jeudi 10 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2301468 |
| Type | Décision |
| Formation | 2ème Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | CAILLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrées le 3 février 2023, le 25 février 2023, le 27 et le 28 mars 2025, Mme B C A, représentée par Me Caillet, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement et de majorer cette somme des intérêts au taux légal à compter de la demande indemnitaire et d'ordonner la capitalisation des intérêts ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toutes mesures de nature procéder à son relogement dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous peine d'une astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, au bénéfice de son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors que sa famille n'a pas été relogée, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 22 janvier 2020 ;
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence, dès lors qu'elle a été menacée d'expulsion et que le logement était impropre à l'habitation.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations.
Mme B C A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Delamarre pour statuer sur ces litiges.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mars 2025 :
- le rapport de Mme Delamarre ;
- les observations de Me Caillet pour Mme A
Une nouvelle pièce a été communiquée le 2 avril 2025.
La clôture de l'instruction a été différée au 7 avril 2025.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 22 janvier 2020, désigné Mme A comme prioritaire et devant être relogée en urgence. Cette décision vaut pour cinq personnes. N'ayant été relogée que le 1er septembre 2024, Mme A a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une demande indemnitaire préalable par un courrier daté du 4 novembre 2022. Cette demande ayant été implicitement rejetée, Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.
4. Aux termes du I de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus ". Aux termes de l'article 6 de la même ordonnance : " Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs ainsi qu'aux organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d'une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale ". Aux termes de l'article 7 de cette ordonnance : " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci ".
5. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A au motif qu'elle est dans l'attente d'un logement social depuis un délai supérieure au délai fixé par arrêté préfectoral. Il résulte de l'instruction, et notamment d'un arrêté du 31 août 2022, confirmé par un rapport d'expertise du 20 mars 2024, que le logement est impropre à l'habitation. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, lasse des menaces d'expulsion, Mme A s'est relogée par ses propres moyens dans le parc locatif privé dans un logement dont le loyer demeure excessif et dans un logement encore inadapté. La persistance de cette situation, à compter du 4 novembre 2020, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à la bénéficiaire des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. En outre, le foyer se compose désormais de six personnes, depuis la naissance de son cinquième enfant en 2025. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l'indemnisation due à la somme totale de 10 000 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme A, la somme de 10 000 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Il n'appartient pas au juge, saisi de conclusions indemnitaires fondées sur la carence fautive de l'Etat à lui proposer un relogement conformément à la décision de la commission de médiation, de prononcer une nouvelle injonction, et ce en dépit de la persistance de la carence de l'Etat à la date à laquelle il statue. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées dans le cadre de la présente requête indemnitaire doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Caillet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Caillet de la somme de 1 100 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A, la somme de 10 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : Il est mis à la charge de l'État, au titre des dispositions combinées des articles L. 761- 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 100 euros au bénéfice de Me Caillet, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A, à Me Caillet et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2025
La magistrate désignée,
A-L. Delamarre La greffière,
I. Dad
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2301468
Tribunal Administratif de Montreuil — N° TA93-2408182
Le Tribunal administratif de Montreuil a été saisi par Mme C..., reconnue prioritaire et devant être relogée d'urgence par une décision de la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis du 23 janvier 2013, qui n'a pas été exécutée. La requérante demandait la condamnation de l'État à lui verser 30 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de cette carence. Le tribunal a jugé que la carence fautive de l'État à exécuter la décision de la commission de médiation engage sa responsabilité, sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, faute pour Mme C. d'avoir produit les pièces nécessaires pour apprécier la composition de son foyer et la durée de sa situation, le tribunal a rejeté sa demande.
13/10/2025
Tribunal Administratif de Montreuil — N° TA93-2409677
Le Tribunal Administratif de Montreuil a condamné l’État à indemniser M. B... pour le préjudice subi du fait de l’absence de relogement suite à sa reconnaissance comme prioritaire par la commission de médiation le 6 juillet 2022. La carence fautive de l’État a été retenue à compter du 6 janvier 2023, date d’expiration du délai de six mois imparti au préfet pour proposer un logement. Le requérant a finalement été relogé le 26 janvier 2024, mais a subi des troubles dans ses conditions d’existence en raison du maintien dans un logement suroccupé et inadapté. La solution s’appuie sur les articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation.
06/10/2025
Tribunal Administratif de Montreuil — N° TA93-2408590
Le Tribunal administratif de Montreuil a condamné l'État à verser 3 700 euros à M. A... pour carence fautive dans son obligation de relogement. La commission de médiation avait reconnu M. A... comme prioritaire et urgent le 19 janvier 2022 en raison de la suroccupation de son logement avec un enfant mineur. En l'absence de proposition de relogement, la responsabilité de l'État a été engagée à compter du 19 juillet 2022 sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Le tribunal a évalué le préjudice subi du fait des troubles dans les conditions d'existence à 3 700 euros pour la période allant du 19 juillet 2022 à la date du jugement.
06/10/2025