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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206716

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206716

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantLAHMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 22 avril 2022, 30 mai 2022 et 25 août 2022, M. B A, représenté par Me Lahmer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire des décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est pas établie ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen approfondi ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 16 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 mars 2024.

Par un courrier du 5 février 2024, il a été demandé au préfet de la Seine-Saint-Denis, sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, de produire le courriel du 5 janvier 2022, cité dans l'arrêté attaqué. Ce document, produit par le préfet le 6 février suivant, a été communiqué au requérant le même jour, sur le fondement des mêmes dispositions du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bazin, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 21 janvier 1993, est entré sur le territoire français en dernier lieu le 12 juin 2015 muni d'un visa C valable du 2 mars 2015 au 1er mars 2016. Il a été mis en possession, le 29 mars 2016, d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " et, le 28 novembre 2019, d'un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant ". Le 13 novembre 2020, M. A a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien et son changement de statut de " commerçant " vers " salarié ". Par un arrêté du 24 mars 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0167 du 24 janvier 2022, régulièrement publié le 27 janvier 2022 au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme E, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, directrice des étrangers et des naturalisations, à l'effet de signer les arrêtés portant refus de séjour assortis ou non d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, et à défaut d'établir ou même d'alléguer que Mme D n'était pas absente ou empêchée lors de la signature de l'arrêté contesté, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de des décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation à quitter le territoire français manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les dispositions des articles L. 611-1, L. 611-3 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les stipulations des articles 5, 7b et 7c de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. L'arrêté fait état des conditions d'entrée et de séjour de M. A en France. Il précise que l'intéressé demande le renouvellement de son certificat de résidence algérien mention " commerçant " ou " salarié ", mais que, d'une part, celui-ci n'a produit aucun élément relatif à son activité commerçante et, d'autre part, qu'il n'a produit aucune autorisation de travail à l'appui de sa demande et annexé aucun complément à son dossier malgré le courriel en ce sens du 5 janvier 2022. L'arrêté attaqué ajoute que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille. L'arrêté attaqué, qui n'est pas tenu d'énumérer l'ensemble des éléments de la situation du requérant, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que M. A, qui a été invité par courriel du 5 janvier 2022 à déposer sa demande via le site internet dédié, n'a produit aucune autorisation de travail à l'appui de sa demande et n'a annexé aucun complément à son dossier.

5. M. A fait valoir qu'il a sollicité son changement de statut de " commerçant " vers " salarié " car la situation sanitaire de mars 2020 l'a obligé à fermer le commerce de restauration dont il était le gérant. Il ajoute que, contrairement aux termes de l'arrêté attaqué, il a alors présenté l'ensemble des pièces sollicitées par le formulaire de changement de statut " salarié " et que son employeur a effectué les démarches relatives à sa demande de changement de statut. Il ressort des pièces du dossier que, par un courriel du 9 avril 2021, les services de la préfecture ont informé M. A que le traitement des demandes d'autorisation de travail était désormais dématérialisé et qu'il devait se rapprocher de son employeur afin qu'il dépose en ligne la demande d'autorisation de travail. L'employeur de M. A a alors déposé cette demande le 10 avril 2021. Il ressort d'un courriel du 23 août 2021 des services de la préfecture que la demande de titre de séjour de M. A a été clôturée en raison de l'absence de transmission des pièces demandées concernant le changement de statut et que M. A a été invité à déposer une nouvelle demande par le biais de son employeur. Il ressort également des pièces du dossier que, par un courriel du 5 janvier 2022, M. A a été invité une nouvelle fois par les services de la préfecture à communiquer des pièces manquantes, à savoir l'autorisation de travail délivrée par le service de la main d'œuvre étrangère. Or, d'une part, contrairement à ce qu'il soutient, M. A n'établit pas que son employeur aurait répondu au courriel du 26 avril 2021 du ministère de l'intérieur tendant à la communication de pièces complémentaires, ni à celui du 6 mai 2021 ayant le même objet et émanant des services de la préfecture. D'autre part, en se bornant à soutenir, au demeurant sans l'établir, que son employeur a répondu aux courriels des 26 avril 2021 et 6 mai 2021, M. A n'établit pas avoir transmis les pièces complémentaires qui lui avait été demandées par le courriel du 5 janvier 2022. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que M. A produit à l'instance la demande d'autorisation de travail complétée par son employeur, ce denier n'établit pas que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut d'examen dès lors qu'il aurait transmis à la préfecture toutes les pièces sollicitées. Par suite, le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A fait valoir qu'il réside en France depuis 2015, sous couvert de différents types de titre de séjours, qu'il réside chez ses parents, que sa fratrie réside en France et qu'il a travaillé en France. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a obtenu en Algérie son baccalauréat en juin 2011, puis une licence en " sciences et technologie " en juillet 2014 et qu'il s'est ensuite inscrit en première année de master en " ingénierie de la construction ". Après être entré en France le 12 juin 2015, il s'est inscrit à l'école spéciale des travaux publics (ESTP) de Cachan au titre de l'année scolaire 2015-2016. De novembre 2016 à mars 2020, M. A a été gérant de sa société spécialisée dans la restauration sur place et à emporter dont le capital social était de 1 000 euros. M. A a ensuite travaillé de manière non continue de novembre 2017 à janvier 2020 en tant qu'agent de sécurité. En particulier, il ressort du relevé de carrière qu'il produit que l'intéressé n'a plus travaillé entre le 17 janvier 2019 et le 26 août 2019. Il ressort par ailleurs de ses déclarations de revenus de 2015 à 2010 que M. A n'a déclaré que 1 584 euros au titre des revenus de l'année 2015, 2 400 euros pour 2016, 572 euros pour 2017, 4 095 euros pour 2018, 1 333 euros pour 2019 et 560 euros pour 2020. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que M. A est hébergé chez ses parents, qui résident régulièrement sur le territoire français sous couvert de visas valables jusqu'au 22 septembre 2023 et que son frère est de nationalité française, il n'établit, ni même n'allègue, la nécessité de sa présence en France à leurs côtés. Enfin, M. A est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. L'hôte, premier conseiller,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La rapporteure,Le président,Signé Signé Mme BazinM. TruilhéLa greffière,Signé Mme C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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