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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2216815

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2216815

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2216815
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre
Avocat requérantELBAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2022, la société Universal Beauty Market Distribution, représentée par Me Elbaz, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des pénalités, d'un montant total de 90 907 euros, assortissant les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- eu égard à son secteur d'activité, la circonstance que le fait générateur et l'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée interviennent au moment de la livraison des biens a fragilisé sa trésorerie en l'exposant à un risque d'insolvabilité ;

- sa comptabilité a été déclarée probante et sincère ;

- aucune contestation des rappels n'a été effectuée et une partie de la taxe sur la valeur ajoutée a été régularisée de sorte que le caractère délibéré des manquements ne peut être retenu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, l'administrateur général en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hégésippe ;

- et les conclusions de Mme Nour, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société Universal Beauty Market (UBM) Distribution a fait l'objet, du 4 octobre au 2 décembre 2019, d'une opération de vérification de comptabilité portant sur ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée au cours de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018. Au terme de ce contrôle, l'administration fiscale a considéré que la société UBM Distribution avait méconnu les règles de facturation de la taxe sur la valeur ajoutée et lui a adressé une proposition de rectification datée du 9 décembre 2019. Par un avis de mise en recouvrement du 16 mars 2020, les impositions correspondant aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été mises à la charge de la société UBM Distribution pour un montant de 227 267 euros en droits, 13 088 euros en intérêts de retard et 90 907 euros en pénalités. La société intéressée a formé, le 3 août 2020, une réclamation préalable afin d'obtenir le dégrèvement des pénalités qui lui ont été infligées. Sa réclamation a été rejetée par une décision du 27 septembre 2022. Par la présente instance, la société UBM Distribution demande au tribunal de prononcer la décharge des pénalités assortissant les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018.

2. D'une part, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

4. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir l'existence d'un tel manquement, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

5. Lorsque le comportement du contribuable vise, au moment de sa déclaration, à différer volontairement et de manière réitérée le paiement de l'impôt dû, l'administration doit être regardée comme caractérisant le caractère intentionnel du contribuable de se soustraire à ses obligations fiscales. Une telle pratique a nécessairement pour effet d'éluder l'impôt et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts.

6. Il résulte de l'instruction que la société UBM Distribution a fait l'objet, eu égard aux procédés mis en œuvre pour la collecte et la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée, de rappels de taxe d'un montant total de 227 267 euros. Pour établir l'intentionnalité de la société intéressée de se soustraire à ses obligations fiscales, l'administration fait valoir que l'opération de vérification de comptabilité a révélé que la société intéressée n'a pas spontanément régularisé le surplus de taxe collectée, qu'elle a, dans le même temps, déduit un montant de taxe supérieur à celui facturé et qu'ainsi elle s'est artificiellement dégagée une marge de trésorerie tout en faisant naître une dette de l'administration à son égard. Par ailleurs, l'administration fiscale démontre que ce procédé a concerné des montants importants et qu'il a été réitéré tout au long de la période de 2016 à 2018. Si la société intéressée se prévaut du risque d'insolvabilité propre à son secteur d'activité, du fait que sa comptabilité n'a pas été invalidée, qu'elle a entrepris de régulariser la situation et, enfin, qu'elle n'a engagé aucune action tendant à contester le bien-fondé du redressement dont elle a fait l'objet, aucune de ses allégations n'a d'influence sur la matérialité et le caractère délibéré des manquements qui lui ont été reprochés. Dans ces conditions, les moyens tendant à contester l'application en l'espèce des dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société UBM Distribution doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société UBM Distribution est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Universal Beauty Market Distribution et à l'administrateur général en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Robbe, président,

Mme Morisset, première conseillère,

M. Hégésippe, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.

Le rapporteur,

D. HEGESIPPE

Le président,

J. ROBBE Le greffier,

C. CHAUVEY

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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