autorisant à travailler, M. B était dépourvu de titre l'autorisant à séjourner sur le territoire français. Aussi, compte tenu de ce cumul d'infractions, c'est à bon droit que l'OFII a appliqué le taux de 5 000 fois le montant horaire du minimum garanti en raison de l'emploi de M. B.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Orbi Sarl n'est fondée seulement qu'à demander l'annulation des décisions des 26 novembre 2021 et 9 février 2022 en tant qu'elles appliquent la contribution spéciale en litige à raison de l'emploi des douze salariés cités au point 5.

9. Il s'ensuit qu'il y a lieu de diminuer le montant de la contribution spéciale mise à la charge de la société Orbi Sarl de la somme de 219 000 euros, correspondant à la part de contribution pour l'emploi des douze salariés mentionnés au point 5.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du 26 novembre 2021 et celle du 9 février 2022 sont annulées en tant qu'elles appliquent la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail à la société Orbi Sarl en raison de l'emploi de M. I B, M. G, M. I, M. H, M. D, M. E et MM F.

Article 2 : Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail mise à la charge de la société Orbi Sarl est diminué de la somme de 219 000 euros.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à la société Orbi Sarl au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Orbi Sarl est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Orbi Sarl et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

Le rapporteur,

S. Bernabeu

Le président,

J.-F. BaffrayLa greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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