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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2208753

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2208753

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2208753
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantMERGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mai 2022 et 11 février 2024, M. B C, représenté par Me Mergui, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement rejeté sa demande tendant à ce que lui soient communiquées les autorisations temporaires d'accès exceptionnel à une zone côté piste de l'aéroport Roissy-CDG, au titre de la période du 16 au 19 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui communiquer l'arrêté préfectoral comportant plusieurs autorisations temporaires d'accès exceptionnel à une zone côté piste de l'aéroport Roissy-CDG au titre de la période du 16 au 19 novembre 2021, les motifs dudit arrêté, et tout document accessoire à caractère administratif, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) déclarer inexistant l'arrêté préfectoral querellé, à défaut de transmission au terme du dixième jour suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les frais exposés au titre des dépens.

Il soutient que :

- le refus méconnaît le droit à communication des documents prévus par les articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

-ils peuvent être communiqués après occultation des données personnelles qu'ils comportent.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il doit être regardé comme faisant valoir que :

- la requête est irrecevable, faute pour le requérant de disposer d'un intérêt à agir ;

- les autres moyens invoqués par le requérant sont infondés.

Par une ordonnance du 12 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a demandé au préfet de police de Paris, le 15 décembre 2021, la communication des autorisations temporaires d'accès exceptionnel à une zone côté piste réglementée délivrées à des agents de deux sociétés au titre de la période du 16 au 19 novembre 2021, en raison d'un mouvement de grève affectant le secteur de la sûreté aéroportuaire. À la suite du rejet implicite né du silence gardé par l'administration sur cette demande, le requérant a saisi, le 19 janvier 2022 la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) puis a saisi à nouveau le préfet de police d'une demande le 23 mars 2022 tendant à la communication de ces documents, sur laquelle celui-ci a gardé le silence. M. C demande au tribunal administratif d'annuler la décision implicite de refus qui en est résulté et d'enjoindre au préfet de police de Paris de communiquer les documents demandés.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. C est le secrétaire général départemental d'une organisation syndicale et qu'il fait valoir, sans être contredit, qu'à plusieurs reprises, plusieurs salariés des deux sociétés mentionnées au point précédent, dont lui-même, se sont vu refuser l'accès à une zone côté piste réglementée au titre de la période du 16 au 19 novembre 2021 et ont ainsi " subi un préjudice résultant de la rupture de l'égalité de traitement des personnels et représentants syndicaux de la plateforme aéroportuaire, ne pouvant ainsi pas exercer leurs fonctions ". Ainsi, les autorisations en litige sont susceptibles de porter atteinte aux droits et prérogatives des agents chargés de la sûreté aéroportuaire et d'affecter leurs conditions de travail. Par suite, M. C justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour contester la décision de refus qui lui a été opposée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues () de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée () ; 2° Portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable ; 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice () ". Aux termes de l'article L. 311-7 du même code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a sollicité du préfet de police, par une demande reçue le 15 décembre 2021, les autorisations temporaires d'accès exceptionnel à une zone côté piste réglementée à des agents de deux sociétés au titre de la période du 16 au 19 novembre 2021, que celui-ci a délivrées afin d'assurer la continuité du service public au cours de cette période en raison d'un mouvement de grève dans le secteur de la sûreté aéroportuaire. De tels documents, pris par une autorité publique dans le cadre de l'exercice d'une mission de service public, ont le caractère de documents administratifs communicables, sous réserve de la disjonction ou de l'occultation des éléments dont la communication, notamment, porterait atteinte à la sécurité publique et à la sécurité des personnes, à la protection de leur vie privée ou font apparaître le comportement d'une personne dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice.

5. Le requérant se prévaut d'un avis de la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) n°20220264 du 10 mars 2022 qui lui est favorable mais qui n'est pas produit au dossier, ainsi que le relève le préfet de police en défense. Toutefois, si la saisine de la CADA constitue un recours préalable obligatoire à l'introduction d'un recours devant la juridiction administrative contre une décision de refus de communication de documents, la circonstance que cette commission n'aurait pas émis son avis dans le délai prévu à l'article R. 343-3 du code des relations entre le public et l'administration est sans incidence sur la légalité de la décision de refus de communication attaquée. Par ailleurs, le préfet fait valoir que les autorisations demandées comportent les nom, prénom, date et lieu de naissance des personnes qui ont été autorisées à accéder aux pistes et que les aéroports constituent des zones particulièrement sensibles, devant faire l'objet d'une surveillance et d'une protection accrue, la communication au représentant d'un syndicat d'une liste des agents recrutés pour assurer la continuité du service public durant une grève serait susceptible d'engendrer des tensions entre les agents grévistes et les agents recrutés à titre temporaire et que de telles informations, qui concernent directement la vie privée des intéressés, sont susceptibles de démontrer leur opposition au mouvement de grève formé durant cette période ou de leur porter préjudice en révélant leur comportement et opinions. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la communication des documents sollicités serait de nature à porter atteinte à la sécurité publique, à la sécurité des personnes bénéficiaires de ces autorisations ou à leur porter préjudice du fait de leurs opinions. En outre, la protection de la vie privée des personnes destinataires de ces autorisations implique seulement l'occultation des données les concernant, étant précisé que la mention des nom et prénom d'une personne sur un document administratif n'est pas en elle-même un élément faisant obstacle à sa communication, de sorte que seuls les date et lieu de naissance sont constitutifs d'information pouvait faire l'objet d'une occultation au sens de l'article L. 311-7 précité du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à la communication des documents administratifs énoncé aux articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède que M. C, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens invoqués, est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée lui refusant cette communication.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement d'enjoindre au préfet de police de Paris de communiquer à M. C les autorisations temporaires d'accès exceptionnel à une zone côté piste réglementée à des agents de deux sociétés au titre de la période du 16 au 19 novembre 2021, avec occultation des date et lieu de naissance des personnes bénéficiaires de ces autorisations, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement rejeté la demande de M. C tendant à ce que lui soient communiquées les autorisations temporaires d'accès exceptionnel à une zone côté piste de l'aéroport Roissy-CDG, au titre de la période du 16 au 19 novembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de communiquer à M. C les autorisations temporaires d'accès exceptionnel à une zone côté piste réglementée à des agents de deux sociétés au titre de la période du 16 au 19 novembre 2021, avec occultation des date et lieu de naissance des personnes bénéficiaires de ces autorisations, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : l'Etat versera à M. C la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La magistrate désignée,

C. ALe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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