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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2301576

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2301576

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2301576
TypeDécision
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantLENGRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 février et 28 juin 2023,

Mme A B, représentée par Me Lengrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de carte de séjour temporaire et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter e la notification du jugement à intervenir sous la même astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence ;

S'agissant de la décision portant refus de titre :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- le préfet ne pouvait prendre la décision en cause dès lors qu'elle remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour mention " étudiant " au titre de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 19 avril 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 9 janvier 2023.

Par une décision de la Cour administrative d'appel de Paris, du 9 janvier 2023, n°22PA05382, la requérante a obtenu l'annulation de la décision du 3 novembre 2022 et le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Myara, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malienne, née le 8 octobre 1998, déclare être entrée sur le territoire français le 5 septembre 2016. Par un arrêté du 15 juin 2022, le préfet de la

Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a obtenu en 2017 une licence de " Journalisme / Edition / Communication " à l'Université de Cergy-Pontoise à son arrivée sur le territoire français. Elle a obtenu sa première année de master en " Littératures d'Enfance et de Jeunesse " à l'université d'Artois à l'issue de l'année 2018/2019, sans parvenir à valider par la suite sa deuxième année de Master. A compter de l'année 2022, la requérante s'est inscrite à une formation auprès de l'école Iscod dans une formation intitulée " Executive Mastère - Marketing et Communication (MODA) " et a signé une convention d'alternance avec une société spécialisée dans la société et la distribution. En outre, Mme B a entrepris une formation en communication et marketing afin d'accéder à des postes en maison d'édition, et à terme au métier d'éditeur de littérature jeunesse, elle produit à ce titre des offres d'emploi démontrant que ce type de poste nécessite une formation dans ces domaines. Ainsi, Mme B doit être regardée comme justifiant suffisamment, à la date de la décision attaquée, de la progression et de la cohérence de son parcours, ainsi que du caractère réel et sérieux de ses études. Il suit de là, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, qu'en refusant de renouveler le titre de séjour mention étudiant de l'intéressée, le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. L'exécution de la présente ordonnance requiert le réexamen de la demande de Mme B. Il est donc enjoint au préfet de procéder à ce réexamen et de délivrer à Mme B pendant ce temps une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

5. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lengrand, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à cet avocat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 15 juin 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine Saint Denis, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme B et de la munir, le temps de cet examen, d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Lengrand, avocat de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la

Seine-Saint-Denis et à Me Lengrand.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Lacaze, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

Le président-rapporteur,L'assesseur le plus ancien,

A. MyaraH . Marias

La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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