mardi 11 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2304101 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | DAVID-BELLOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 avril 2023, M. A B, représenté par
Me Bellouard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 9 mars 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a cessé de le faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L.551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation relative à son état de vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 10 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
8 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Par une décision du 23 mai 2023, M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Biscarel,
- et les conclusions de M. Colera, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant centrafricain né le 15 janvier 2005, a sollicité son admission au titre de l'asile le 8 février 2023. Par un courrier du 15 février 2023, l'OFII l'a informé de son intention de cesser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 9 mars 2023, l'OFII a cessé de le faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2023 intervenue en cours d'instance, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour de l'entrée et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : ()/ 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; ". Aux termes de l'article R.551-18 du même code, dans sa version applicable : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article
L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature./ Lorsque la décision est motivée par la circonstance que le demandeur a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères sur sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, elle entraîne la restitution des montants indûment versés au titulaire de l'allocation. ".
4. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-16 et R.551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, et indique que les conditions matérielles d'accueil sont refusées au requérant au motif que M. B n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de fournir les informations utiles à l'instruction de sa demande, son dossier d'exemption étant incomplet. Dès lors, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent son fondement et est, ainsi, suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
6. En troisième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que, en ayant déclaré être hébergé de manière stable par un tiers en Île-de-France, M. B a souhaité être exempté de l'orientation en région qui lui avait été proposée par l'OFII. Disposant d'un délai de cinq jours à compter de la demande de pièces justificatives de l'OFII, en date du 8 février 2023, notifiée par remise en mains propres le même jour et mentionnant que les pièces devaient être adressées à la direction territoriale de l'OFII à Bobigny, 13 rue Marguerite Yourcenar, M. B n'a pas fourni les justificatifs demandés dans le délai imparti. En outre, la circonstance qu'il ait adressé les documents pour compléter sa demande par la voie d'un courrier électronique le 9 mars 2023 à l'adresse " ofii.bobigny@gmail.com ", alors que le délai imparti expirait le 13 février 2023, et que l'office n'a pas accusé réception de sa demande, n'est pas de nature à justifier de la communication des pièces sollicitées. Dans ces conditions, M. B ne peut être regardé comme ayant produit les informations utiles à l'instruction de sa demande d'asile.
7. En quatrième lieu, si M. B soutient être sans ressources et contraint de vivre dans des conditions indécentes, il ne produit aucune pièce permettant de caractériser une situation de particulière vulnérabilité. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le directeur général de l'OFII a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de M. B à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 25 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Deniel, présidente,
Mme Biscarel, première conseillère,
Mme Capogna-Chaillou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2025.
La rapporteure,
B. BiscarelLa présidente,
C. DenielLa greffière,
A. Capelle
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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